La chasse et les fusils fins

La chasse et les fusils fins

Le vieux fusil

 
Moi, le vieux fusil sans fard
usé par les rameaux et le froid, j’attends avec patience
qu’une main m’épaule pour le bois.
 
Suspendu près du cor
au-dessous de l’ancêtre encadré,
je pointe tel un canon à sabord
le sablier à demi égrainé.
 
Comme un marin, je veille au quart
pendant que l’horloge aiguillée sonne un passé habité
de rêves et de faux départs.
Las, je pose mon regard
sur le braque immobilisé
par les relents de mon palier
peuplé d’ici et de nulle part.
 
Enfin! Je suis en bandoulière
sur mon ami de demain et d’aujourd’hui,
nous partons découvrir le couvert
du grand pommier chablis.
 
Chargé, je ne suis plus à l’écart
mais contre un corps qui tend la main
à l’enfant et son chien
qui forment un duo non épars.
 
Deux fusils arpentent le chemin,
l’un d'argent l'autre d étain,
portrait esquissé du sort
sous des rayons de poussières d'or.
 
Trois ombres, deux fusils,
des pas sans ennui
mêlés aux rires aux éclats
après i’arrêt raté du sous-bois.
 
C’est la grande nuit
pour deux bécasses et une perdrix;
l’enfant Do épuisé s'endort
près du vieux.., du vieux fusil.
 
Histoire d’homme, histoire de fusil
poème de vieux, de vieux croquis;
histoire en somme
de toute ma vie.
Yvon-Louis Paquet
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25/11/2017
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Le Prophète par Khalil Gibran

"Puis un vieil homme, un aubergiste, dit, Parle-nous du Manger et du Boire. 
Et il dit : 

Puissiez-vous vivre du parfum de la terre, et comme une plante être rassasié de lumière. 

Mais comme vous devez tuer pour manger, et dérober au nouveau-né le lait de sa mère pour étancher votre soif, faites-en alors un acte d'adoration. 

Et que votre table s'érige comme un autel sur lequel le pur et l'innocent de la forêt et de la plaine sont sacrifiés pour ce qui est plus pur et encore plus innocent en l'homme. 

Lorsque vous tuez un animal, dites-lui en votre cœur : 

"Par cette même puissance qui te donne la mort, je suis mis à mort également ; et je serai aussi dévoré. 

Car la loi qui t'a livré entre mes mains me livrera à une main encore plus puissante. 

Ton sang et mon sang ne sont autre que la sève qui nourrit l'arbre des cieux." 

Et quand vous croquez une pomme à pleines dents, dites lui en votre cœur : 

"Tes graines vivront en mon corps, 

Et les bourgeons de tes lendemains s'épanouiront dans mon cœur, 

Et ton parfum sera mon haleine, 

Et ensemble nous nous enchanterons en toutes saisons". 

Et à l'automne, quand vous vendangez le raisin de votre vigne pour l'apporter au pressoir, dites en votre cœur : 

"Je suis aussi une vigne, et mes fruits seront récoltés pour être pressés, 

Et comme un vin nouveau je serai conservé dans d'éternelles amphores". 

Et en hiver, lorsque vous tirez le vin, qu'il y ait en votre cœur un chant pour chaque coupe ; 

Et qu'il y ait dans ce chant une pensée pour les jours d'automne, et pour la vigne, et pour le pressoir."

 

Le Prophète  par Khalil Gibran

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14/11/2017
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A. A. Brown & Sons

 

 

 

 

Les Best guns de Birmingham

 

Non seulement Londres n'est pas la seule grande cité de l'armurerie fine anglaise et il n'est pas justifié de reléguer Birmingham au second plan, mais, au sein de cette dernière, Greener et Westley Richards ne sont pas les seuls noms illustres. Il y a aussi et notamment les établissent Brown et Fils, où une dynastie d'armuriers fabrique depuis près d'un siècle des armes fines et à platines de haute qualité.

 

 Il existe un mythe persistant chez beaucoup d’amateurs de fusils fins selon lequel les fusils portant la signature d’un fabricant londonien sont en tous points supérieurs aux fusils fabriqués à Birmingham ou ailleurs. C’est pour cette raison qu’une adresse à Londres permet, pour un fabricant, d’obtenir les prix les plus  élevés pour ses armes auprès d’acheteurs qui pensent obtenir plus qu’un fusil, un privilège ou une faveur.  Et c’est malheureusement aussi la raison pour laquelle la grande majorité des armuriers de Birmingham sont relayés au second plan. Demandez à quelqu’un de vous citer des noms de l’armurerie birminghamienne, et vous aurez droit à un silence gêné de plusieurs secondes puis, s’il connaît un peu l’armurerie fine britannique, il vous lâchera deux noms : Westley Richards et W.W.Greener. Mais ce serait oublier de nombreux autres fabricants de talent passés ou actuels. Parmi cette dernière catégorie, on peut citer A. A. Brown.

 

John Joseph, le fondateur

 

La firme est «relativement récente», même si les Brown font partie du paysage armurier depuis plus d’un siècle. Si l’histoire n’a pas retenu le tout premier des Brown à avoir commencé à fabriquer des armes, on sait que l’un d’eux, John Joseph Brown, a été répertorié comme armurier dès le milieu du XIXe siècle. J.J.Brown est né en 1853, il est le troisième d’une fratrie de onze fils, dont cinq devinrent armuriers. L’un était graveur, l’autre crossier, et les trois autres, John Joseph inclus, étaient basculeurs. Deux des fils de John Brown, John et Albert Arthur sont devenus également armuriers. La plupart des fusils de chasse fabriqués à Birmingham étaient gravés avec le nom du revendeur, pas celui du fabricant. C’était la nature du métier que de faire le meilleur fusil possible à un prix donné et ensuite de laisser le commanditaire prendre le crédit simplement en signant l’arme. Albert Arthur Brown a commencé sa carrière de cette manière.

Il était un armurier sous-traitant spécialisé dans la fabrication des bascules. En tant qu’artisan très compétent et respecté, Brown était très demandé et travaillait alors pour les meilleurs armuriers londoniens.

En 1929 il fonde sa propre entreprise « A.A.Brown » au 27 Withal street dans le cœur de ce qui est commu¬nément appelé « the gun quarter », le quartier des armuriers de Birming¬ham. Lorsqu’en 1938 il a été rejoint par ses deux fils, Albert Henry et Sidney Charles, l’entreprise devient A.A.Browns & Sons.

À peine père et fils établis, la Deuxième Guerre mondiale éclata et, lorsque leurs locaux ont été endommagés par les bombardements nazis, les Brown ont été obligés de quitter la ville pour se rendre au village de Shirley. Ils ne retourneront à Birmingham qu’en 1945, au 4 Sand Street. Parce que les matériaux pour la fabrication de fusils de chasse n’étaient pas disponibles dans les premières années après la guerre, les Brown ont fabriqué des pistolets à air comprimé de leur propre conception, connus sous le nom « ABAS Major » (ABAS, pour « A. Brown and Sons »). 2000 pistolets de ce type ont été fabriqués durant cette période selon l’historien d’armes de chasse anglais, Geoffrey Boothroyd. Quand ils ont été enfin en mesure de fabriquer à nouveau des armes, à partir de 1948, les Brown ont repris leur travail de sous-traitance auprès de nombreux armuriers.

 

Rescapé de la tourmente

 

Au cours de la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, où pratiquement toutes les entreprises de Birmingham ont été, soit en déclin et vivant uniquement de réparations, soit tout simplement en cessation d’activité, A.A. Brown en revanche connut une croissance impressionnante et régulière. « Peut-être parce qu’ils étaient industrieux à une époque où une grande partie de la Grande-Bretagne voulait se reposer après la tâche épuisante qu’avait été de vaincre l’Allemagne hitlérienne, ou peut-être parce qu’ils avaient une main-d’œuvre mature et hautement qualifiée », analyse Douglas Tate, écrivain anglais spécialiste de l’armurerie fine britannique. Certes, mais les Brown n’étaient pas seuls dans cette situation. De nombreux autres armuriers étaient tout autant qualifiés. J’ai ma propre théorie quant à la raison de leur succès, à savoir comment ils ont réussi là où d’autres ont échoué. Il est à remarquer que les rares sociétés de Birmingham comme Westley Richards ou W.W.Greene r, qui ont survécu et prospèrent au 21e siècle, sont celles qui ont copié le plus fidèlement les méthodes de Londres. Londres s’est spécialisée dans le « Best gun », la fabrication des fusils fins à platines de très grande qualité et c’est sa spécialité aujourd’hui encore avec la réalisation de quelques carabines à verrou. En revanche, Birmingham ne s’est pas spécialisée. Et peu à peu son armurerie s’est effondrée face à l’évolution de la demande mondiale, aux nouvelles conceptions, à l’évolution sociale, à la concurrence étrangère, et aussi face à la disparition de l’empire qu’elle fournissait. Les Brown ont compris que leur avenir résidait dans leur capacité à suivre le modèle londonien non seulement dans la spécialisation, mais aussi dans les procédés de fabrication. C’est ce qu’ils ont réalisé progressivement, et ceci s’est fait en deux étapes.La première étape a d’abord été d’imiter le système de fabrication des grands armuriers londoniens. La méthode londonienne consiste à rassembler dans l’atelier les différentes pièces de base d’un fusil (ébauche de forge, la garnie, les tubes, ébauche de noyer, etc.), les distribuer aux artisans appropriés et façonner le fusil pas à pas sous l’œil attentif du contre-maître. Pratiquement toute la fabrication est effectuée en interne. Le modèle de Birmingham, en revanche, comme celui de Liège ou de Saint- Etienne à cette même époque, est totalement différent. Ce sont des armuriers indépendants travaillant à domicile ou dans des petits ateliers, effectuant chacun une fonction différente. Le fusil inachevé voyage d’un magasin à l’autre, et d’une maison à une autre, évoluant progressivement en un fusil fini.

 

Vers une plaine autonomie

 

Dans les années 1950, les Brown ont acheté les machines des armuriers A.E. Bayliss et Joseph Asbury, pour forger eux-mêmes les bascules, plutôt que de compter sur d’autres armuriers comme Webley & Scott pour se fournir en pièces, apportant ainsi pratiquement tous les aspects de la fabrication en interne, suivant donc le modèle de la capitale. À la fin des années cinquante, l’entreprise produisait une grande variété de fusils, principalement de type Anson & Deeley, mais aussi des platines pour des grands fabricants comme Holland et Holland, Alexander Martin, EJ Churchill, Jeffery, Cogswell & Harrison, William Evans, et d’autres qui ont trouvé plus économique de sous-traiter des fusils de Birmingham que d’exploiter leurs propres ateliers de Londres, d’Édimbourg ou de Glasgow.Albert Arthur Brown a pris sa retraite en 1957. En 1960, le réaménagement urbain a tout détruit du vieux quartier des armuriers, et les Brown ont été expulsés. Westley Richards leur a offert un espace de travail dans leur usine de Bournebrook. Là, pendant quatorze ans, A.A. Brown & Sons a continué à fabriquer des armes pour d’autres armuriers, y compris des platines pour leur bailleur. Ils ont également développé et fabriqué pour ce dernier le « Connaught », un fusil à bascule de type Anson & Deeley, mais avec des parois particulièrement épaisses, ce qui a permis de réaliser une relime ronde, à la différence de celle de la plupart des A&D habituellement rencontrés presque carrée. Ces armes ont un style qui est identifiable à l’œil exercé et très recherché par les initiés. Après 1974, quand les Brown ont quitté Westley Richard, ce dernier a continué le modèle « Connaught » mais sur la base d’une autre bascule, la Webley & Scott 700, qui n’a cependant jamais égalé celui des Brown.

