La chasse et les fusils fins

La chasse et les fusils fins

Charles Boswell

Retour en grâce d’une firme à part

 

Boswell a fabriqué tout à la fois les meilleurs fusils de tir aux pigeons vivants qu’il soit et des armes de chasse accessibles pour une grande majorité de nemrods britanniques. Voilà sans doute pourquoi la firme est inclassable et un peu sous-estimée. Depuis 2004, elle renaît de ses cendres grâce à Chris Batha, le plus célèbre des gun-fitters anglais.

 

La valeur d’une marque est estimée en fonction de son niveau de qualité, mais aussi de son positionnement concurrentiel. C’est ce que les économistes appellent la hiérarchie des marques, telle qu’elle a cours dans la haute horlogerie, les grands vins, la maroquinerie de luxe ou encore l’armurerie fine. C’est le cas au niveau mondial, mais aussi et surtout national, notamment chez les Britanniques, où cette hiérarchie est presque de notoriété publique. Purdey, Boss, Holland & Holland et Woodward occupent la première marche, Grant, Atkin, Churchill, Lang, Greener, Dickson, McNaughton, Westley Richards et Lancaster la deuxième, tandis que, sur la troisième, sont réunis les Beesley, Hellis, Watson Bros, William Powell, Pape, Gibbs et W. & C. Scott. Et, derrière, sur une large quatrième marche, tous les autres.

 

Avec certains fabricants cependant, les « ranger » dans l’une ou l’autre catégorie devient plus difficile. Ils sont tantôt dans la deuxième, tantôt dans la troisième, voire dans la quatrième. Charles Boswell est de ceux là. Mais dans son cas, les raisons de son caractère inclassable sont à rechercher davantage dans son histoire que dans la qualité intrinsèque de ses armes.

L’amplitude des prix des fusils a toujours été grande. Il y a deux siècles, quand un Manton coûtait l’équivalent de deux ans de salaire d’un garde-chasse, une escopette produite par un armurier de Birmingham valait à peine quelques shillings. Pourtant, de tout temps, il y eut des armuriers qui cherchèrent à concilier ces deux extrêmes, réaliser des armes fines de grand prix et d’autres abordables pour le plus grand nombre. Charles Boswell en est un parfait représentant.

 

 

 Armurier, tireur et inclassable.

 

 Charles Boswell est né en 1850. Il est issu d’un milieu modeste, sa mère était analphabète. Son père exerçait le métier de boucher. La famille vivait dans la petite ville de Hertford, à 50 km au nord de Londres. Après sept années d’apprentissage auprès de Thomas Gooch, Charles se rend à Enfield pour travailler à la Royal Small Arms Factory, où il se spécialise dans le montage et le réglage d’optiques. Il y restera deux années, puis s’en ira à Upper Edmonton, près de Londres, ouvrir un tout petit atelier de réparation et de montage. Cette installation coïncide avec l’apogée de la popularité du tir au pigeon.  Le tir est alors considéré comme un exploit sportif et on accorde aux tireurs le même respect que l’on réserve aujourd’hui aux pilotes automobiles ou aux cyclistes. A chaque tournoi, les noms du vainqueur et de son fusils ’étalent dans les journaux généralistes et les périodiques spécialisés comme Arms & Explosives, Land &Water ou The Field. Or Boswell est non seulement un armurier de qualité, mais surtout un tireur hors pair. Il bat régulièrement les meilleurs tireurs de son temps, y compris le Dr Carver, le Captain Bogardus ou son confrère et concurrent armurier E. J. Churchill. Il est lui-même le support promotionnel de ses produits, une sorte de « publicité vivante ».  Charles Boswell et les

autres concourent sur le terrain du tir aux pigeons vivants pour vendre toute sorte de fusils de chasse, tout comme les constructeurs automobiles concourent maintenant sur les circuits de formule 1 pour promouvoir leurs voitures de série.

