Ie succès du superposé Boss introduit en 1909 , incita ses concurrents anglais à produire leur propre superposé. Lancaster breveta le sien en 1910, Edwinson C. Green et Baker en 1912, Beesley en 1913 - avec son Shotover à platines inversées, l'une avec chien en haut, l'autre chien en bas, mais avec des axes et néanmoins symétriques sur les deux côtés. Aucun de ces fusils ne menaça la suprématie de leur devancier. Jusqu'à l'arrivée d'un superposé signé James Woodward & Sons, d'une conception qui n'est pas sans rappeler celle de Boss, mais avec quelques subtiles différences.

James Woodward & Sons est l'un des plus prestigieux fabricants d'armes britanniques, reconnu pour la qualité et le style à part de ses juxtaposés. Ie fondateur, James Woodward, naît en 1815 et commence à travailler en 1827 pour l'armurier Charles Moore, dont il devient l'associé en 1843 ; l'entreprise est alors rebaptisée Moore & Woodward. Lorsque James Woodward se retrouve seul à la barre de la firme, ses deux fils, Jacques et Charles, le rejoignent et l'entreprise devient, en 1872, James Woodward & Sons. Une histoire que vous pouvez aussi retrouver dans son détail dans l'ouvrage "Platines" de Laurent Bedu.

En 1913, quatre ans après le Boss, Woodward introduit son superposé. Le brevet (n°4986,27 février 1913) est attribué à Charles Woodward et William Evershed, mais il est presque certain que le concepteur se nomme Charles Hill. Du reste, le nom de ce dernier apparaît noir sur blanc dans les spécifications du brevet, contrairement à ce qui s'est passé pour Henderson chez Boss. Ce brevet met en évidence une méthode nouvelle d'assemblage des canons et de la bascule, selon un concept utilisé dans la menuiserie : l'assemblage à rainures et à languettes. Les- dites languettes interviennent le long de la partie supérieure de la bascule, qui n'est pas droite, et s'insèrent dans des rainures correspondantes découpées dans les ailerons des deux canons. « De toutes les armes que j'ai vues, écrira Burrard, je dois avouer que le Woodward semble combiner le mieux la force, la qualité et la facilité de manipulation, avec un poids léger et une exécution irréprochable. »

Le Woodward connaît un succès presque immédiat et, inévitablement, est tout de suite comparé au Boss. L'un et l'autre sont tout aussi rares que couteux et leur conception est relativement similaire. Comme le Boss, le Woodward reprend le système a tourillons et la bascule basse plutôt que le traditionnel verrou double Purdey sous les canons utilisé dans les juxtaposés. Mais sur le Woodward, les tourillons ne sont ni pivotants ni évidés mais circulaires et pleins. Les crochets des canons viennent s'y ancrer pour assurer leur rotation au basculage. L'arme est de ce point de vue plus simple, plus proche aussi des superposés italiens actuels à bascule basse.
le fusil est équipé d'une platine à ressort arrière et le mécanisme d'éjection est une modification du système Southgate. L'armement se fait par des tiges de chaque côté de la bascule alors que, sur le Boss, nous sommes en présence d'un armement par tiroir plat, comme sur le Dickson et les superposés italiens.

Il existe également des différences dans le positionnement et fonctionnement du verrou, et on ne retrouve pas, sur le Woodward, les ailerons de canon du devant fer Boss, si caractéristiques mais si délicats à réaliser.
L'histoire du superposé Woodward ne s'arrête pas là. En 1948, Charles Woodward vend sa compagnie à Purdey. Lequel tente depuis pluisieurs années de mettre au point son propre superposé avec de sérieuses difficultés et sans réussir à obtenir la finesse et la fiabilité de ses deux principaux concurrents. Avec ce rachat, Purdey possède enfin son propre superposé et abandonne aussitôt la fabrication de ses superposés basés sur l'ancienne conception d'Edwin Green. Après quelques modifications apportées aux percuteurs, aux platines, à la sûreté cl à la clé d'ouverture, et quelques changements esthétiques pour accorder l'arme au style Purdey, le superposé Purdey-Woodward voit le jour. C'est un certain Ernest Lawrence qui s'est chargé de cette adaptation, un ancien de chez Woodward et l'inventeur de la célèbre huile de finition des bois Slacum utilisée jusqu'à ce jour chez Purdey.

Le nom de Woodward va disparaitre – on ne le retrouvera qu'au milieu des années 1990, lorsque Purdey relancera la production de quelques fusils sous cette signature à la demande de collectionneurs.
Comme le Boss, dans une mesure moindre certes, le woodward à établie une norme fonctionnelle et esthétique en matiere de supoerposé et son influence rayaonna sur la fabrication mondiale. Certains armurier adopterent sa conception comme Watson Bross, Charles Boswell, Chrchill, Cogswell & Harison ou David Mckay. Et d'autres plus nombreux, fabricants italiens en tête, combinèrent les deux conceptions (Hill/Woodward et Henderson/Boss )

Certains soutiennent que le Woodward est supérieur au Boss, le plus beau jamais réalisé. D'autres s'offusquent de cette comparaison. En réalité, cette mise en concurrence n'a pas lieu d'être… Irait-on comparer une Rolls et une Bentley ?

Laissons la conclusion à Geoffrey Boothroyd : « En dehors de leur mérite technique et de l'élégance de leur ligne, ces armes ont des qualités qui n'apparaissent qu'avec l'examen attentif. Il y a une "sensation ” […] une justesse que I 'on rencontre rarement ailleurs. » Djamel Talha
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