 

Robin Brown (né en 1946 à Birmingham), petit-fils du fondateur et fils de Sidney, a rejoint l’entreprise en tant qu’apprenti en 1961, d’abord comme crossier, puis comme trempeur. Et c’est à ce moment que Les Jones, l’un des graveurs le plus en vue du pays, les a rejoints. En 1974, c’est le début de la deuxième étape : Les Brown ferment leurs carnets de commandes au reste des armuriers, se déplacent au village d’Alvechurch, au sud de Birmingham et commencent à fabriquer des fusils sous leur propre nom. Et à l’instar des plus grandes maisons londoniennes, ils se sont spécialisés dans le « best gun » uniquement. Ils y sont, à ce jour, prospères pratiquement sans publicité, le bouche- à-oreille constituant leur seule et meilleure communication.

 

 

A l'image du Royal H&H

 

Les Brown produisent pour une clientèle majoritairement américaine et britannique avec quelques rares clients français, notamment les deux directeurs des champagnes Laurent-Perrier dans les années 1970,  un fusil à platine à l’image du « Royal » de Holland & Holland, jusque dans le système du self-opening (sauf que le self-opening de Brown est indépendant du mécanisme d’éjection, contrairement au système H&H). C’est ce qu’ils appellent le « Supreme Deluxe ». Les premiers « Supreme Deluxe » avaient une bascule standard. Puis, dans les années 1991, leur forme a changé dans un style qui se situe quelque part entre le corps carré standard et le corps rond comme il est construit par d’au tres fabricants. Robin Brown m’a expliqué qu’ils ont développé ce modèle à la demande d’un client hollandais qui voulait que son nouveau fusil ait un aspect patiné sur les bords comme lors d’un long usage. Le résultat était d’une telle beauté qu’il est très vite devenu le style et la signature de A.A.Brown. Le A&D est par contre sorti du catalogue. Selon Robin Brown, « Le type Anson et Deeley que nous avons fabriqué pendant de nombreuses années est désormais peu rentable à faire selon les méthodes traditionnelles ».Avec les décès de son oncle et son père respectivement en 2001 et 2006, Robin Brown est maintenant propriétaire unique, continuant à gérer au mieux l’affaire familiale. La relève semble assurée, son fils Matthew l’a rejoint en 2015 et les Brown continuent à faire le « Supreme de Luxe », ils effectuent aussi des travaux de réparation et de restauration. Le plus gros du travail reste toujours réalisé en interne, exécuté par des méthodes artisanales complètement traditionnelles.Leur « Suprême de luxe » peut être une alternative intéressante à l’habituel « Big Three » (Purdey, Boss et H&H), si vous cherchez quelque chose qui sorte un peu de l’ordinaire, de qualité incontestable, mais à un juste prix. Certains crieront au scandale « mettre un fabricant londonien comme H&H et un de Birmingham comme A.A.Brown sur un même piédestal». Ils ont tort. La qualité est là où vous la trouverez. ■Djamel Talha

 

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23/09/2017
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Charles Boswell

Retour en grâce d’une firme à part

 

Boswell a fabriqué tout à la fois les meilleurs fusils de tir aux pigeons vivants qu’il soit et des armes de chasse accessibles pour une grande majorité de nemrods britanniques. Voilà sans doute pourquoi la firme est inclassable et un peu sous-estimée. Depuis 2004, elle renaît de ses cendres grâce à Chris Batha, le plus célèbre des gun-fitters anglais.

 

La valeur d’une marque est estimée en fonction de son niveau de qualité, mais aussi de son positionnement concurrentiel. C’est ce que les économistes appellent la hiérarchie des marques, telle qu’elle a cours dans la haute horlogerie, les grands vins, la maroquinerie de luxe ou encore l’armurerie fine. C’est le cas au niveau mondial, mais aussi et surtout national, notamment chez les Britanniques, où cette hiérarchie est presque de notoriété publique. Purdey, Boss, Holland & Holland et Woodward occupent la première marche, Grant, Atkin, Churchill, Lang, Greener, Dickson, McNaughton, Westley Richards et Lancaster la deuxième, tandis que, sur la troisième, sont réunis les Beesley, Hellis, Watson Bros, William Powell, Pape, Gibbs et W. & C. Scott. Et, derrière, sur une large quatrième marche, tous les autres.

 

Avec certains fabricants cependant, les « ranger » dans l’une ou l’autre catégorie devient plus difficile. Ils sont tantôt dans la deuxième, tantôt dans la troisième, voire dans la quatrième. Charles Boswell est de ceux là. Mais dans son cas, les raisons de son caractère inclassable sont à rechercher davantage dans son histoire que dans la qualité intrinsèque de ses armes.

L’amplitude des prix des fusils a toujours été grande. Il y a deux siècles, quand un Manton coûtait l’équivalent de deux ans de salaire d’un garde-chasse, une escopette produite par un armurier de Birmingham valait à peine quelques shillings. Pourtant, de tout temps, il y eut des armuriers qui cherchèrent à concilier ces deux extrêmes, réaliser des armes fines de grand prix et d’autres abordables pour le plus grand nombre. Charles Boswell en est un parfait représentant.

 

 

 Armurier, tireur et inclassable.

 

 Charles Boswell est né en 1850. Il est issu d’un milieu modeste, sa mère était analphabète. Son père exerçait le métier de boucher. La famille vivait dans la petite ville de Hertford, à 50 km au nord de Londres. Après sept années d’apprentissage auprès de Thomas Gooch, Charles se rend à Enfield pour travailler à la Royal Small Arms Factory, où il se spécialise dans le montage et le réglage d’optiques. Il y restera deux années, puis s’en ira à Upper Edmonton, près de Londres, ouvrir un tout petit atelier de réparation et de montage. Cette installation coïncide avec l’apogée de la popularité du tir au pigeon.  Le tir est alors considéré comme un exploit sportif et on accorde aux tireurs le même respect que l’on réserve aujourd’hui aux pilotes automobiles ou aux cyclistes. A chaque tournoi, les noms du vainqueur et de son fusils ’étalent dans les journaux généralistes et les périodiques spécialisés comme Arms & Explosives, Land &Water ou The Field. Or Boswell est non seulement un armurier de qualité, mais surtout un tireur hors pair. Il bat régulièrement les meilleurs tireurs de son temps, y compris le Dr Carver, le Captain Bogardus ou son confrère et concurrent armurier E. J. Churchill. Il est lui-même le support promotionnel de ses produits, une sorte de « publicité vivante ».  Charles Boswell et les

autres concourent sur le terrain du tir aux pigeons vivants pour vendre toute sorte de fusils de chasse, tout comme les constructeurs automobiles concourent maintenant sur les circuits de formule 1 pour promouvoir leurs voitures de série.

 Très vite, Boswell réussit à se faire un nom dans le secteur très concurrentiel de l’armurerie fine britannique en se spécialisant dans la fabrication des fusils de tir aux pigeons vivants. En 1884, le succès lui permet de s’installer à une adresse plus prestigieuse, sur le Strand, au centre de Londres, au numéro 126. Un catalogue de cette période nous apprend que ses armes sont réalisées avec des platines fabriquées par les deux meilleurs platineurs de tout le Royaume-Uni, des noms encore célèbres aujourd’hui : Brazier et Chilton. Comme chez Purdey, ses canons sont des Whitworth, ses éjecteurs de type Southgate et ses armes sont dotées d’une fermeture supérieure. Le document nous révèle que certaines de ses bascules sont dues à Horatio Frederick Phillips, l’homme à l’origine du Vena Contracta, un calibre 12 se terminant progressivement en calibre 20. Enfin, parmi ses sous-traitants, on trouve Edwin Charles Hodges, un basculeur réputé qui s’occupe des bascules de Boss, Lang, Grant ou  Atkin. Toutefois, une grande partie des armes Boswell est faite à Birmingham. Certains historiens avancent que Boswell, suite à une querelle avec le maître d’épreuve de Londres, aurait préféré envoyer ses armes au banc d’épreuve de Birmingham, et qu’il n’aurait jamais fabriqué ses armes ailleurs qu’à Londres. Permettez-moi d’en douter. Cette histoire fut probablement une façon habile pour Boswell de conserver sa réputation de fabricant londonien tout en produisant à moindre coût. De toute évidence, c’est le Gun Quarter, le quartier des armuriers de Birmingham et sa main-d’œuvre centralisée et bon marché, qui permit à Boswell d’offrir une gamme de fusils adaptée à toutes les bourses. 

 

En 1914, George Boswell se retire et passe les rênes à son fils, Osbourne George. L’entreprise est solide et prospère, en témoigne un article paru dans Armes & Explosive à l’occasion du départ à la retraite du fondateur: « Parti de rien, sans  nom, sans relations, Boswell a construit, ces trente dernières années durant, avec un pur courage, une énergie inébranlable et un sens de l’entreprise sans faille, une entreprise de première classe. Elle doit tout à la personnalité de son fondateur. » Malheureusement pour Osbourne George, avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, les grandes années de la firme familiale sont comptées. La terrible grippe espagnole suivie, en 1920, du quasi effondrement de l’économie britannique aggrave encore la situation. Les années 1910 et 1920 sont extrêmement difficiles pour l’entreprise Boswell comme pour tous les fabricants de fusils de chasse. L’interdiction du tir aux pigeons, en 1922, donne quasiment le coup de grâce.

 

La passion des armes, cent ans après

 

Après la mort de Charles, en 1924, Osbourne se retrouve seul pour tenter de maintenir l’entreprise vivante, sans son fondateur charismatique et avec l’effondrement de la demande pour les armes de tir, la grande spécialité maison. Dès lors, l’histoire de l’entreprise est celle d’une lente agonie, un passage par une série de ventes et d’absorptions, jusqu’à une presque disparation à la fin des années 1980. Il en va ainsi jusqu’en 2004 et une résurrection opérée par un certain Chris Batha. Comme l’a observé Douglas Tate, spécialiste de l’histoire des armes de chasse britanniques, « Chris Batha est l’homme idéal pour relancer la firme fondée par Charles Boswell ». Lui aussi est un self-made man, issu d’un milieu modeste et qui a réussi à se tailler une place importante dans le monde des armes de chasse. Il est également un excellent tireur. Son ami Vic Venters, journaliste cynégétique américain, le dit « aussi rapide qu’un lièvre pour reconnaître les opportunités, comme beaucoup de ceux qui ont dû se battre dans la vie, et aussi audacieux que César pour les saisir. Une grande partie de son succès est due à ses grandes compétences de vendeur, mais aussi à de vrais autres dons dont celui de l’éloquence ». Christopher James Batha est né en 1955 à Oswestry, comté de Shropshire, à la frontière du pays de Galles. Son père, brocanteur, lui a transmis la passion des armes de chasse. Après avoir été marin, puis sapeur-pompier, tout en travaillant à temps partiel comme livreur d’armes et de pièces pour les fabricants de Londres et leurs sous-traitants, il devient un instructeur de tir et gun-fitter mondialement reconnu, en fait l’un des trois meilleurs. Comme son prédécesseur, il est passionné de tir de compétition, avec plus de 40 coupes remportées dans toute l’Angleterre. Chris a acquis Charles Boswell en janvier 2004, avec, selon ses mots, « l’objectif clair de faire revivre l’un des meilleurs armuriers de Grande Bretagne ».Je lui ai demandé ce qui l’avait convaincu de porter son dévolu sur le nom Boswell. « La tradition de cette maison de faire des fusils de compétition également jolis, superbement fiables et parfaitement équilibrés, m’a-t-il répondu. Sans compter la coïncidence d’avoir les mêmes initiales que Charles Boswell, ajoute-t-il dans un sourire. Aujourd’hui, la société Charles Boswell Gunmaker produit ce que je crois être quelques-unes des armes de chasse de petit calibre les plus exquises et les meilleurs fusils de tir sur mesure au monde. Je m’efforce d’atteindre le niveau de qualité de l’époque du fondateur. Les Boswell actuels sont fabriqués presque de manière identique que les originaux d’il y a près de cent quarante ans. » Sont-ils fabriqués en Angleterre ? «Absolument, répond Batha, ils sont entièrement réalisés à Londres par les meilleurs travailleurs à domicile – le finisseur David Sinnerton, le canonnier Mick Kelly, le basculeur Mark Sullivan ou le crossier Andy Marshall. » Au moment où j’écris ces lignes, Chris Batha a livré 38 fusils. Un fusil à chiens extérieurs de calibre 20 à mécanique  Beesley, un autre de calibre 16 à side-lever, qui reprend l bascule du juxtaposé Boss, et une paire de superposés de typeBoss calibre 12 sont en cours de fabrication.

