Aucun armurier ne peut se comparer à John Moses Browning. Il est le plus grand inventeur d'armes que le monde ait jamais connu, ses 128 brevets à l'appui. «J. M. Browning n'a pas simplement apporté la conception des armes à feu à l'ère moderne, il a créé l'ère moderne » (Garwood). Oui, ses inventions ont changé le cours de l'histoire.

John Moses Browning, né en 1855 apprend le métier avec son père, Jonathan Browning, un mormon polygame d'Ogden (Utah, Etats Unis). Après la mort de leur père, en 1879, John Moses et trois de ses frères lancent leur atelier. The Browning Gun Factory. En 1883, ils vendent à Winchester les droits de fabriquer des armes de leur conception sous la marque Winchester. C'est ainsi que bien des carabines Winchester, dont la très célèbre 1894 que l'on retrouve entre les mains de John Wayne dans nombre de westerns et fabriquée à plus de 7 millions d'exemplaires, sont une invention de Browning. Se concentrant davantage sur l'innovation et la conception, John Moses vend aussi quantité de brevets à Colt, Remington, Savage, Stevens et Ithaca. Sa collaboration avec Winchester dure presque vingt ans, jusqu'à ce que la firme refuse de lui verser des royalties pour la fabrication d'une arme révolutionnaire, le semi-automatique Auto-5, plutôt que de lui acheter la conception pure et simple.

Quelques mois plus tard, le jour même où John Moses vient présenter son semi-auto au président de Remington, celui-ci meurt d'une crise cardiaque.
Lassé de la malchance et du peu d'in- térêt que portent les fabricants américains à son arme d'avant-garde, John Browning traverse l'Atlantique, a Direction la Belgique et la Fabrique i nationale d'armes de guerre qui lui avait déjà acheté un brevet en 1897 pour la fabrication du pistolet semi-automatique Model 1900. Aujourd'hui plus connue sous le nom de FN, l'entreprise avait été créée en 1889 à l'initiative des Fabricants d'armes réunis (Dumoulin, Fran- cotte, Nagant, Pieper, Simonis...) pour produire 150000 fusils Mauser pour le gouvernement belge. En mars 1902, Browning et FN concluent un premier accord pour l'Auto C'est le début d'une longue et étroite collaboration qui fera naître de nombreux modèles conçus, fabriqués et commercialisés de concert. Elle aboutira finalement à l'intégration, en 1977, de Browning Company au groupe FN-Herstal.

De toutes ses conceptions, le B25 (né en 1925), ou «The Superposed» comme l'appellent les Américains, représente le point culminant de la riche et extraordinaire carrière de J. M. Browning. «Il a inventé des mitrailleuses, des fusils automatiques et des pistolets parce qu'il le fallait. Il a créé le superposé parce qu'il le voulait », résume McIntosh avec un sens certain de la formule.
La genèse du B25 nous ramène quelques années en amère, dans la décennie 1920. Browning observait alors l'intérêt de ses compatriotes pour les fusils superposés. Il n'était pas sans ignorer que cette affection croissante était étroitement liée à la loi fédérale de 1913 sur les oiseaux migrateurs (Weeks-McLean Act) qui limitait chaque fusil de chasse au tir d'un maximum de trois cartouches, interdiction élargie en 1918 au niveau international, avec même dans certains pays un quota ramené à deux cartouches. On raconte que Browning
s pour les fusils superposés. Il n'était pas sans ignorer que cette affection croissante était étroitement liée à la loi fédérale de 1913 sur les oiseaux migrateurs (Weeks-McLean Act) qui limitait chaque fusil de chasse au tir d'un maximum de trois cartouches, interdiction élargie en 1918 au niveau international, avec même dans certains pays un quota ramené à deux cartouches. On raconte que Browning craignait que les gouvernements n'aillent encore plus loin en interdisant tout bonnement la fabrication de fusils de chasse à répétition. Or, à cette époque, seule une poignée de fabricants anglais et continentaux proposait des fusils superposés, qui plus est à des prix prohibitifs pour un Américain moyen. John le visionnaire se dit qu'un modèle produit en masse à un coût raisonnable pourrait trouver un large marché dans son pays. De tout cela résulte une première demande de brevet en octobre 1923, suivie d'une seconde en septembre 1924. Une fois que les brevets lui sont délivrés, le 30 mars 1926, Browning envoie son fils Val en Belgique pour présenter à la FN dessins et prototype, avant de le rejoindre quelque temps plus tard pour superviser les dernières étapes de fabrication. Le 26 novembre de cette même année, il décède d'une crise cardiaque dans son bureau de Herstal.

