La chasse et les fusils fins

La chasse et les fusils fins

Longthorne Gunmakers LTD

11 ans seulement !

 

Ne cherchez pas dans vos livres consacrés à l’histoire des armes fines des informations sur la manufacture Longthorne, il n’y en a pas. Cette compagnie familiale n’a que 11 ans, un trop jeune âge pour que les auteurs aient eu le temps de se pencher sur son cas. Pour autant, ils combleront sans nul doute ce manque dans leurs futures rééditions : Longthorne produit des superposés à platines, fabriqués intégralement dans leurs ateliers, canons monoblocs compris, rien de moins !

 

 Il y a peu, j’avais écrit  que l’armurerie fine avait connu tout au long de son histoire des hauts vertigineux et des bas abyssaux et que, parmi les grandes nations productrices de fusils fins, la Grande-Bretagne était celle qui tirait le mieux son épingle du jeu, voire vivait peut-être actuellement un nouvel âge d’or. Car outre-manche l’armurerie fine est une industrie toujours vivante, de belles armes continuent d’être fabriquées et font perdurer le flambeau de l’excellence dans le XXIe siècle.

 

A côté des «géants »

 

 Leurs fabricants portent des noms que vous connaissez tous. A Londres, il y a la « sainte trinité », les trois grandes maisons que sont Purdey, Holland & Holland et Boss, à Birmingham, il y a Westley Richards, Greener ou A. A. Brown et en Ecosse, McNaughton ou John Dickson, qui continuent à produire leur Round Action. Mais à côté de ces géants de histoire armurière, il y a aussi les nouveaux arrivants, que l’on peut classer en trois catégories. La première rassemble de grands fabricants un temps disparus mais que des investisseurs passionnés sont venus ressusciter en s’appuyait sur le savoir-faire d’armuriers à domicile. Un exemple récent est celui de Joseph Manton, tiré d’un sommeil long de 175 ans par Ian Spencer, Dick Castle - ton et Geoff Walker, ou encore de Charles Boswell, relancé par Chris Batha. La deuxième catégorie réunit des artisans déjà aguerris qui, après avoir suivi le parcours classique de l’armurier (apprentissage, compagnonnage, salariat ou travail à domicile pour de grandes enseignes), ont décidé de créer des armes sous leur signature. Boxall & Edmiston, Symes & Wright ou encore Peter Nelson et McKay Brown sont les noms qui me viennent à l esprit. Enfin, il y a une dernière catégorie, celles des «outsiders» : des passionnés d’armes de chasse mais qui n en sont pas des spécialistes, qui n’ont pas suivi le parcours «obligé» évoqué à l’instant. Ceux-là décident un jour, portés par leur seule passion, de se lancer dans la fabrication d’armes, avec néanmoins à leur actif une solide expérience dans la mécanisation et les nouvelles technologies de fabrication. Vous l’aurez compris, c’est à cette génération atypique qu’appartient l’homme que je m’apprête à vous présenter, James Longthorne Stewart, fondateur de Longthorne Gunmakers Ltd.

Le parcours de ce Britannique n’est pas sans évoquer celui de l’Italien Ivo Fabbri. L’un comme l’autre conjuguent l’étincelle du génie de l’ingénierie avec l’amour des armes fines ainsi que la recherche de l’innovation au plus haut niveau de qualité. Comme Fabbri, Stewart entend apporter un nouveau savoir-faire, mais surtout une vision différente de l’armurerie fine : «Je suis convaincu que l’utilisation de la technologie moderne, des matériaux et des compétences qui sont à notre disposition aujourd’hui peuvent s’accorder avec le maintien des savoir-faire traditionnels pour produire des fusils de chasse qui répondent aux exigences actuelles.»

 100 % made in England

James est ingénieur de formation et possède une expérience de trente-cinq années dans la fabrication de pièces de haute technologie pour les industries de l’aérospatiale et du sport automobile, notamment en ustralAustralie, où il a travaillé une bonne partie de sa carrière. Parallèlement, il fut toujours un passionné d’armes de chasse et de tir, curieux de leur fonctionnement et des façons de les perfectionner. De retour en Angleterre, il commença à réfléchir à l’application de son expertise pour produire des fusils. Son but était l’autonomie, la capacité de réaliser chaque pièce lui-même. Comme un pied de nez à une tendance assez inquiétante en Angleterre où de plus en plus de fabricants sous-traitent une partie ou la totalité de leur production hors des frontières, notamment  en Espagne et en Italie. «Nous voulions que nos armes soient cent pour cent “made in England”, résume Elaine Stewart, épouse de James et directrice marketing de Longthorne. Cela nous permet de contrôler la qualité et, le cas échéant, d’apporter des changements rapides aux conceptions et aux procédés de fabrication.»