 

Trésors d’hier et aujourd’hui

 

On se souvient combien les fusils de tir aux pigeons devinrent désespérément démodés il y a une trentaine d’années, avec l’engouement pour l’ultra-light et ses fusils légers à canons courts. Mais les choses changent. Nul ne remet plus en doute aujourd’hui qu’une arme de tir aux pigeons de 3,4 kg, chambrée 70 mm avec des canons de 76 cm chokés trois quarts/full, est l’outil parfait pour la chasse à la sauvagine ou pour les battues de haut vol. Une telle arme, surtout si elle porte une grande signature, se vend 40 % plus cher qu’un modèle à canons de 70 cm. Il y a quelques années, c’était l’inverse, un Purdey standard valait 40 % de plus qu’un fusil lourd à canons longs conçu pour le tir aux pigeons ou le haut vol. Boswell ne possède sans doute pas le cachet de Purdey, Boss ou Holland & Holland, mais il devient leur égal dès l’instant où la qualité entre au premier rang des considérations de l’acheteur. Beaucoup des fusils Boswell d’autrefois étaient des « spécial tir aux pigeons » à batterie ou à platines de haute qualité souvent richement ornés. Ils apparaissent régulièrement sur le marché de l’occasion. Leur rapport qualité-prix est exceptionnel. Forgés par la compétition sur les pas de tir et construits par les meilleurs artisans pour les meilleurs tireurs, ces fusils de tir aux pigeons d’époque constituent de véritables trésors. Manipulez-en un, vous comprendrez, tirez ne serait-ce qu’une seule fois avec, vous serez accro à jamais. Dès lors, je vous garantis que vous placerez Boswell sur cette fameuse première marche de la hiérarchie armurière ! Djamel Talha

 

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23/08/2017
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Peter Victor Nelson

 
Il y a quelque temps, lors d’un échange sur un réseau social entre passionnés d’armes fines, quelqu’un me demanda quelle était l’arme que je convoitais le plus au monde. Ma réponse fut immédiate : un «PVN », un fusil du grand, très grand Peter Victor Nelson. Elle sembla laisser sans voix mon interlocuteur, pour qui ce nom était sans doute inconnu. Il est temps d’y remédier. 
 
Le travail de certains armuriers fait vibrer notre corde sensible plus que d’autres. En ce qui me concerne, le vibrato est à son apogée dès qu’est évoqué Peter Nelson. Pour décrire la qualité d’un fusil portant sa signature, aucune louange ne me semble excessive. Comme moi, beaucoup tiennent ce fabricant pour l’un des meilleurs de tous les temps, le comparent au grand Joseph Manton. Oui, comme Manton, Nelson exige la perfection, de lui-même et de ceux qui travaillent avec lui. Ce n’est pas pour rien qu’on le surnomme Mr. Perfection.
 
Des maîtres prestigieux
 
Peter Victor Nelson est né en 1938 dans le quartier londonien d’Acton et a grandi à Seven Kings, dans l’Es- sex, au sein d’une famille de militaires. Sa première rencontre avec le monde de l’armurerie se fait par l’intermédiaire d’un ami de la famille, William Roper, un armurier qui travaille pour le fabricant Charles Hel- lis. C’est à son contact que l’idée de devenir armurier vient au tout jeune Peter. En 1953, à 15 ans, l’adolescent commence son apprentissage comme basculeur chez l’un des plus prestigieux fabricants d’armes de chasse au monde, James Purdey & Sons. On le sait, les murs d’Audley House ont vu passer des légendes de l’armurerie : Lang, Atkin, Evans, Beesley, Robertson, Lawrence Salter, William Nobbs... Etre formé ici, c’est la possibilité d’apprendre à faire des armes selon ce qu’il est convenu d’appeler « la manière Purdey ». Une « manière » établie de longue date et demeurée inchangée à ce jour si ce n’est par l’introduction de la CNC. Ce qui distingue la manière Purdey de celle de Holland & Holland, de Boss ou d’autres n’est pas tant la façon dont les différentes pièces sont faites, mais plutôt qui les fait et qui les monte, dans quel ordre et quelle organisation. Le tout pour aboutir au processus complexe qui définit la fabrication d’une arme fine.
 
 
Peter travaille jour après jour avec des maîtres artisans de premier plan, il les voit à l’œuvre, absorbe tous les petits trucs qu’ils ont patiemment acquis au fil des ans. Il voit des armes prenant forme selon un protocole rigoureux. Surtout, deux ans durant, il a la chance d’avoir pour mentor et formateur Ernest Douglas Lawrence, à l’origine de l’amélioration de la bascule du superposé Woodward, dont il assure alors la fabrication. Peter apprend à faire ce superposé aux côtés de celui qui le connaît le mieux. Son premier Woodward sera un calibre 12 portant le numéro 27 417. Ensuite notre élève passe sous la responsabilité d’un autre grand maître, Ben Delay, avec qui il découvre la fabrication des juxtaposés de type Beesley, et tant d’autres facettes du métier. Plusieurs générations de Delay furent des artisans renommés chez Purdey.
 
La formation du jeune homme dure sept ans, le temps classique de l’apprentissage. Mais dans le cas de Nelson, la richesse de ces sept années fut sans doute démultipliée tant il s’engage corps et âme dans son métier, se faisant déjà une réputation de perfectionniste. On raconte que les quelques fois où il fut convoqué dans le bureau de son responsable, ce n’était pas pour s’entendre reprocher un retard ou une quelconque bêtise de jeunesse, mais parce qu’il prenait trop de temps à faire son travail. Non que Nelson soit lent, mais la vitesse est suspecte à ses yeux, inconciliable avec la qualité. Et la qualité telle qu’il l’entend exige plus de temps que les horaires que son employeur lui autorise !
 
 
Malgré le préjudice que porte son exigence à la productivité, Nelson restera tout de même dix-huit ans et basculera 164 fusils à Audley House. Ici, le rôle du basculeur ne consiste pas seulement à monter des canons sur une bascule au noir de fumée. Il s’agit aussi de relimer cette dernière, fabriquer, réunir et assembler toutes les pièces, relimer et ajuster les crochets des canons, ainsi que le fer de devant sur la goupille transversale. Et nous parlons là de deux bascules parmi les plus complexes au monde, la Beesley et la Woodward.
 
Nelson quitte la firme londonienne à l’âge de 33 ans, en 1971. «Je suis parti pour deux raisons, explique-t-il, étendre mes expériences et avoir  une meilleure vie pour ma famille. Mais je serai toujours reconnaissant à James Purdey, sans lui, ma carrière n'aurait pas été ce qu 'elle est. » Nelson rejoint un autre des plus prestigieux fabricants d’armes de chasse, Hartmann & Weiss. Lui et Otto Weiss ss sont amis de longue date, ils ont travaillé ensemble chez Purdey après que ce dernier a fui l’Allemagne de l’Est, en 1958, abandonnant son poste chez Merkel. Weiss est retourné en Allemagne dans le milieu des années soixante et a fondé, avec Gerhard Hartmann, Hartmann & Weiss. Nelson reste trois ans chez son confrère et ami, ajoutant une nouvelle compétence à son savoir- faire, la fabrication de la carabine Heeren à bloc tombant. De retour en Angleterre, il continue à travailler pour Hartmann & Weiss ; des dix- huit ans que durera cette collabora-tion naîtront 32 armes, 26 juxtaposés et 6 carabines.
 
Faire de son nom une marque
 
Par ses talents exceptionnels, Peter Nelson attire tout à la fois l’attention des chasseurs, des collectionneurs et des fabricants. Sa quête obsessionnelle de la perfection devient légendaire dans le métier, ses armes atteignent un tel niveau de conception et de finition que nombre de fabricants lui font les yeux doux pour qu’il intègre leur atelier. Mais Nelson rêve d’indépendance. S’installer à son compte et faire de son propre nom une marque, n’est- ce pas le Graal de l’armurier ? Seulement le contexte du XXe siècle, surtout dans son dernier tiers, n’a plus rien à voir avec celui du XIXe, quand l’industrie de l’arme de chasse et la demande en armes fines étaient à leur apogée et qu’une liste étonnamment longue d’armuriers s’installaient à leur compte et réussissaient.Dans le paysage ô combien plus morose du siècle suivant, certains choisissent malgré tout de passer le cap, en tentant de relancer une grande marque disparue ou bien sous leur propre nom. Mais à ma connaissance, deux seulement ont réussi : l’Écossais David Mackay Brown et Peter Victor Nelson.
 
 
En 1989, Peter Nelson décide donc de voler de ses propres ailes. Dans l’atelier installé dans la maison familiale à Penn, au cœur du Buckinghamshire est conçu le tout premier fusil portant son nom, le fameux Trafalgar Gun, matricule 1138, en référence à sa date de naissance, le 1er janvier 1938. Un fusil à platines de calibre 12, mécanique Beesley, gravé par le fabuleux Phil Coggan, avec des scènes illustrant la célèbre bataille navale menée en 1805 par l’amiral Nelson - un homonyme sans lien de parenté. Sur le flanc droit, on voit le vaisseau britannique, le HMS Victory, engageant le navire franco- espagnol, le Redoutable. Sur le flanc gauche, la gravure, inspirée de la peinture de Denis Dighton, montre la mort de Nelson sur le pont du Victory. La figure de proue du Victory décore la clé d’ouverture et son gréement orne les coquilles.  L’attention du détail se retrouve jusque dans le cran de sûreté, sculpté dans la forme de l’un des mortiers du pont du navire. «A lui seul, ce détail a pris près de deux jours, raconte Coggan. Peter voulait que la surface latérale du cran de sécurité, cette partie en arc de cercle de deux millimètres à peine, soit gravée! » «Le rêve de chaque armurier est probablement de construire et de posséder sa propre arme », confie Peter Nelson... Le Trafalgar Gun sera pour lui, jamais il ne sera mis en vente. Il devient sa carte de visite, la démonstration de ses extraordinaires compétences, contribuant à lancer sa carrière sous son propre nom. Et avec quelle réussite ! Désormais, tous les grands collectionneurs veulent compter une arme signée PVN dans leurs acquisitions. Il faut dire que, comme il l’avoue lui-même, Nelson passe désormais trois fois plus de temps à faire un fusil que lorsqu’il travaillait pour d’autres - « Une arme qui porte votre signature doit être absolument parfaite. »» Il est dans son atelier de 8 à 19 heures. Et, m’a confié sa femme, plus d’une fois il se lève au beau milieu de la nuit pour aller travailler sur une bascule, comme un peintre qui refuse d’admettre que sa toile est terminée.
 
La perfection à l’état pur
 
Nelson estime consacrer 900 heures à un juxtaposé prêt à être gravé, 1200 à un superposé ! A ce rythme - autrement dit trois à cinq chefs-d’œuvre achevés par an -, le délai de livraison est de cinq ans. Voilà qui explique le peu de publicité consentie par l’armurier autour de son travail, sauf à participer à de rares salons et expositions aux Etats-Unis. Lors de ces rendez-vous, Nelson a à cœur de présenter ses armes avant gravure de sorte que l’on puisse voir la beauté et la qualité de leur fabrication sans être distrait par la gravure. Car, comme l’a dit Ferdinand Courally, «rien n'est plus difficile à réaliser parfaitement qu'un fusil absolument dépourvu de gravure. Les moindres tares apparaissent, et si la ligne et les ajustages de l'arme sont mauvais rien ne pourra dissimuler ces défauts». C’est aussi la raison pour laquelle la brochure P. V. Nelson est probablement la seule où vous ne voyez que des pièces en blanc, non gravées, qui laissent apprécier un façonnage méticuleux, un polissage et une finition inégalés. Rarement vous verrez deux pièces de métal plus parfaitement ajustées. L’assemblage est si fin, si parfait, qu’on ne peut y insérer un cheveu. Il serait donnent qu’une idée de cette perfection, elles ne permettent pas d’appréhender la complexité du délicat et gracieux travail du burin et de la lime. Pour cela, il faut avoir le fusil en main.
 
