Il faudrait un article entier pour évoquer l'histoire de Boss & Co. Cette histoire, vous pouvez la découvrir en détail dans le déjà classique ouvrage de Laurent Bedu, Platines, les plus beaux fusils de chasse du monde. Mais peut-être que la maxime que s'est donnée la firme nous fournit-elle le meilleur résumé d'une saga armurière de plus de deux siècles : «Builders of Best Guns Only» - fabricant des meilleurs fusils, exclusivement. La société a été fondée par Thomas Boss, disciple du grand Joseph Manton, consolidée par Stephen Grant et modernisée par John Robertson. C'est d'ailleurs le nom de ce dernier qui figure sur le fameux brevet 3307 du 10 février 1909, véritable acte de naissance du superposé Boss. Mais, on le sait, le titulaire d'un brevet n'est pas nécessairement le véritable inventeur. En l'occurrence, il existe un coconcepteur : Bob Henderson, le directeur des ateliers. Un armurier très habile, une « espèce rare », selon Donald Dallas dans sa monographie sur Boss. Il fait son apprentissage chez le fabricant Daniel Fraser à Edimbourg - on le surnomme d'ailleurs l'Ecossais - et il rejoint Londres et la maison Boss dans les années 1890.

Suite au différend qui l'oppose à Robertson - né pour l'essentiel de la non-reconnaissance par ce dernier du rôle qu'il joua dans la conception et le développement du superposé —,il quitte la firme en 1918 pour aller travailler chez Rigby. Mais après son départ, les armuriers de l'atelier se retrouvent confrontés à quantité de difficultés pour construire le superposé. Tant et si bien que les dirigeants déploient des trésors de diplomatie pour convaincre Henderson de revenir, et y parviennent en 1926.

Avant le Boss, le système mécanique des juxtaposés était tout à fait a adaptable à un superposé - comme le démontrent les systèmes Merkel ou Browning-, mais les crochets sous le canon, gêneraient une bascule haute, plus lourde, et une silhouette moins élancée. Des inconvénients révolus avec le système à tourillons du Boss. En effet, avec le brevet 3307, les crochets sous les canons sont supprimés. Henderson opte pour deux logements trapézoïdaux usinés de chaque côté du canon inférieur, légèrement en dessous de l'axe de ce dernier. Ce crochetage « haut » est rendu possible par un point de rotation situé à 8.5 mm sous l'axe du canon inférieur et non pas à presque 2 cm, comme c'est le cas avec un Merkel par exemple. Pour cela, Henderson aménage des tourillons pivotants dans la bascule dans lesquels s'engagent des protubérances d'acier de chaque côté du canon : dès lors le fusil peut basculer. Ce choix technique explique pourquoi un Boss ne se monte pas en le basculant canons perpendiculaires à la bascule mais quasiment de haut en bas. Les portées de recul sont logées dans les flancs de la bascule, fixées par une vis et de ce fait remplaçables en cas de jeu. Deux remparts d'acier correspondant en arc de cercle prennent place sur les flancs des canons au niveau des chambres, avec pour avantage évident une réduction considérable de la hauteur de la bascule (61 mm seulement) et de l'arme elle- même. Enfin le verrou épais et son positionnement garantissent à la bascule, de 44 mm d'épaisseur, une solidité absolue.

Un autre brevet (n° 3 308) concernant le système d'éjection est associé à cette conception. Créé à partir des juxtaposés de la marque, ce système a fait l'objet de multiples adaptations pour rendre possible son intégration au superposé. Il est logé dans le fer de devant et la longuesse de chaque côté des canons. Le résultat est certes fiable et efficace mais d'une incroyable complexité. Pas moins de huit pièces et deux ressorts commandent l'ejection d'une cartouche et surtout une longue tige traversant la bascule est requise. Usiner en ligne n droite une telle pièce de métal n'est pas la moindre des difficultés de la i- réalisation du Boss.

Du côté de la mécanique, le fusil possède une platine à ressort arrière, classique pour sa part et très proche de celle créée par Holland & Holland, généralement équipée d'une monodétente, autre invention célèbre de la firme.

Le Boss ne fut pas le premier superposé fabriqué en Angleterre ou en Europe. La fabrication de fusils à deux canons « empilés » est pour ainsi dire aussi ancienne que l'époque du silex, mais elle donnait lieu à des armes disgracieuses, lourdes, mal équilibrées et encore trop proches des juxtaposés dont elles n'étaient souvent que des adaptations. Le Boss fut le premier superposé à égaler la splendeur des juxtaposés britanniques. Ainsi, le modèle équipé de canons de 73 cm de longueur, pèse à peine 2,9 kg - avec des canons de 1,336 kg, une crosse et une bascule de 1,360 kg et une longuesse de 200 g. Avec les canons de 63 cm. or passe à 2,7 kg. Surtout l'arme possède un dynamisme, une vivacité e une maniabilité ni plus ni moin: extraordinaires. C'est « le triomphe de la beauté fonctionnelle, chef d'oeuvre de simplicité, d'ingéniosité et d'élégance », écrit Donald Dallas. «Ce n'est pas un fusil, c'est une œuvre d'art », renchérit Geoffrey Boothroyd.

Le modèle fut produit sans interruption jusqu'en 1960, année où la firme en arrêta la fabrication sous la pression de son coût, de sa complexité de réalisation, qui réduisait à peau de chagrin le nombre des armuriers capables de le réaliser, et de l'arrivée sur le marché de superposés bien moins chers.

Heureusement, dans les années 1990. le regain d'intérêt pour les armes fines, et les superposés tout particulièrement, relança la production de cette arme dont la réputation n'avait jamais faibli. Malgré cette production de plus d'un siècle, seulement 610 superposés Boss ont été réalisés à ce jour : 5 en calibre .410 : 18 en 28 ; 32 en 16 ; 113 en 20 et 442 en 12. 
Et pourtant, aucun superposé au monde ne fut si largement copié. Lebeau-Courally, Peter Nelson. Fabbri. Hartmann & Weiss, Piotti, Bosis, Bertuzzi... Tous les grands noms de l'armurerie ne possédant pas leur propre système de superposé ont adopté le Boss - «Le superposé Boss est la meilleure arme jamais réalisée dans le monde, il n'en existe aucune de comparable ». déclarait un des frères Benuzzi.

De même du côté de la fabrication de série. Si vous observez les systèmes de fermeture ou de basculage d'un Zoli. Kemen, Perazzi, Marocchi. Beretta. Renato Gamba et bien d'autres, vous constatez qu'ils sont tous basés sur le même principe. Djamel Talha

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