Mécaniquement, le B25 est un fusil à batterie, alimenté par des ressorts hélicoïdaux. Browning a choisi d'utiliser un axe avant transversal pour servir de charnière et assurer le pivotement, des crochets de canons passant au travers du fond de bascule pour augmenter les faces de recul et un large verrou plat qui se glisse dans les crochets du canon inférieur pour un basculage et une fermeture sans faille. Une particularité du B25, sa signature en quelque sorte, est un devant en bois fixé aux canons et coulissant le long de ces derniers. La légende veut que J. M. Browning l'ait ainsi conçu parce qu'il avait un jour égaré le garde-main de son fusil et s'était juré que cela ne se reproduirait plus. Cependant, l'idée de la longuesse accrochée aux canons n'était pas nouvelle, les Anglais l'avaient déjà appliquée à un juxtaposé (brevet 292 obtenu en 1877 par Charles Osborne Ellis et Edward William Wilkinson).

Le B25 est lancé en 1931 en calibre 12 et en quatre catégories, Standard, Pigeon, Diana et Midas, avec éjecteurs sélectifs, bande pleine, doubledétente et en option bande ventilée et Twin-Single. La Twin-Single étant un système de double détente où chaque détente fonctionne comme une monodétente non sélective. Conçue par Val, elle avait d'abord été adoptée provisoirement en attendant que la monodétente que John Moses était en train de concevoir soit aboutie. Ce dernier tenait en effet à cette configuration, tout simplement parce qu'il pensait que les Américains la préféreraient. Mais il mourut avant de pouvoir l'achever et c'est Val qui en termine finalement la mise au point. Cette détente unique sélective est montée en série à partir de 1939 et est considérée comme la meilleure et la plus fiable du genre. Dès lors, le B25 a atteint sa forme définitive, du moins sur le plan mécanique. Ce qui viendra après relève d'évolutions dans la configuration, les modèles, les sra- et est considérée comme la meilleure et la plus fiable du genre. Dès lors, le B25 a atteint sa forme définitive, du moins sur le plan mécanique. Ce qui viendra après relève d'évolutions dans la configuration, les modèles, les grades et les calibres. Le modèle léger avait été introduit en 1935, le calibre 16 en 1936.

En raison de la guerre, la production cesse de 1940 jusqu'en 1948, date à laquelle le calibre 20 est présenté, suivi l'année suivante de la chambre magnum. Dans les années 1970, face à un coût de main-d'œuvre en constante augmentation, des prix de revient très élevés et un marché de plus en plus concurrentiel, notamment avec l'arrivée de superposés italiens à des prix plus abordables, Browning Company est contrainte de transférer sa production au Japon afin de réduire ses coûts. Progressivement,le B25 made in Belgium sort de la gamme américaine au profit des modèles japonais et, après 1976, il n'est plus proposé aux Etats-Unis que sur commande ou en séries limitées - les Waterfowl Series (Maillard, Pintail, Black Duck), les Classic et Gold Classic et les Presentation Models (PI à P4). Toutefois, le B25 1 continue d'être produit artisanalement par le Browning Custom Shop à Herstal et est disponible dans de nombreuses versions ou sur commande spéciale. Il figure en bonne place dans le catalogue de Browning International.

Le superposé Browning est excellent, mais pas parfait. Au risque d'être accusé de blasphème envers sa sainteté B25, permettez-moi quelques critiques. A commencer par sa longuesse, inutilement complexe et coûteuse à fabriquer. Etant solidaire des canons, elle rend l'assemblage et le désassemblage de l'arme relativement difficiles. Pas moins de sept manœuvres sont nécessaires pour monter l'arme, autant pour la démonter. Ensuite, la bascule est assez haute, Browning ayant choisi de placer les crochets sous les canons. Certes, catalogues et publicités de la marque vantent la supériorité de cette conception sur celle à tourillons, en vertu de portées de basculage et de surfaces de verrouillages importantes offrant une meilleur résistance à un usage intensif.

Alors oui, le superposé B25 est mécaniquement plus compliqué qu'il ne devrait l'être, mais il est si bien réalisé que vous ne trouverez per- sonne pour remettre en cause sa robustesse et sa fiabilité. Le mien a tiré un nombre incalculable de cartouches et il est resté intact, sans le moindre jeu, comme à sa sortie de l'usine. Le secret d'une telle longévité réside dans des ajustements tous jours faits à la main au noir de fumée, dans la qualité des matériaux utilisés et, plus que tout, dans la compétence des artisans qui fabriquent cette arme. «Le bon vieux B25 n'est pas le plus beau superposé jamais fabriqué, ni le mieux conçu, mais l'un des plus grands quand même », comme l'a écrit un journaliste américain. DJAMEL TALHA

arme_b25_windsor_or_paire235