Un PVN juxtaposé peut être soit de type Beesley, reprenant la relime arrondie du juxtaposé de Boss, avec Un superposé de calibre .410, le numéro 4 d’une série de quatre (n°1194) gravée par Phil Coggan. pour les carabines doubles l’ajout de renforts latéraux de type Holland, soit de type Boss à vrai self-opening, une conception rarissime qui semble être la favorite du fabricant. Quant à son superposé, il est de type Boss, bascule et éjecteurs, mais sans la monodétente éponyme, Nelson lui préférant celle à inertie, «plus fiable et élégante », mise au point par Lawrence Salter (directeur général de Purdey de 1970 à 1999). Il a également ajouté quelques modifications de sa propre conception. Par exemple, la loupe d’accrochage (la pièce qui tient la longuesse en place) est détachable à la main. Cela facilite le réglage du serrage du devant et le réajustage n’ est plus nécessaire. J’ai demandé à ce parfait connaisseur des conceptions Woodward ou Boss lequel de ces superposés avait sa préférence. «Pour moi, la conception du Boss est plus élégante, a-t-il répondu, ce fusil est plus léger que le Woodward. »
 
Les plus grands des Britanniques
 
 
Pour graver ses armes, Nelson fait exclusivement appel à de très grands maîtres : Ken Hunt, Alan et Paul Brown, Keith Thomas, Phil Coggan et Robert Swartley. La majorité de ses armes sont pinless, c’est-à-dire sans axes apparents. Bien que la motivation première de ce choix soit de fournir une surface ininterrompue au graveur, Nelson en souligne aussi l’aspect pratique : avec des platines classiques, les axes sont filetés dans les corps de la platine et donc pris en charge uniquement par l’épaisseur des plaques. Avec les pinless, de minuscules piliers font saillie à l’intérieur de la plaque de métal et sont mis à contribution pour soutenir les axes. Ceux-ci sont généralement plus profonds qu’une plaque de platine classique et donc plus forts. Le perfectionnisme de Nelson déborde inévitablement sur son entou-Wrage, professionnel et personnel. Comme Robertson ou Beesley avant lui, il n’est pas l’homme le plus facile à vivre. On m’a raconté qu’il renvoya un jour une série de bidons d’huile d’armes à feu, qu’il avait commandés pour son utilisation personnelle en demandant qu’y soient apposées des étiquettes à son nom, juste parce que la qualité d’impression ne répondait pas à ses attentes. Non, cet homme-là n’a pas volé son surnom, Mr. Perfection !
 
Outre le Trafalgar Gun, Nelson se dit particulièrement fier de deux autres armes, le Jubilee Gun, réalisé pour le jubilé d’or de la reine Elizabeth en 2003, et le Nil Gun. Le premier est un superposé de type Boss à side-lever (clé d’ouverture latérale) de calibre 20 pesant à peine 2,6 kg. Alors que je m’étonnais qu’il n’ait pas choisi la clé d’ouverture conventionnelle, Peter me répondit tout de go que la raison en était que nul autre que lui n’avait construit un superposé de type Boss avec un side-lever. « J'aime faire des choses quelque peu différentes. » Pour être exact, nous connaissons un seul autre exemple de superposé à platines avec side-lever, une arme signée par l’Italien Cortesi. Le Jubilee Gun a été gravé par Phil Coggan. Ce virtuose de l’incrustation a imaginé une fabuleuse composition de fleurs sauvages de la campagne anglaise dans différentes couleurs d’or. Un armurier et un graveur au sommet de leur art.
 
Le Nil Gun a été conçu pour constituer une paire avec le Trafalgar Gun. Deux armes identiques dans chaque détail - le poids des départs, le timing de l’éjection, le poids global... Le Nil diffère seulement par sa gravure. Egalement inspirée par l’amiral Nelson, également signée Phil Coggan, elle représente cette fois la bataille du Nil (appelée aussi bataille d’Abou-kir), où Nelson anéantit la flotte de Napoléon en 1798. « Cette bataille ayant précédé celle de Trafalgar et les paires devant toujours porter des numéros consécutifs, le Nil Gun a reçu le numéro 1137. Un enchaînement parfait puisque 1937 est l'année de naissance de mon épouse ! » On sait le niveau de savoir-faire que requiert la fabrication d’une paire. Alors imaginez l’exigence que représentent des séries de trois, quatre... et jusqu’à neuf armes identiques, comme en a commis Peter. Sans l’existence de ces preuves pour venir nous démentir, nous aurions affirmé que c’était mission impossible. Nelson l’a fait.
 
«England Expects»
 
Les propriétaires de ces armes sont des connaisseurs, fiers de détenir un objet d’exception, qui ne s’en séparent pour rien au monde. Voilà qui explique qu’on ne voit pratiquement jamais de PVN sur le marché de l’occasion. Je ne me souviens que d’un seul cas, dans les années 1990. L’Américain de Dallas qui a acquis l’arme en question dut s’acquitter d’une somme incroyable, le prix à payer pour s’affranchir des cinq années d’attente que nécessite un fusil neuf ! Certains amateurs sont même à l’affût des Purdey des années 1970 dans l’espoir de tomber sur un fusil basculé par notre armurier. Il s’agit pourtant de millésimes peu recherchés d’ordinaire, dont la valeur repose sur le seul label Nelson. Les initiales P. N. gravées au dos de la bascule et sur la longuesse, qui se retrouvent aussi sur les armes H&W passées entre les mains du maître, font s’envoler les prix lors des enchères.
 
La devise de Peter Nelson est « England Expects », tirée du fameux message codé que l’amiral Nelson fit parvenir à ses hommes juste avant la bataille de Trafalgar : « England expects that every man will do his duty » («L’Angleterre attend de chacun qu’il fasse son devoir» ). «Dieu merci, j'ai fait mon devoir» sont les derniers mots prononcés par l’amiral avant de mourir sur le pont du Victory, alors qu’il savait la victoire certaine. Comme son compatriote, Peter Nelson peut légitimement dire qu’il a fait son devoir et bien plus encore. Nombreux de ses pairs, ainsi que beaucoup d’experts, le créditent d’avoir tiré vers le haut les normes de qualité de l’armurerie britannique, des normes qui avaient été mises à mal dans de nombreux ateliers après la Seconde Guerre mondiale. Comme bien avant lui Manton... Manton qui déclara un jour, alors qu’on lui demandait qui il considérait comme le meilleur armurier de Londres : «Purdey fait le meilleur travail... juste après le mien ! » Si le père de l’armurerie fine britannique revenait, qui sait s’il ne dirait pas aujourd’hui: «Nelson fait le meilleur travail. juste après le mien ! » ■Djamel Talha
 
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15/07/2017
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LES GENTILSHOMMES CHASSEURS

                                 Marquis de Foudras (1800-1872)

 

 

"Mon cher ami, vous ne serez jamais qu'un ignorant, si vous continuez a aimer la chasse avec une passion aussi désordonnée. Hier, vous n'avez pas fait votre thème, et aujourd'hui vous m'avez tout l'air de ne pas Faire votre version.

— Mais, monsieur l'abbé, — répondais-je, — le latin me sera très-inutile.

— Pourquoi cela, monsieur le raisonneur?

— Parce que mon père ne voulant pas que je serve l'empereur, je n'aurai rien de mieux a faire que d'entrer dans les ordres, et alors vous comprenez que le
latin...

— Oui, oui. je comprends, petit insolent, —s'écriait l'abbé, qui était d'autant plus indigné que je négligeasse mon latin, qu'il profitait pour l'apprendre un peu des  leçons qu'il me donnait.

— Mais vous allez avoir affaire à moi.

En deux bonds j'étais hors de la salle d'études, en quatre autres j'atteignais le jardin, cinq minutes après .
je rejoignais le garde-champêtre, que j'avais vu passer, le mousqueton sur l'épaule, et pendant que je parcourais les champs, le bon abbé Garchery disait hénignement  son bréviaire... en français.

Je rentrais a l'heure du dîner, le front baigné de sueur, les joues écarlates, les vêtements en désordre ; l'abbé venait se placer k côté de moi : il avait l'air solennel et même sévère.

— Il paraît que les leçons ont mal été aujourd'hui — disait mon père.

— Il n'y en a pas eu — reprenait l'abbé.

— Ah ! c'est différent — continuait mon père

—  j'aime mieux qu'on ne fasse rien que de mal travailler.

 
 Les choses en étaient là quand arriva le jour de mes treize ans accomplis, 29 octobre 1813. L’abbé Garchery et moi, nous prenions notre leçon de latin [...] En ce moment, la porte s’ouvrant me montra mon père debout sur le seuil. Il tenait à la main un objet renfermé dans un fourreau de serge verte, dont la forme allongée fit battre mon cœur.
— L’abbé, dit-il avec un embarras admirablement joué, vous allez me gronder ; mais ma foi, cela s’est toujours fait ainsi dans ma famille ; mon fils entre aujourd’hui dans sa quatorzième année.
— Ce qui signifie, monsieur le comte, qu’il doit redoubler de zèle pour ses leçons.
— Je suis de cette opinion ; mais cela signifie aussi qu’il a atteint la majorité légale pour chasser, et que je lui donne ce fusil.
« Je poussai un cri de joie et je courus me précipiter dans les bras de mon père, que je priai de répéter encore ce qu’il venait de me dire, car je ne pouvais en croire mes yeux et mes oreilles.
— Voilà aussi, continua mon père en ramenant devant lui sa main gauche qu’il tenait derrière son dos, voilà aussi une carnassière, un fouet de chasse, des sacs à plomb, une poire à poudre, des pierres de rechange et quelques menus ustensiles que tu trouveras quand tu en auras besoin.
— Vous avez oublié les bourres, monsieur le comte, permettez-moi de réparer cette omission.
* Et l’abbé, prenant sur la table mon rudiment [livres et cahiers], me le tendit d’un air navré.
— Allons, allons, l’abbé, dit mon père, ne lui gâtez pas son plaisir ; il travaillera mieux maintenant. Une passion satisfaite prend moins de temps qu’une passion malheureuse, parce qu’on ne peut pas toujours 
agir, au lieu qu on peut toujours rêver. Vous verrez que vous serez plus content de lui... »
 
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L'ouvrage le plus célèbre du marquis de Foudras.

Le plus célèbre ouvrage du marquis de Foudras. Le texte emblématique de la vénerie de l’ancien régime, sur lequel se construisit le renouveau de la vénerie française du XIXe siècle. Une remarquable galerie de grands veneurs, d’admirables chasseurs, d’hommes et de chiens, présenté avec passion, humour et talent par l’un des acteur de ces chasses mémorables. 

Ce volume est le sixième de la collection des Œuvres cynégétiques complètes illustrées du marquis de Foudras (1800-1872), célèbre « gentilhomme chasseur » bourguignon, publiée à l’occasion du deux centième anniversaire de sa naissance.
 

15/07/2017
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Longthorne Gunmakers LTD

11 ans seulement !

 

Ne cherchez pas dans vos livres consacrés à l’histoire des armes fines des informations sur la manufacture Longthorne, il n’y en a pas. Cette compagnie familiale n’a que 11 ans, un trop jeune âge pour que les auteurs aient eu le temps de se pencher sur son cas. Pour autant, ils combleront sans nul doute ce manque dans leurs futures rééditions : Longthorne produit des superposés à platines, fabriqués intégralement dans leurs ateliers, canons monoblocs compris, rien de moins !

 

 Il y a peu, j’avais écrit  que l’armurerie fine avait connu tout au long de son histoire des hauts vertigineux et des bas abyssaux et que, parmi les grandes nations productrices de fusils fins, la Grande-Bretagne était celle qui tirait le mieux son épingle du jeu, voire vivait peut-être actuellement un nouvel âge d’or. Car outre-manche l’armurerie fine est une industrie toujours vivante, de belles armes continuent d’être fabriquées et font perdurer le flambeau de l’excellence dans le XXIe siècle.