Longthorne Gunmakers a été fondée en 2006 et son premier fusil fut révélé au public lors du Game Fair anglais de 2010, organisé dans le Warwickshire. «Ce premier-né était un superposé, un modèle très populaire au Royaume-Uni. Nous avons jugé préférable de commencer avec quelque chose que les gens apprécient massivement», raconte James. Ce premier fusil, baptisé Hesketh, du nom du village où est implantée l’entreprise, dans le Lancashire, était un sporting de calibre 12 et d’un poids de 3,2 kg pour une longueur de canon de 76 cm. Il fit une entrée fracassante dans le monde fermé des fusils fins et en surprit plus d’un. « Lorsque nous parlions de notre fusil, les gens pensaient que nous étions fous ! » se souvient James. Mais très vite le scepticisme fit place aux commentaires élogieux des tireurs, sur fond de quelques grincements de dents des concurrents et membres du sérail.

James est parti d’un constat simple, un superposé de tir doit être très dynamique, extrêmement orientable, sans recul excessif et d’une fiabilité mécanique absolue. Il doit générer une gerbe dense, capable de détruire des cibles à plus de 40 m, et nécessite un départ de détente parfait.

Toutes ces qualités, l’ingénieur a réussi à les donner à ce premier fusil et à ceux qui l’ont suivi, avec l’aide déterminante de la CNC, puisque ses ateliers disposent de machines capables d’usiner des pièces à un niveau extrême de précision. C’est là une contribution indispensable à la production d’exception qui sort de Longthorne, mais ce n’en est pas la clé. Si tel était le cas, les Japonais seraient depuis longtemps devenus les leaders du marché des armes à feu.

A Longthorne, l’homme est toujours au cœur du processus. Seules les mains d’un artisan peuvent assembler les pièces pour un ajustage idéal, limer et polir pour donner le fini parfait. « Les machines de haute technologie que nous utilisons sont là pour relayer les hommes sur l’établi, et leur laisser leur temps et leurs compétences pour faire ce qu’ils savent faire », résume Elaine. Dans ces armes, il y a tout à la fois la haute technologie, la pointe du progrès et le soin infini des artisans, l’attention à chaque détail mécanique et esthétique.

 

Qu’est-ce qu’un Longthorne ?

 

 Une arme de Longthorne Gunmakers est un fusil à platines à quatre axes dont la bride est taillée dans la masse du corps de plaque de la platine, ce qui n’est pas sans rappeler les créations des frères Rizzini à Magno en Italie et, sur le plan esthétique, le SO10 de Beretta. La platine dispose d’une double gâchette de sécurité. Le basculage est de type Hill/Woodward, avec des broches remplaçables, et le verrouillage de type Robertson/Boss en ce sens que les verrous sont juste en dessous du canon inférieur. « Mais nous avons fait en sorte que le mécanisme du verrouillage et d’ouverture soit réversible, précise James, afin de nous permettre de réaliser une ouverture pour gaucher si nécessaire. » Les verrous sont commandés par des ressorts à lames. La percussion est quant à elle assurée par une monodétente sélective et l’extraction par des éjecteurs de type Perazzi.

 