 Très vite, Boswell réussit à se faire un nom dans le secteur très concurrentiel de l’armurerie fine britannique en se spécialisant dans la fabrication des fusils de tir aux pigeons vivants. En 1884, le succès lui permet de s’installer à une adresse plus prestigieuse, sur le Strand, au centre de Londres, au numéro 126. Un catalogue de cette période nous apprend que ses armes sont réalisées avec des platines fabriquées par les deux meilleurs platineurs de tout le Royaume-Uni, des noms encore célèbres aujourd’hui : Brazier et Chilton. Comme chez Purdey, ses canons sont des Whitworth, ses éjecteurs de type Southgate et ses armes sont dotées d’une fermeture supérieure. Le document nous révèle que certaines de ses bascules sont dues à Horatio Frederick Phillips, l’homme à l’origine du Vena Contracta, un calibre 12 se terminant progressivement en calibre 20. Enfin, parmi ses sous-traitants, on trouve Edwin Charles Hodges, un basculeur réputé qui s’occupe des bascules de Boss, Lang, Grant ou  Atkin. Toutefois, une grande partie des armes Boswell est faite à Birmingham. Certains historiens avancent que Boswell, suite à une querelle avec le maître d’épreuve de Londres, aurait préféré envoyer ses armes au banc d’épreuve de Birmingham, et qu’il n’aurait jamais fabriqué ses armes ailleurs qu’à Londres. Permettez-moi d’en douter. Cette histoire fut probablement une façon habile pour Boswell de conserver sa réputation de fabricant londonien tout en produisant à moindre coût. De toute évidence, c’est le Gun Quarter, le quartier des armuriers de Birmingham et sa main-d’œuvre centralisée et bon marché, qui permit à Boswell d’offrir une gamme de fusils adaptée à toutes les bourses. 

 

En 1914, George Boswell se retire et passe les rênes à son fils, Osbourne George. L’entreprise est solide et prospère, en témoigne un article paru dans Armes & Explosive à l’occasion du départ à la retraite du fondateur: « Parti de rien, sans  nom, sans relations, Boswell a construit, ces trente dernières années durant, avec un pur courage, une énergie inébranlable et un sens de l’entreprise sans faille, une entreprise de première classe. Elle doit tout à la personnalité de son fondateur. » Malheureusement pour Osbourne George, avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, les grandes années de la firme familiale sont comptées. La terrible grippe espagnole suivie, en 1920, du quasi effondrement de l’économie britannique aggrave encore la situation. Les années 1910 et 1920 sont extrêmement difficiles pour l’entreprise Boswell comme pour tous les fabricants de fusils de chasse. L’interdiction du tir aux pigeons, en 1922, donne quasiment le coup de grâce.

 

La passion des armes, cent ans après

 