 

A côté des «géants »

 

 Leurs fabricants portent des noms que vous connaissez tous. A Londres, il y a la « sainte trinité », les trois grandes maisons que sont Purdey, Holland & Holland et Boss, à Birmingham, il y a Westley Richards, Greener ou A. A. Brown et en Ecosse, McNaughton ou John Dickson, qui continuent à produire leur Round Action. Mais à côté de ces géants de histoire armurière, il y a aussi les nouveaux arrivants, que l’on peut classer en trois catégories. La première rassemble de grands fabricants un temps disparus mais que des investisseurs passionnés sont venus ressusciter en s’appuyait sur le savoir-faire d’armuriers à domicile. Un exemple récent est celui de Joseph Manton, tiré d’un sommeil long de 175 ans par Ian Spencer, Dick Castle - ton et Geoff Walker, ou encore de Charles Boswell, relancé par Chris Batha. La deuxième catégorie réunit des artisans déjà aguerris qui, après avoir suivi le parcours classique de l’armurier (apprentissage, compagnonnage, salariat ou travail à domicile pour de grandes enseignes), ont décidé de créer des armes sous leur signature. Boxall & Edmiston, Symes & Wright ou encore Peter Nelson et McKay Brown sont les noms qui me viennent à l esprit. Enfin, il y a une dernière catégorie, celles des «outsiders» : des passionnés d’armes de chasse mais qui n en sont pas des spécialistes, qui n’ont pas suivi le parcours «obligé» évoqué à l’instant. Ceux-là décident un jour, portés par leur seule passion, de se lancer dans la fabrication d’armes, avec néanmoins à leur actif une solide expérience dans la mécanisation et les nouvelles technologies de fabrication. Vous l’aurez compris, c’est à cette génération atypique qu’appartient l’homme que je m’apprête à vous présenter, James Longthorne Stewart, fondateur de Longthorne Gunmakers Ltd.

Le parcours de ce Britannique n’est pas sans évoquer celui de l’Italien Ivo Fabbri. L’un comme l’autre conjuguent l’étincelle du génie de l’ingénierie avec l’amour des armes fines ainsi que la recherche de l’innovation au plus haut niveau de qualité. Comme Fabbri, Stewart entend apporter un nouveau savoir-faire, mais surtout une vision différente de l’armurerie fine : «Je suis convaincu que l’utilisation de la technologie moderne, des matériaux et des compétences qui sont à notre disposition aujourd’hui peuvent s’accorder avec le maintien des savoir-faire traditionnels pour produire des fusils de chasse qui répondent aux exigences actuelles.»

 100 % made in England

James est ingénieur de formation et possède une expérience de trente-cinq années dans la fabrication de pièces de haute technologie pour les industries de l’aérospatiale et du sport automobile, notamment en ustralAustralie, où il a travaillé une bonne partie de sa carrière. Parallèlement, il fut toujours un passionné d’armes de chasse et de tir, curieux de leur fonctionnement et des façons de les perfectionner. De retour en Angleterre, il commença à réfléchir à l’application de son expertise pour produire des fusils. Son but était l’autonomie, la capacité de réaliser chaque pièce lui-même. Comme un pied de nez à une tendance assez inquiétante en Angleterre où de plus en plus de fabricants sous-traitent une partie ou la totalité de leur production hors des frontières, notamment  en Espagne et en Italie. «Nous voulions que nos armes soient cent pour cent “made in England”, résume Elaine Stewart, épouse de James et directrice marketing de Longthorne. Cela nous permet de contrôler la qualité et, le cas échéant, d’apporter des changements rapides aux conceptions et aux procédés de fabrication.»

Longthorne Gunmakers a été fondée en 2006 et son premier fusil fut révélé au public lors du Game Fair anglais de 2010, organisé dans le Warwickshire. «Ce premier-né était un superposé, un modèle très populaire au Royaume-Uni. Nous avons jugé préférable de commencer avec quelque chose que les gens apprécient massivement», raconte James. Ce premier fusil, baptisé Hesketh, du nom du village où est implantée l’entreprise, dans le Lancashire, était un sporting de calibre 12 et d’un poids de 3,2 kg pour une longueur de canon de 76 cm. Il fit une entrée fracassante dans le monde fermé des fusils fins et en surprit plus d’un. « Lorsque nous parlions de notre fusil, les gens pensaient que nous étions fous ! » se souvient James. Mais très vite le scepticisme fit place aux commentaires élogieux des tireurs, sur fond de quelques grincements de dents des concurrents et membres du sérail.

James est parti d’un constat simple, un superposé de tir doit être très dynamique, extrêmement orientable, sans recul excessif et d’une fiabilité mécanique absolue. Il doit générer une gerbe dense, capable de détruire des cibles à plus de 40 m, et nécessite un départ de détente parfait.

Toutes ces qualités, l’ingénieur a réussi à les donner à ce premier fusil et à ceux qui l’ont suivi, avec l’aide déterminante de la CNC, puisque ses ateliers disposent de machines capables d’usiner des pièces à un niveau extrême de précision. C’est là une contribution indispensable à la production d’exception qui sort de Longthorne, mais ce n’en est pas la clé. Si tel était le cas, les Japonais seraient depuis longtemps devenus les leaders du marché des armes à feu.

A Longthorne, l’homme est toujours au cœur du processus. Seules les mains d’un artisan peuvent assembler les pièces pour un ajustage idéal, limer et polir pour donner le fini parfait. « Les machines de haute technologie que nous utilisons sont là pour relayer les hommes sur l’établi, et leur laisser leur temps et leurs compétences pour faire ce qu’ils savent faire », résume Elaine. Dans ces armes, il y a tout à la fois la haute technologie, la pointe du progrès et le soin infini des artisans, l’attention à chaque détail mécanique et esthétique.

 

Qu’est-ce qu’un Longthorne ?

 

 Une arme de Longthorne Gunmakers est un fusil à platines à quatre axes dont la bride est taillée dans la masse du corps de plaque de la platine, ce qui n’est pas sans rappeler les créations des frères Rizzini à Magno en Italie et, sur le plan esthétique, le SO10 de Beretta. La platine dispose d’une double gâchette de sécurité. Le basculage est de type Hill/Woodward, avec des broches remplaçables, et le verrouillage de type Robertson/Boss en ce sens que les verrous sont juste en dessous du canon inférieur. « Mais nous avons fait en sorte que le mécanisme du verrouillage et d’ouverture soit réversible, précise James, afin de nous permettre de réaliser une ouverture pour gaucher si nécessaire. » Les verrous sont commandés par des ressorts à lames. La percussion est quant à elle assurée par une monodétente sélective et l’extraction par des éjecteurs de type Perazzi.

 

Bien. Mais qu’est-ce qui distingue un Longthorne d’un autre superposé fin moderne ? Assurément, ce sont ses canons. Rappelons qu’il existe deux manières d’assembler les tubes d’une arme : avec un demi-bloc, option réservée aux fusils fins, et par frettage, pour les armes en série. Il n’est pas excessif de dire que, sur ce point, James Stewart semble avoir atteint le Saint Graal convoité par bien des grands armuriers avant lui : il est en mesure de réaliser l’ensemble des deux canons (les deux tubes, le monobloc, les crochets, le crochet de longuesse et la bande) à partir d’un seul morceau d’acier. Qualifier ce processus de «nouveau», comme on le lit volontiers ici et là, est excessif ; depuis que je me passionne pour la fabrication des armes, j’ai constaté que le «nouveau» a souvent été déjà tenté plus d’une fois dans le passé, voire effectivement réalisé. Ainsi, dans les années 1850, le célèbre ingénieur Sir Joseph Whitworth travailla sans relâche à produire des canons à partir d’une seule pièce de métal, sans jamais aboutir cependant, puisque le coût de revient de son processus était tel que l’arme ainsi réalisée aurait atteint un prix prohibitif. On peut citer aussi les canons monoblocs des canonniers français de la vallée de Chevreuse, qui ont équipé des armes bien réelles cette fois même si elles restent rares et quasi impossibles à dénicher.

 

 Il n’empêche, là où Whitworth a échoué, là où les fusils français évoqués font figure d’exception, Stewart a réussi. « Il m’a fallu quatre ans pour perfectionner mon procédé, confie-t-il. Mais le jeu en valait la chandelle tant il apporte des avantages indéniables.» « Nos canons sont très solides et très légers, poursuit Elaine, nous avons éliminé la lourde bande intermédiaire en faveur d’une très petite en forme de I, ce qui autorise à faire la paroi du cylindre plus épaisse et ajoute à la force des tubes. Pour autant, ces canons restent plus légers que des tubes classiques, avec un poids de seulement 1,240 kg contre plus de 1,400 kg d’ordinaire. Ils sont également parfaitement parallèles et aucun réglage n’est nécessaire pour cela. C’est une des raisons pour lesquelles nos armes ont si peu de recul et que les relèvements des canons sont infimes. » « Nous pouvons éprouver tous nos canons pour la grenaille d’acier avec le full choke, ajoute-t-elle, et nous avons récemment éprouvé un calibre 20 pour l’acier avec “50 thou” (soit un restreint de 1,27 mm 13/10, ce qui est plus serré que l’extra-full). Nous avons la fierté d’être la seule entreprise à pouvoir le faire. » Et Elaine parle preuve à l’appui… Alors qu’elle nous livre ces explications, son mari, qui est loin d’être un poids plume, hésite pas à placer un jeu de canons sur deux plots de bois, un à chaque extrémité, à se hisser sur les tubes ainsi disposés et d’y peser de toute sa masse !

 

Pour le moment, Longthorne propose deux modèles, le Hesketh et le Rutland, qui se différencient juste par leur niveau de finition, mais qui sont disponibles dans une variété impressionnante de formes. Tous les calibres courants du 12 au .410 sont au choix du client, comme le sont toutes les spécifications habituelles, la longueur des canons, les dimensions de la crosse, les chokes, le poids, l’équilibre, etc. Nous avons là ni plus ni moins le fusil sur me - sure dans le vrai sens du terme. Le Hesketh est vendu, non gravé, à partir de 16 900 € et le Rutland de 31 400 €. Ce qui se passe ensuite, en termes de temps et d’argent, dépend de votre goût en matière d’ornementation et de la personne à qui vous voulez confier le travail. Vous pourrez opter pour de l’anglaise avec ses différentes interprétations ou pour des scènes de chasse. Tout est possible, logique nous sommes en présence d’un fusil à platines 100 % anglais.

 

Oubliez les épitaphes

Les moments que j’ai passés avec James Stewart pour la préparation de cet article m’ont suffi pour comprendre que je n’avais pas affaire à une personnalité encline à se reposer sur ses lauriers. Aussi me suis-je aventuré à questionner mon interlocuteur sur ses futurs projets, terrain sur lequel la plupart des fabricants se montrent peu loquaces. Pas James, qui m’a confié sans détours qu’il réfléchissait à la création d’un superposé à batterie et d’un juxtaposé. «Le premier sera de type Perazzi avec des canons de notre propre conception, le second, encore en cours d’étude, en tout cas concernant le peaufinage des détails, sera à platines de type H&H avec nos canons munis d’une bande surélevée. » Dans certains milieux, vous entendrez toutes sortes d’épitaphes prêtes à être gravées sur la pierre tombale de l’armurerie fine britannique. Mais si leurs auteurs se donnaient la peine d’explorer certains ateliers, ils y découvriraient des armes qui prouvent que toute nécrologie est décidément prématurée. ■ Djamel Talha



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01/07/2017
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Un taxi mauve

Michel Déon vient de nous  quitter le 28 décembre 2016, à 97 ans, en Irlande. Un homme remarquable à tous points de vue.  Il fut un chasseur inlassable.  Et sa passion se reflète constamment dans ses écrits. Pour rendre hommage à cette grande figure des lettres françaises,  j’ai retenu quelques passages extraits de son fabuleux «UN TAXI MAUVE»  où il est justement question de chasse. Peut-être parce que je suis moi-même chasseur, mais  Il arrive, à mon sens,  au sommet de son art lorsqu’il parle de sa passion cynégétique.  Jugez-vous-même. 

