Probablement, la pire chose qui peut arriver à n'importe quel chasseur est de tomber amoureux de la mauvaise arme et de se retrouver dans un état d'esprit donnant la priorité au fusil indépendamment de l'objectif qu'il est censé servir. Cela arrive tout le temps – ou du moins, cela m'est arrivé.

Il ya des années, quand j'ai commencé avec ce sport magnifique qui est la chasse, mon premier fusil fut un B25 que je voulais et rien d'autre.  je voulais plus que tout  posséder le légendaire Browning B25.

Réunir l'argent nécessaire a pris un bon moment, mais cette attente a rendu le désir encore plus vif. Quand j'ai enfin eu assez d'argent à dépenser pour une telle arme, le hasard a fait que mon voisin, un ancien chasseur, voulait se séparer de son fusil. Quand j'ai su que ce dernier était un B25, l'affaire fut vite conclue.

Le fusil était de calibre 12, fabriqué en 1960, gravure C2G signée F.Marechal, canons de 66 cm et à double détente. Il avait été bien utilisé, mais très soigné. J'étais convaincu que je n'avais qu'à sortir le fusil de la mallette et les oiseaux allaient tomber du ciel. Malheureusement j'ai vécu l'une des pires expériences que je n'ai jamais eue avec une arme de chasse.

Sa crosse était trop courte et faiblement pentée,les canons était également trop courts et ses chokes étaient tellement serrés qu'il tirait comme une carabine. Bref, le fusil n'était ni adapté à moi ni au type de chasse que je pratiquais.

À l'époque, j'ai souscrit à la notion idiote, toujours populaire dans certains milieux que la modification d'une arme de ce type est d'une certaine manière un crime de lèse-majesté. Je connais des personnes qui sont prêtes à subir une opération chirurgicale à leur épaule plutôt que de toucher à leur Purdey. C'est peut-être vrai pour les pièces de collection, mais la grande majorité des fusils sont sensés être utilisés et donc doivent s'adapter à leurs utilisateurs.

Si j'avais maintenant ce B25, la crosse serait modifiée et les canons déchockés. A l'époque, cependant, au lieu d'insister pour que l'arme m'aille, j'ai essayé désespérément de m'adapter à l'arme. Il m'a fallu deux ans d'arrosage de plombs sans but à travers les plaines et les bois de Seine-et-Marne et de l'Oise pour comprendre que ce B25, en particulier, n'était pas fait pour moi, et prendre la décision qui s'imposait.

Ce n'était pas la faute de ce fusil de toute évidence, et pourtant je ne regarde plus les B25 de la même façon depuis. J'ai souffert de la même absurdité avec d'autres armes, mais pas pour longtemps. Je l'ai gardé deux ans, incapable d'admettre que sa majesté le B25 était tout sauf l'arme parfaite pour moi. Je ne l'ai compris que bien plus tard. J'ai finalement vendu la fichue chose. Je me suis attaché à cette arme pour de mauvaises raisons, car j'étais tellement accroché à l'idée de posséder un Browning B25 que je n'étais pas assez lucide pour voir que le B25 n'était pas pour moi.

Ceux d'entre nous qui aiment les armes fines pour ce qu'elles sont, ainsi que pour ce que nous en faisons, sont toujours sensibles à ce genre d'engouement, et c'est sans danger tant que nous nous souvenons qu'il n'y a rien de sacré ou d'inviolable sur une arme. 
Pour certains, l'ajustement et la fonction ne sont pas le plus important, pour d'autres, c'est indispensable. Mais pour tous, l'arme de chasse est plus qu'un objet capable « de transmettre la volonté à distance » comme disait le grand Samuel Colt.

                                                                Djamel Talha
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