Après la mort de Charles, en 1924, Osbourne se retrouve seul pour tenter de maintenir l’entreprise vivante, sans son fondateur charismatique et avec l’effondrement de la demande pour les armes de tir, la grande spécialité maison. Dès lors, l’histoire de l’entreprise est celle d’une lente agonie, un passage par une série de ventes et d’absorptions, jusqu’à une presque disparation à la fin des années 1980. Il en va ainsi jusqu’en 2004 et une résurrection opérée par un certain Chris Batha. Comme l’a observé Douglas Tate, spécialiste de l’histoire des armes de chasse britanniques, « Chris Batha est l’homme idéal pour relancer la firme fondée par Charles Boswell ». Lui aussi est un self-made man, issu d’un milieu modeste et qui a réussi à se tailler une place importante dans le monde des armes de chasse. Il est également un excellent tireur. Son ami Vic Venters, journaliste cynégétique américain, le dit « aussi rapide qu’un lièvre pour reconnaître les opportunités, comme beaucoup de ceux qui ont dû se battre dans la vie, et aussi audacieux que César pour les saisir. Une grande partie de son succès est due à ses grandes compétences de vendeur, mais aussi à de vrais autres dons dont celui de l’éloquence ». Christopher James Batha est né en 1955 à Oswestry, comté de Shropshire, à la frontière du pays de Galles. Son père, brocanteur, lui a transmis la passion des armes de chasse. Après avoir été marin, puis sapeur-pompier, tout en travaillant à temps partiel comme livreur d’armes et de pièces pour les fabricants de Londres et leurs sous-traitants, il devient un instructeur de tir et gun-fitter mondialement reconnu, en fait l’un des trois meilleurs. Comme son prédécesseur, il est passionné de tir de compétition, avec plus de 40 coupes remportées dans toute l’Angleterre. Chris a acquis Charles Boswell en janvier 2004, avec, selon ses mots, « l’objectif clair de faire revivre l’un des meilleurs armuriers de Grande Bretagne ».Je lui ai demandé ce qui l’avait convaincu de porter son dévolu sur le nom Boswell. « La tradition de cette maison de faire des fusils de compétition également jolis, superbement fiables et parfaitement équilibrés, m’a-t-il répondu. Sans compter la coïncidence d’avoir les mêmes initiales que Charles Boswell, ajoute-t-il dans un sourire. Aujourd’hui, la société Charles Boswell Gunmaker produit ce que je crois être quelques-unes des armes de chasse de petit calibre les plus exquises et les meilleurs fusils de tir sur mesure au monde. Je m’efforce d’atteindre le niveau de qualité de l’époque du fondateur. Les Boswell actuels sont fabriqués presque de manière identique que les originaux d’il y a près de cent quarante ans. » Sont-ils fabriqués en Angleterre ? «Absolument, répond Batha, ils sont entièrement réalisés à Londres par les meilleurs travailleurs à domicile – le finisseur David Sinnerton, le canonnier Mick Kelly, le basculeur Mark Sullivan ou le crossier Andy Marshall. » Au moment où j’écris ces lignes, Chris Batha a livré 38 fusils. Un fusil à chiens extérieurs de calibre 20 à mécanique  Beesley, un autre de calibre 16 à side-lever, qui reprend l bascule du juxtaposé Boss, et une paire de superposés de typeBoss calibre 12 sont en cours de fabrication.

 

Trésors d’hier et aujourd’hui

 

On se souvient combien les fusils de tir aux pigeons devinrent désespérément démodés il y a une trentaine d’années, avec l’engouement pour l’ultra-light et ses fusils légers à canons courts. Mais les choses changent. Nul ne remet plus en doute aujourd’hui qu’une arme de tir aux pigeons de 3,4 kg, chambrée 70 mm avec des canons de 76 cm chokés trois quarts/full, est l’outil parfait pour la chasse à la sauvagine ou pour les battues de haut vol. Une telle arme, surtout si elle porte une grande signature, se vend 40 % plus cher qu’un modèle à canons de 70 cm. Il y a quelques années, c’était l’inverse, un Purdey standard valait 40 % de plus qu’un fusil lourd à canons longs conçu pour le tir aux pigeons ou le haut vol. Boswell ne possède sans doute pas le cachet de Purdey, Boss ou Holland & Holland, mais il devient leur égal dès l’instant où la qualité entre au premier rang des considérations de l’acheteur. Beaucoup des fusils Boswell d’autrefois étaient des « spécial tir aux pigeons » à batterie ou à platines de haute qualité souvent richement ornés. Ils apparaissent régulièrement sur le marché de l’occasion. Leur rapport qualité-prix est exceptionnel. Forgés par la compétition sur les pas de tir et construits par les meilleurs artisans pour les meilleurs tireurs, ces fusils de tir aux pigeons d’époque constituent de véritables trésors. Manipulez-en un, vous comprendrez, tirez ne serait-ce qu’une seule fois avec, vous serez accro à jamais. Dès lors, je vous garantis que vous placerez Boswell sur cette fameuse première marche de la hiérarchie armurière ! Djamel Talha

 

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23/08/2017
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