                                                                          

 

                                                                                                      

                                                                             Un taxi mauve
                                               Michel Déon (1919-2016)
 
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Nous nous trouvâmes nez à nez au sortir d’un taillis, sans plaisir, lui parce qu’il était puni par son père et presque en faute s’il parlait à un étranger, moi parce que j’aime la solitude des longues courses, et, au bord des lacs et des marais, les heures de guet qui trompent mon attente. Je n’étais pas pressé — qui l’est en ces circonstances? — mais je n’avais besoin d’aucune compagnie. Du moins le croyais-je. Nous aurions dû nous contenter d’un de ces « Hello! what a lovely day! » que les Irlandais échangent toujours avec le même sourire sous une pluie battante ou dans les rafales de vent glacé, mais nos chiens lièrent amitié : Grouse—mon setter irlandais — avec sa timidité habituelle, Pack — son labrador — avec sa grosse tendresse bourrue. Je les revois en cet instant, elle le derrière collé à l’herbe, protégeant ses œuvres vives contre le museau du labrador, lui tournant autour d’elle avec une naïveté pataude. Ils se complétaient, nous le vîmes tout de suite lorsque Grouse, oubliant ses arrières, leva une bécasse que je tirai au-dessus du lac où elle tomba. Déjà le courant l’entraînait, et Pack se jeta à sa poursuite, nageant comme un furieux. Sorti loin de nous, à deux ou trois cents mètres, il galopa pour la rapporter morte, son beau bec cassé, l’œil à demi clos. Nous nous fîmes, Jerry et moi, mille politesses. Je la gardai finalement et nous décidâmes de chasser le lendemain avec Pack et Grouse.
Mes rapports avec Jerry Kean sont une longue marche et de grands silences pendant un automne et le début d’un hiver. Deux ou trois fois le Lough Roerg fut presque entièrement pris et Pack brisa la glace pour rapporter les bécassines que nous levions dans les roseaux et qui retombaient en ricochant sur la mince pellicule gelée. Il y eut des heures si belles qu’à m’en souvenir en ce moment, j’en ai encore le cœur serré : crépuscules du matin et du soir à la passée, ciels de plomb dans l’après-midi avec de brusques éclaircies qui dorent les futaies, marais détrempé où nous enfoncions jusqu’aux cuisses. Le fond du lac apparaissait comme une éternité muette bordée de pins, hérissée de roseaux jaunissants où se cachaient les sarcelles, les pluviers dorés et parfois un couple de cygnes blancs...

 

 

Cette après-midi-là, plutôt que de rester à écouter de la musique ou à lire distraitement un livre (depuis des mois j’ouvre rarement mon cher Swift et n’en ai pas lu cinquante pages en tout), je pris mon fusil et sifflai Grouse. C’était encore une façon d’effacer la voix de Marthe et surtout de fuir Sharon, d’oublier le parfum qui la suit comme une traîne de mariée que de petits pages doivent se contenter de respirer avec extase, en levant les yeux au ciel, et que j’avais moi-même goûté tel un alcool fort transfigurant en irréalité totale les trois jours à Leenden, et ne laissant de vraies que les fantas­magories nocturnes.
Le bois frais et humide que je traversai débouche après un kilomètre de lande rocailleuse sur un long étang marécageux serpentant entre deux collines. Je l’appelle ma récompense et ne m’y rends qu’une fois par mois pour ne pas en troubler le gibier. Je n’y ai jamais rencontré un chasseur, ni amené personne, pas même Jerry. C’est ma réserve, mon val des miracles, un paysage nu d’éboulis, de longues herbes rouillées
et couchées alourdies par la pluie, de roseaux effilés plantés dans un lac de sable. Les deux collines qui enserrent l’étang, le pressent ou le laissent vagabonder au-delà de ses rives, sont un seul et même alignement de pierres grises en forme de dolmens dressés sur de grandes dalles craquelées, autre chaussée des géants. À chaque incursion dans ce paysage d’avant le monde, j’ai toujours eu l’impression d’avancer en précurseur, prêt à voir surgir des eaux quelque monstre préhistorique. Les monstres n’apparaissent pas, mais si je remonte les bords de l’étang, vent debout, les bécassines se lèvent sous mes pieds, offrant, le temps d’un éclair, la vision fugitive de leur ventre de neige et de leur long bec, météores surgis d’une trappe qui, après un zigzag, montent en flèche dans le ciel en répétant leur cri, « tick-up... tick-up... », et s’évanouissent dans l’ouate blanche de l’air. Je ne connais pas d’oiseau plus passionnant à tirer, plus difficile aussi par sa vitesse et son intelligence défensive. Tout est imprévu dans la bécassine, sa peur qui la fait lever à cent mètres, ou son courage qui lui permet d’attendre le passage du chasseur pour ne partir que dans son dos, « tick-up... tick-up... ». On peut s’impatienter, tirer comme un fou et tout manquer, comme on peut garder son calme et ses réflexes et tout manquer aussi. Souvent la rage est une saine réaction. Après avoir raté dix oiseaux à bout portant, on désespère et on tire à cinquante mètres une bécassine qui poursuit son vol plané et tombe doucement dans l’eau. Qui n’a pas tenu dans sa main le corps tiède et velouté d’une bécassine à peine blessée, ne connaît rien de cet oiseau singulier qui montre alors une extraordinaire confiance. J’ai passé des heures au bord de ce marais, parfois simplement assis sur une pierre, le fusil à mes pieds, fumant une cigarette, à me demander, devant ce calme et cette prenante tristesse, si tout n’était pas qu’illusion, si je n’inventais pas là une vie inexistante, comme un enfant qui se raconte des histoires d’indiens et de cow-boys au fond d’un jardin paisible, mais il suffisait d’envoyer Grouse et d’entre les roseaux s’élevaient les bécassines, les colverts, les sarcelles, les plongeurs, les râles et les stupides poule d'eau, un monde animal plein de couleurs, de grâce, de force...

 

 

Je n’ai plus un souvenir exact de ce que fut notre chasse à Forest Hill dans le comté de Galway. Je me rappelle seule­ment une belle journée de grand air où le soleil alterna avec de brèves ondées, une marche lente à trois, étagés sur les flancs des collines parmi les jeunes bois plantés par les Eaux et Forêts, une halte sur un rocher qui dominait la vallée, un pique-nique à côté d’une source qui coulait dans une mare couverte de cresson. Taubelman nous raconta qu’il avait chassé la bécasse à Java où elle s’appelle scolopax saturata. Je dois dire qu’il se connaissait admirablement en bécasses, savait où les rencontrer, vers où elles s’envoleraient. Il retrou­vait trace de leur passage en observant les fientes d’oiseaux, pointant du doigt celles des bécasses, plus fluides et centrées d’un œil noir de composition terreuse. Pour un homme aussi lourd, il était particulièrement leste, sautait les murs, grimpait les pentes, essoufflé mais rapide, sans grommeler comme lorsqu’il devait monter au cottage de Jerry. A la dizaine de bécasses que nous rapportâmes, il arracha la première rémige, la « plume du peintre » qu’il collectionnait, nous dit-il, pour un de ses amis, le plus grand artiste de son temps, un Roumain réfugié en Italie, spécialiste du trompe-l’œil, amateur de pinceaux robustes, ou qu’il gardait pour lui-même afin d’en faire des mouches artificielles à l’ouverture de la pêche à la truite. Au retour, Taubelman nous parla intelligemment, sans didactisme, un oiseau dans la main, du vol des bécasses qui, en raison de leur ossature trop fragile, se cachent dans les sous-bois par grand vent et penchent la tête en avant parce qu’elles ne voient pas de front. Il partagea aussi le gibier en mâles et en femelles, les mâles avec des pattes couleur gris bleuâtre tendant au plomb, les femelles avec des pattes gris clair tendant au rose. Il maniait les oiseaux avec une délicatesse extrême, lissant leur plumage révulsé par la charge de plomb, redressant leur cou, étendant leurs ailes pour nous en faire apprécier la gracilité. Il fut passionnant sans prétention, érudit sans ennui, un autre homme tout à fait, que l’on écoutait charmé. Je laissai dans ma poche l’article sur La Race que j’avais projeté de lui montrer, un moment où nous serions seuls, pour voir avec quel culot il se tirerait de sa confusion plus ou moins volontaire.

 

 

 

 


10/01/2017
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Quand le 12 se met au régime

 

 

Quand on évoque les armes allégées, on pense aussitôt aux superposés à Bascule ergal de grande série. Pourtant, les plus grands fabricants anglais de fusils à platines juxtaposés ont eux aussi tout tenté, tout osé pour délester leurs armes de grammes superflus. Quand le light touche au sublime !

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Les années 1920, dites années folles, furent marquées par l’émergence puis la démocratisation de nouveaux phénomènes culturels et techniques (jazz> radio, télévision, cinéma qui modifièrent le visage de la société occidentale. C’est l’époque de Joséphine Baker et de l’Art déco. Ce sont des années de créativité, d’exploits et de découvertes fantastiques. L’Américaine Gertrude Ederle traverse la Manche à la nage en quatorze heures et trente-neuf minutes, Alexandre Fleming découvre la pénicilline. C’est aussi une décennie qui fait triompher la légèreté, déclinée sous de multiples formes. Dans le domaine de l’habillement,  Gabrielle Chanel lance le jersey, un tissu souple et léger, René Lacoste son polo en coton doux et aéré que rien ne semble pouvoir démoder. L’entreprise américaine Kimberly-Clark met sur le marché les mouchoirs en papier Kleenex. Dans le sillage du développement de l’électricité dans les foyers, des appareils électroménagers de plus en plus légers font leur apparition : l’aspirateur, le grille-pain, le fer à repasser... C’est aussi la naissance du téléphone, désormais la parole s’affranchit des distances. Au même moment, l’Anglais Robert Churchill lance son fusil calibre 12 ultraléger à canon court (63,5 cm), le modèle XXV. Comme le raconte  l’auteur Nigel Brown, ce fusil serait né par accident, alors que Churchill fit éclater la bouche du canon de son fusil de tir aux pigeons de 76 cm, en tirant avec des canons bouchés par la neige. Ce jour-là, l’armurier était  sur  le départ pour les championnats annuels de tir aux pigeons à Monte- Carlo. Dans l’urgence, il demanda à son sous-traitant canonnier de Birmingham. John Harper  de couper la partie abîmée. Churchill se retrouve avec des canons de 25 pouces (63 cm) Or il tira si bien à Monte-Carlo, fort de la sensation de vivacité de l’arme qu’il devint sur-le-champ un fervent partisan des canons courts.

 

Génie armurier  et marketing

 

C’est une belle histoire, mais c’est une légende ! La réalité fut tout autre. Dans The House of Churchill, Don Masters révèle que I ' idée est venue à Robert Churchill non au hasard d’une compétition dans la principauté de Monaco, mais des états- Unis. Dès 1897, de riches Américains avaient commencé à commander à E. J. Churchill des canons de ces (66 cm) pour la chasse des colins dont l’envol est ultrarapide. Robert en avait pris acte et commença à expérimenter des canons courts, construisant son premier fusil à canons de 25 pouces en 1914. Mais ce n’est qu’après la guerre qu’il put exploiter pleinement son idée, alors que de nouvelles poudres brûlant mieux et plus vite rendaient les canons plus longs balistiquement inutiles et que la guerre avait conduit à la création de nouveaux aciers plus résistants. Concrètement, cela signifiait que les fabricants pouvaient désormais construire des fusils plus Légers, avec des canons plus courts’ sans compromettre ni leur force intrinsèque ni leur balistique.