Bien. Mais qu’est-ce qui distingue un Longthorne d’un autre superposé fin moderne ? Assurément, ce sont ses canons. Rappelons qu’il existe deux manières d’assembler les tubes d’une arme : avec un demi-bloc, option réservée aux fusils fins, et par frettage, pour les armes en série. Il n’est pas excessif de dire que, sur ce point, James Stewart semble avoir atteint le Saint Graal convoité par bien des grands armuriers avant lui : il est en mesure de réaliser l’ensemble des deux canons (les deux tubes, le monobloc, les crochets, le crochet de longuesse et la bande) à partir d’un seul morceau d’acier. Qualifier ce processus de «nouveau», comme on le lit volontiers ici et là, est excessif ; depuis que je me passionne pour la fabrication des armes, j’ai constaté que le «nouveau» a souvent été déjà tenté plus d’une fois dans le passé, voire effectivement réalisé. Ainsi, dans les années 1850, le célèbre ingénieur Sir Joseph Whitworth travailla sans relâche à produire des canons à partir d’une seule pièce de métal, sans jamais aboutir cependant, puisque le coût de revient de son processus était tel que l’arme ainsi réalisée aurait atteint un prix prohibitif. On peut citer aussi les canons monoblocs des canonniers français de la vallée de Chevreuse, qui ont équipé des armes bien réelles cette fois même si elles restent rares et quasi impossibles à dénicher.

 

 Il n’empêche, là où Whitworth a échoué, là où les fusils français évoqués font figure d’exception, Stewart a réussi. « Il m’a fallu quatre ans pour perfectionner mon procédé, confie-t-il. Mais le jeu en valait la chandelle tant il apporte des avantages indéniables.» « Nos canons sont très solides et très légers, poursuit Elaine, nous avons éliminé la lourde bande intermédiaire en faveur d’une très petite en forme de I, ce qui autorise à faire la paroi du cylindre plus épaisse et ajoute à la force des tubes. Pour autant, ces canons restent plus légers que des tubes classiques, avec un poids de seulement 1,240 kg contre plus de 1,400 kg d’ordinaire. Ils sont également parfaitement parallèles et aucun réglage n’est nécessaire pour cela. C’est une des raisons pour lesquelles nos armes ont si peu de recul et que les relèvements des canons sont infimes. » « Nous pouvons éprouver tous nos canons pour la grenaille d’acier avec le full choke, ajoute-t-elle, et nous avons récemment éprouvé un calibre 20 pour l’acier avec “50 thou” (soit un restreint de 1,27 mm 13/10, ce qui est plus serré que l’extra-full). Nous avons la fierté d’être la seule entreprise à pouvoir le faire. » Et Elaine parle preuve à l’appui… Alors qu’elle nous livre ces explications, son mari, qui est loin d’être un poids plume, hésite pas à placer un jeu de canons sur deux plots de bois, un à chaque extrémité, à se hisser sur les tubes ainsi disposés et d’y peser de toute sa masse !

 

Pour le moment, Longthorne propose deux modèles, le Hesketh et le Rutland, qui se différencient juste par leur niveau de finition, mais qui sont disponibles dans une variété impressionnante de formes. Tous les calibres courants du 12 au .410 sont au choix du client, comme le sont toutes les spécifications habituelles, la longueur des canons, les dimensions de la crosse, les chokes, le poids, l’équilibre, etc. Nous avons là ni plus ni moins le fusil sur me - sure dans le vrai sens du terme. Le Hesketh est vendu, non gravé, à partir de 16 900 € et le Rutland de 31 400 €. Ce qui se passe ensuite, en termes de temps et d’argent, dépend de votre goût en matière d’ornementation et de la personne à qui vous voulez confier le travail. Vous pourrez opter pour de l’anglaise avec ses différentes interprétations ou pour des scènes de chasse. Tout est possible, logique nous sommes en présence d’un fusil à platines 100 % anglais.

 

Oubliez les épitaphes

Les moments que j’ai passés avec James Stewart pour la préparation de cet article m’ont suffi pour comprendre que je n’avais pas affaire à une personnalité encline à se reposer sur ses lauriers. Aussi me suis-je aventuré à questionner mon interlocuteur sur ses futurs projets, terrain sur lequel la plupart des fabricants se montrent peu loquaces. Pas James, qui m’a confié sans détours qu’il réfléchissait à la création d’un superposé à batterie et d’un juxtaposé. «Le premier sera de type Perazzi avec des canons de notre propre conception, le second, encore en cours d’étude, en tout cas concernant le peaufinage des détails, sera à platines de type H&H avec nos canons munis d’une bande surélevée. » Dans certains milieux, vous entendrez toutes sortes d’épitaphes prêtes à être gravées sur la pierre tombale de l’armurerie fine britannique. Mais si leurs auteurs se donnaient la peine d’explorer certains ateliers, ils y découvriraient des armes qui prouvent que toute nécrologie est décidément prématurée. ■ Djamel Talha



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01/07/2017
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