Le MX8 est au tir ce que la Ferrari est à la Formule 1. Il est aussi le modèle sur lequel la société Perazzi a été fondée et a prospéré. Un rapide coup d'œil sur le nombre de médailles olympiques gagnées par la marque suffit à mesurer le phénomène. A Sydney en 2000, Perazzi remportait la moitié des médailles, à Athènes en 2004, 66%, à Pékin en 2008, 75 % et, aux derniers Jeux, à Londres 80 %, avec 12 médailles sur les 15 en jeu pour toutes les disciplines de tir.
Le MX8 est le fruit d'une collaboration entre trois hommes d'exception, Daniele Perazzi, Ivo Fabbri et Ennio Mattarelli. Daniele Perazzi, qui nous a quittés le 7 novembre dernier, était un armurier formé dans la pure tradition italienne de Val Trompia. En 1957, il fonde sa société, Armi Perazzi. Peu de temps après, il s'associe avec Ivo Fabbri, brillant ingénieur designer venu de l'industrie automobile (Fiat) et qui va s'imposer comme un maillon essentiel pour les innovations technologiques utilisées dans l'usine Perazzi. Daniele Perazzi lui montre un Lebeau- Courally de type Boss et met à sa disposition une machine-outil. Ivo Fabbri va développer et améliorer les machines afin de simplifier la fabrication et faire de la conception Boss avec des moyens automatisés. C'est dans ce contexte qu'Ennio Mattarelli, tireur hors pair doué en outre de talents pour la conception, vient trouver nos deux hommes, en 1964. Ennio veut une arme pour les Jeux olympiques de Tokyo qui vont se dérouler cette même année. Il a quelques idées sur ce que doit être un fusil de tir de compétition. Sa demande est directe : « Si vous me fabriquez l'arme que je veux, je crois que je peux gagner tout ce qu'il y a à gagner ! »

Perazzi et Fabbri, bien conscients de tenir là une occasion en or pour démontrer leur savoir-faire et se faire connaître auprès des tireurs, vont mettre tout leur talent et leur énergie au service des exigences du compétiteur. Résultat, un nouveau superposé à platines construit sur la bascule du modèle SHO avec des canons de 74 cm chokés 7/10 et 10/10, une bande concave et conique de 11 à 8 mm. La gravure à l'anglaise est exécutée par l'un des plus grands artistes italiens, Angelo Galeazzi. Et Mattarelli de remporter la médaille d'or.

La consécration arrive alors que la collaboration entre Perazzi et Fabbri prend fin, ce dernier œuvrera désormais à la tête de sa propre entreprise. Les fusils Fabbri-Perazzi portent les numéros de série 5001 à 5339. Mais l'alliance Perazzi-Mattarelli continue et les deux hommes s'attellent à la conception d'une nouvelle arme pour les prochains Jeux, à Mexico (1968) En prenant en compte la haute altitude de la ville sud-américaine, la chaleur qui y règne et la faible pression atmosphérique, Mattarelli et Perazzi mettent au point un superposé doté de canons plus lourds que le premier modèle, avec chokes interchangeables pour le canon du bas, choké extra-full pour celui du haut. La longueur reste la même (74 cm), la bande de visée est toujours concave et conique (de 11 à 8 mm) mais elle est étonnamment haute pour l'époque, afin notamment d'éviter le miroitement causé par la chaleur des canons et d'autoriser un dessin de crosse limitant le recul et le relèvement des canons. La crosse anglaise est remplacée par une crosse pistolet. Surtout, le superposé est le premier à arborer la désormais célèbre batterie amovible Perazzi. Il est baptisé MX8 (MX pour Mexique, 8  pour l'année 1968). Tout aurait été parfait si Mattarelli avait gagné la médaille d'or, ce ne fut pas le cas. Mais les deux hommes ont ouvert la voie, celle du fusil superposé de l'avenir, et ont du même coup catapulté la petite entreprise dans le club fermé des meilleurs fabricants d'armes lisses.

Le MX 8 est rapidement devenu - et demeure aujourd'hui l'arme de choix pour beaucoup de tireurs et chasseurs à travers le monde. Il a joué un rôle majeur dans la définition de ce que nous reconnaissons maintenant comme un excellent fusil de tir . Beaucoup de fabricants se sont inspirés de sa mécanique : Zoli, Renato Gamba, Famars, Perguni & Visini, Rizzini. Le superposé Kemen, fabricant espagnol, est son quasi-clone, à tel point que ses canons, son devant et sa batterie sont interchangeables avec ceux du MX8. Même des maisons aussi prestigieuses que Purdey, Holland & Holland ou Boxall & Edmiston ont adopté le système Perazzi pour leur superposé de tir sportif.

Quarante-cinq ans après sa naissance, le MX8 reste inchangé, c'est un produit intemporel qui sera toujours d'actualité. Il est dynamique, il pointe facilement et naturellement, sa mécanique est infaillible, le départ de sa détente est parfait. C'est une machine de tir sans compromis et il y a fort à parier que lors des prochains Jeux olympiques de Rio, en 2016, le fabricant italien se hisse de nouveau sur les premières marches du podium avec l'un des descendants directs de ce grand superposé. Djamel Talha

Perazzi