L’engouement pour le XXV fut d’abord assez mesuré, les chasseurs habitués aux fusils à canons longs le boudaient. Les traditions dans le monde de la chasse  c’est connu, ont la vie dure. La plupart des journalistes cynégétiques faisaient la grimace devant une arme qu’ils considéraient de moindre efficacité balistique que les modèles à canons de 76cm alors en vogue. Mais c’était sans compter avec le génie marketing de Robert. Il déploya pour son XXV  d’intensives campagnes publicitaire, avec un seul et même message : ses XXV sont mieux équilibrés, beaucoup moins fatigant à utiliser et à transporter, plus confortable à manipuler, bien plus rapides pour tirer. Il accompagna cette promotion de toute une théorie sur le tir en publiant son livre How to shoot dans lequel il donnait bien sûr la part belle à son nouveau fusil. Progressivement, Churchill réussit à créer  une brèche dans les murs du scepticisme. Et puis, un grand coup de pouce lui fut donné par deux personnalités influentes de l’époque qui achetèrent des XXV dès la première heure : le prince de Galles, qui allait devenir le roi Edward VIII, et Reg Corbett, le célèbre champion de tir aux pigeons vivants. Petit à petit, les chasseurs ont adhéré au concept tant et si bien que les XXV se vendirent bientôt comme des petits pains.

En 1926, les ateliers pouvaient à peine suivre les commandes. « Mes propres armes personnelles ont dû être sacrifiées », déclara Robert, avec toujours le même sens du marketing. D’après Don Masters, entre 1927 et 1929,92 % des nouvelles commandes étaient pour le XXV. Et rappeIons que tout cela se passait au cours de la plus grande dépression que ce monde n’avait jamais connue !

 

Le XXV et ses descendants

 

Le XXV de Churchill fit l’effet d’une bombe. Il balaya la concurrence, s’imposa comme le «must have» ! Oui, Churchill coula des jours heureux avec lui. A la fin des années 20, armuriers britanniques furent forcés d’admettre l’influence de Churchill dans le choix des fusils de chasse, et tous les fabricants se mirent à sauter dans le train des canons courts. Holland & Hollald, par exemple, sortit son Royal Brevis ( court  en latirn)un fusil à canons de 67 cm, Charles Hellis choisit une longueur de 66 cm et Cogswell & Harrison 68 cm. Plus tard et encore de nos jours, d’autres fabricants rendront hommage à Churchill en baptisant XXV certains de leurs modèles à canons courts. C’est le cas de l’espagnol Aya dont le XXV est toujours au catalogue avec canons de 25 pouces, bandes Churchill mais gravure liégeoise.

 

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Le phénomène Twelve-Twenty

 

Pendant que Churchill construisait son succès sur les canons courts du XXV et sur un poids forcément réduit, d'autres fabricants cherchèrent juste à gagner du poids sans couper les canons. G. E. Lewis, à Birmingham, qui paradoxalement se fit connaître en fabriquant des fusils lourds, construisit un modèle (l’Ariel) de 2,6 kg seulement avec des canons de 70 cm. Charles Hellis sortit son Featherweight, dans des versions platines et boxlock (à batterie). Les deux pesaient environ 2,7 kg. Mais le modèle qui s’avéra extrêmement populaire au début des années 1920 fut le Twelve-Twenty (le « douze- vingt»), surnommé ainsi parce que l'arme était un calibre 12 mais de poids aussi léger qu'un fusil de 20. Charles Lancaster fut tellement associé au 12-20 que beaucoup pensent qu’il en est l’inventeur. En fait, c’est un certain William Baker, armurier à Birmingham, qui est derrière ce concept. Il s’agit d’un fusil à platines dans lesquelles les grands ressorts sont logés chacun dans une boîte d’acier située à l’arrière de la bascule, soit une disposition à l’opposé de la plupart des platines, où les ressorts sont en avant de la bascule.

  En outre, Baker remplaça les deux leviers d'armement traditionnels par un seul monté dans le même logement qui reçut les crochets et dont la seule fonction était de comprimer les grands ressorts lorsque le fusil était fermé. Dans les platines traditionnelles, l’acier est retiré des flancs de la bascule pour accueillir les ressorts, ce qui réduit la résistance et exige en conséquence une bascule robuste et lourde. Dans la conception Baker, il n’est pas nécessaire d’ôter du métal, la bascule peut être réduite en taille et donc en poids sans menacer l'intégrité structurelle de l’arme. Résultat, un fusil de calibre 12 de 2,7 kg, voire moins. Le 12-20 avait également l’avantage d'être un easy-opening. Douglas Tate, grand spécialiste des armes de chasse britanniques, pointe encore un autre atout du concept Baker : « Comme le superposé Boss ou le Round Action de Dickson, la conception possède une qualité intangible, parfois - quoique inadéquatement—décrite comme “le bon équilibre ” ». M. Tate connaît son sujet, nous n’avons nulle raison de ne pas le croire.

 

Du Twelve-TWenty au Vena Contracta

 

La platine du Twelve Twenty est l’invention géniale et efficace de Baker, mais elle est souvent confondue avec une autre conception où les termes 12 et 20 apparaissent aussi : le Vena Contracta, la «veine resserrée». Un vrai bide commercial ! Horatio Phillips, rédacteur en chef de The Field, en était l’inventeur. Son brevet (n°11828) de 1893 couvrait l’idée d’un calibre 12 se terminant progressivement en calibre 20. L’objectif étant de réduire le poids... Au final, cela ne fit qu’augmenter le recul, et la performance fut au mieux médiocre. Leur principal distributeur était Joseph Lang, mais ils ont été réalisés par Webley à Birmingham. Il semble que Frederick Beesley ait réalisé également des armes de cette conception et, selon Geoffrey Boothroyd, H. A. A. Thorn (Charles Lancaster) fit naître un calibre 12 chambré à 70 mm et finissant comme un 16.

 

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Une mode et ses aléas

 

Outre Lancaster, d’autres armuriers britanniques utilisèrent largement le système Baker, comme Churchill, Stephen Grant, Lindsey Brothers, William Powell ou Harrison & Hussey. La mode des armes ultralégères atteignit son apogée dans les années 1930 avec un fabricant de Birmingham, Skimin & Wood. Dans les années 1890, les Britanniques avaient développé la « règle des 96 » stipulant que gréablement il doit peser 96 fois plus que la charge de plombs tirée. Cela signifie qu’un fusil destiné à une charge de 28 g doit peser au minimum 2,6 kg, 35 g pour 3,4 kg, etc. En appliquant ce principe, les fabricants d’une nouvelle arme chambrée à 50 mm, qui était à l’origine destinée à tirer une charge de 21 g et plus tard 24 g, purent construire une arme pesant bien moins qu’un fusil standard de calibre 12. Skimin & Wood conçut un calibre 12 de type Anson & Deeley chambré spécifiquement pour la cartouche de 50 mm (2 pouces propulsant une charge de 21 g.

 

L'arme appelée Twentieth Century Gun pesait environ 2,4 kg. Ce modèle remporta un succès tel que tous les fabricants, du plus grand au plus modeste, furent obligés de suivre. La plupart - Lang. Osbome, Ford, G.C Davies, bate, William Powell, Rosson, Toi-ley, Webley & Scott. W. J. Jeffery, Westley Richards et Churchill - choisirent pour ces fusils chambrés à 50 mm le type Anson & Deeley. D’autres - Rigby, Hellis, Holland (le Twelve Two) ou Purdev — réalisèrent des platines, et Dickson fit naturellement des Round Action.

 

Le fusil de calibre 12 chambré à 50 mm constitua un véritable phénomène dans les années 1930, mais  allait perdre de son attrait dès que le calibre 20 devint à la mode pour rester finalement l'affaire de quelques passionnés. Vous aurez du mal aujourd’hui à persuader quelqu’un d’acheter un 12 chambré 50, et pourtant. .. Ces fusils-là sont un pur bonheur. Faciles à transporter, agréables à tirer car délivrant moins de recul, offrant, avec leur gerbe courte, un rendement balistique meilleur en comparaison d’une charge similaire dans un calibre 20.

 

 

Le poids des armes de chasse fut toi jours influencé par la mode. Et e matière d’armes de chasse comme de toute autre chose, la mode est un éternel recommencement. Les fusils chargés par la bouche du début d XIXe siècle destinés à la chasse devant soi étaient relativement légers. Nous savons par exemple que le fusil Covert Gun, qui ressemblait un peu à une carabine, était léger et avait un canon court. On l’utilisait pour la chasse des faisans dans les bois avant l’époque de la chasse en battue. Lorsque le tir de battue est devenu populaire, entre 1860 et 1900, un calibre 12 standard pesait environ2.3kg et avait des canons de 76cm de long- soit, comme vous l’aurez noté, à la fois le poids et la longueur de notre norme actuel. A la fin des années1880 cependant, il y eut un engouement pour les fusils légers.

Le calibre 12 standard pesait entre 2,7 et 3,2 kg fut ramener à quelque 2,4 kg. L’armurier londonien Thomas Turner est devenu célèbre avec son Levissimus, un fusil d calibre 12 de 2,4 kg. Pour atteindre cet objectif, l’ensemble du fusil fi épuré à l’exception des canons; la bascule devint plus courte, le devant fut raccourci d’environ la moitié d la longueur standard et la crosse évidée. D’autres armuriers de l’époque se firent également connaître en faisant des armes légères leur spécialité, comme Cashmore & Ford, Lincoln Jeffries ou Lang.

 

Des mini-cartouches

 

L’invention de la poudre sans fumée condensée permit de contenir la poudre, la bourre et la grenaille dans une cartouche plus courte que la standard de 65 mm. Charles Lancaster fut le premier à fabriquer une cartouche de cette longueur, la Pygmy, en 1897. L’avantage réclamé pour ces cartouches courtes était simplement la possibilité de transporter plusieurs d’entre elles dans un sac à cartouches. Entre 1897 et 1914, d’autres fabricants lui emboîtèrent le pas, Eley, Jeffery, Curtis & Harvey ou W.W. Greener. Mais ces cartouches tombèrent vite en disgrâce... car elles avaient un grand inconvénient. Lorsqu’elles étaient chargées dans une chambre plus longue, elles donnaient lieu à des coups faisant parfois balle. La solution évidente fut donc de faire correspondre la longueur de la cartouche et celle de la chambre. C'est  ce qui fait  Sam Skimin de Skimin & Wood.

 

 L’allégé en mode durable ?

 

Entre les deux guerres, on l’a vu, la mode de l’ultra-light atteignit son point culminant. Ce qui était nouveau à cette époque n'était pas le concept de l'arme légère en lui-même, mais le fait que pratiquement tous les armuriers offraient alors une telle arme L’influence de Robert Churchill joua certes un grand rôle, mais elle n’explique pas à elle seule cette déferlante. Juste avant la Première Guerre mondiale, le tir aux pigeons vivants avait été interdit en Grande-Bretagne. Une discipline qui exige des armes lourdes

 

L’influence de Robert Churchill joua certes un grand rôle, mais elle n’explique pas à elle seule cette déferlante. Juste avant la Première Guerre mondiale, le tir aux pigeons vivants avait été interdit en Grande-Bretagne. Une discipline qui exige des armes lourdes à canons longs et pour lesquelles la demande connut de façon automatique une baisse considérable. De plus, après les tourments de la guerre, dans un mouvement d’euphorie et de libération de la société, beaucoup de jeunes femmes émancipées firent de la chasse leur passe-temps favori, avec à la clé une prédilection pour les armes légères.

Après la Seconde Guerre mondiale, la tendance alla vers un poids d'un peu moins de 3,2 kg avec une longueur de canon entre 66 et 71 cm. Pendant les quarante années suivantes, l’industrie des armes à feu, soutenue par la presse cynégétique, vanta les canons de 68 cm ou moins comme la meilleure chose depuis l’invention de la canette métallique !  Depuis les années 1980, et la popularisation du ball-trap, la tendance est à rallongement des canons. 71, puis 76, et même 81 cm. Les années 1990 virent l’émergence de quelques modèles légers construits sur la base de bascules en alliage. Et, ces dernières années, époque où la conquête du léger connaît un essor sans pareil dans quantité de secteurs, les goûts en matière d’armes de chasse vont semble-t-il à l’inverse avec une augmentation du poids et de la longueur. Pour combien de temps ? Djamel Talha

 


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07/01/2017
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Quand les cendres font partie intégrante de quelque chose que vous aimez.

Y a t-il plus bel hommage que vous puissiez rendre à la mémoire d'un tireur passionné que d'avoir ses cendres chargées dans des cartouches et tirées par ses amis ?

C'est ce qui est arrivé à James Booth, mort à cinquante ans suite à une intoxication alimentaire en 2004.

James avait été un expert en fusil de chasse pour la maison de vente aux enchères Sotheby's et était un collectionneur d'armes et chasseur lui-même. Connaissant la passion de son mari, sa femme, Joanna Booth, a eu une idée très originale pour lui rendre hommage. Puisque l'un des composants de la cartouche est la poudre, et que les cendres sont aussi une poudre, elle a décidé de demander au fabricant écossais Caledonian, de faire un mélange spécial juste pour elle en utilisant les cendres de son défunt mari. Bien qu'un peu perplexe, la compagnie a accepté. « Elles ont été chargées dans notre gamme « classic », une charge de 28 grammes, Plombs n°6 avec bourre en plastique dégradable », a déclaré un porte-parole de la compagnie.

 

Mme Booth a rassemblé vingt amis proches de son défunt mari et ils ont passé une splendide journée de chasse dans une propriété dans Aberdeenshire, dans le nord-est de l'Écosse.

Au total, 275 cartouches ont été distribuées.

Avant le début de la chasse, les cartouches ont été bénies par le ministre de l'Église d'Écosse, le révérend Alistair Donald. « C'était une dispersion de cendres parfaitement normale, quelques mots et des prières », a indiqué M. Donald, un homme à l'aise avec les manières parfois excentriques de la campagne. « Après tout, James était un passionné de balistique. »

 

Le tableau était de soixante-dix perdrix, vingt-trois faisans, sept canards et un renard.

Mme Booth a noté : « Une de nos amies, une femme qui n'avait jamais tiré auparavant, a prélevé quatre perdrix. D'après elle, c'était une journée merveilleuse et son mari l'aurait adorée. Djamel Talha.

 

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14/12/2016
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La billebaude

Connaissez-vous "LA BILLEBAUDE" d'Henrie Vincenot? C'est un de mes romans préférés, mais également un des plus beaux joyaux de la littérature française. En voici un passage choisi pour vous donnez envie de le découvrir ou de le redécouvrir.                        

 

 

                                La Billebaude

                                                                         Henri Vincenot

                                                                           1912-1985

 

Eli bien, mes curieux, je ne rentrais ni au lycée ni au séminaire mais au collège Saint-Joseph de Dijon, la grande boîte bourguignonne catholique. Quand j’y repense, et j’y repense sans cesse, je trouve que cela montre bien le rôle des femmes dans notre ancienne civilisation. C’était mes femmes qui avaient ainsi gagné la partie. J’échappais comme elles le désiraient à l’enseignement laïque des «maîtres-sans-Dieu», et sans entrer dans «la fabrique à curés», ainsi que mes grands-pères nommaient le séminaire, je restais néanmoins sous l’influence de la soutane. Je crois bien que ma grand-mère Tremblot espérait de toute son âme que ces bons pères allaient me travailler au corps et surveiller de près mes moindres manifestations mystiques pour m’emberlificoter.

 

C’est ainsi que, la rentrée étant fixée au 2 octobre, je dus abandonner l’idée de la chasse. Pourtant, avant de partir pour la pension je pus faire encore «l’ouverture». C’était un exercice que je n’appréciais pas particulièrement, car ce jour-là tous les chasseurs partaient en guerre dès le lever du soleil. On les entendait canarder toute la journée et on en rencontrait partout. Le père Tremblot, aristocrate jusqu’au bout des moustaches, c’était le comte Arthur lui-même qui l’avait dit, appelait celte kermesse la «chienlit», ou bien encore « la foire aux pétoires". Habituellement, il affectait ce jour-là d’avoir à arracher

pommes de terre afin de  n'aller pas se faire plomber les fesses par tous ces « pignoufs en chaleur», se réservant pour des chasses savantes et solitaires. Mais cette année-là, sachant que je devais «aller
pensionnaire » le surlendemain au grand collège, nous fûmes les premiers à pousser cartouche en canon et voici comment : Nous étions partis avant l’aube, sous pluie battante, pour nous trouver au cœur du buisson au lever du soleil, heure fatidique prescrite par les règlements de chasse. Nous montions en silence par

le travers des grands pâturages. Le Vieux portait en bandoulière le fusil, non encore chargé comme il se devait. Il avait, j’en suis sûr, le ferme propos de ne se mettre en chasse qu’à l’heure réglementaire, j’en aurais parié la portion de fromage de tête qui ballottait dans ma musette, mais alors que nous montions dans les chardons, en haut des pâtures, je tombai en arrêt sur un joli levraut de six livres qui me regardait. Il était blotti au ras d’un revers de motte, au pied d’un chardon sec, dont il avait exactement la couleur. Ses oreilles couchées sur son échine ressemblaient à deux feuilles de bouillon-blanc fanées et duveteuses, ses yeux noirs et brillants se confondaient avec les quelques baies de yèble que septembre commençait à mûrir par-ci par-là. Pour le voir, il fallait être le chéri du Bon Dieu. Même la chienne, qui naviguait devant nous à gauche, ne l’avait ni vu ni senti. Je m’étais arrêté, le geste pétrifié, l’haleine coupée. Il me regardait, je le regardais.

La chienne et le Vieux continuaient à monter en fracassant les chardons secs et moi j’étais là, la patte en l’air comme un épagneul en arrêt, le bâton immobile, l’œil rivé sur celui du capucin. Un geste, un simple cillement des paupières, et le charme serait rompu, et perdu cet instant inoubliable.

On aurait dit que ce lièvre me disait : « Reste ! Mais reste donc beuzenot ! Ne t’en va pas user tes fonds de culotte sur les bancs de leurs Écoles ! Tu vois bien qu’ici c’est la vie, la vraie vie, la seule vie ! »

 

La pluie s’était arrêtée et même un fin vent du nord semblait vouloir nous amener une belle éclaircie qui se déchirait au-dessus du Morvan, étalé devant nous. La chienne était déjà au bois, battant l'orée, buissonnant furieusement. Sans doute venait-elle de flairer la sortie et les détours de ce lièvre qui était venu se remettre là et que je tenais au bout de mon regard.

 

 

Le Vieux, lui, s’était arrêté. Il s’était retourné et allait me héler mais, m’ayant regardé attentivement, il comprit. Avec des gestes coulés, il mit lentement l’arme au poing, écarta les jambes, cassa son fusil, prit deux cartouches dans sa cartouchière, les engagea. Je ne voyais pas tout cela, mais je le devinais car si j’avais tant seulement remué la prunelle d’un millimètre, la bête eût jailli de son gîte. Je n’entendis même pas le clac du verrouillage du fusil, le lièvre et moi nous ne faisions plus qu’un. Nous tentions tous deux
de prolonger cette hypnose, moi pour le plaisir, lui pour mieux préparer sa fuite.

Le Vieux, impitoyable, lança le traditionnel «hardi dessus ! ». Nos muscles se détendirent ensemble, mon bâton fouetta l’air, le lièvre eut un bond énorme, fit son quatre et prit du champ. La charge de plomb l’atteignit alors qu’il avait toute sa vitesse au faîte du mamelon; il fit la culbute et tout se tut. C’était le premier coup de fusil de cette saison-là.

A ce moment-là, je vis que le soleil levant éclairait tout le Morvan. En riant, le Vieux ramassait l’animal et le faisait pisser, pendant que notre Tambelle revenue au coup de feu sautait de joie autour de lui, et c’est alors que j’entendis Tremblot dire tout bas à la chienne : « As pas peur ! la prochaine fois que tu es en chaleur, je te fais couvrir par le petiot. Une fameuse portée de chiens d’arrêt que ça fera ! » Ainsi était-il le vieux Tremblot.

Mais l’affaire n’était qu’ébauchée. En effèt sur le coup de midi, nous arrivions sur la place de l’église. Il y avait grand bruit à l’auberge. Les autres chasseurs étaient déjà là, pérorant et se provoquant. Ils nous virent passer et il nous fallut faire halte pour commencer le deuxième acte de cette journée de chasse. Acte plus important que le premier, car le premier avait été celui de l’action, le deuxième devait être celui de la parole, toujours prioritaire chez les Gaulois. Celui-là silencieux et tout intime, celui-ci grandiose et merveilleux, comme on va voir.

Le Vieux sortit le lièvre de sa grande poche, le jeta sur une table parmi les bouteilles de vin rouge, et cria :

—      Celui-là, regardez-le bien!... Ils s’approchèrent car ils voyaient bien que le Tremblot avait quelque chose à raconter. J’étais resté dehors car les enfants pas plus que les femmes n’entraient au café et, par la porte, je regardais mon grand-père. Il remonta sa, cartouchière en bombant le torse d’un air important, son œil se plissa et voici le récit qu’il fit (on l’opposera à celui que je viens de faire en toute objectivité) :

—     On montait par les pâtures, commença-t-il d’un ton détaché, il n’était pas encore six heures du matin, mon fusil en bandoulière, pas chargé. Moi, les mains dans les poches. La chienne muguetait par là. Tout à coup, je vois mon gamin qui s’arrête raide comme keule l’œil au sol. Cré vains dieux, que je me dis, le gamin tiendrait un lièvre en arrêt que ça ne m’étonnerait pas. Tout doucement je prends l’arme, je la casse, je mets deux cartouches de cinq, je referme le fusil, prêt que j’étais à tirer. Mais voilà, il était six heures du matin seulement et le soleil était encore loin derrière la montagne ! Vous me connaissez : plutôt mourir que de tirer un lièvre avant l’heure réglementaire! (Rires.) Alors, que je dis au petiot, tâche de tenir l’arrêt un bon moment. Tu me le feras sauter quand le soleil sera là.

« Je m’assieds, la chienne revient près de moi, je la prends au collier pour la maintenir.

«Une demi-heure, qu’il me fallait attendre! Alors je sors le casse-croûte, la chopine, je bois, je mange. Le gamin me tenait toujours l’arrêt. Puis je m’étends. Je regarde passer la nuée et voilà-t-il pas que je m’endors ? Combien de temps que j’ai dormi ? Une heure? Deux heures? Tout d’un coup la chienne me réveille en me léchant le nez. Hou Dieu, que je me dis, mon lièvre et mon petiot ?

«Eh bien, vous me croirez si vous voulez, le petiot était toujours la, le lièvre aussi, l’un regardant l’autre! Alors je me lève, je saute sur le fusil, je crie “sus !”, le lièvre déboule, fait son quatre et je l’aligne gentiment au moment qu’il rentrait au bois.

Le grand père s’est arrêté, les autres buveurs ne disent mot, attendant la chute, car ils savent que le Vieux connaît son métier de conteur.

—        Au moment que je fais pisser le capucin, reprend-il, voilà onze heures qui sonnent au clocher!... Cinq heures! Oui, cinq heures que le petiot avait tenu l’arrêt ! On n’avait plus qu’à rentrer !

Le grand-père se penche vers moi et crie :

—        Rentre dire aux femmes que j’arrive, qu’elles peuvent tremper la soupe ! Et alors, mais alors seulement, une grande ragasse de rires éclate comme un bruit de feu de brousse poussé par le vent à travers une sapinière. On les entend depuis chez nous.

De la confrontation de ce récit avec la vérité, ma vérité, j’ai tiré bien des leçons. La veille de m’envoyer en pension pour tout un hiver, le Vieux, je crois, venait de me léguer l’héritage le plus précieux. Vous comprendrez ça comme vous voudrez, vous qui m’écoutez.

 

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04/10/2016
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Éjecteurs pour battues de haut vol

 

 

                     Quand la chasse dicte ses modes et ses besoins

 

                                                                                        

 

C’est dans la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’au début de la Première Guerre mondiale qu’eut lieu la plus grande révolution technologique dans le domaine des armes de chasse. En Angleterre, elle fut alimentée par l’émergence de chasses fastueuses aux tableaux spectaculaires. Ces besoins nouveaux poussèrent les fabricants à inventer les éjecteurs.

 

De 1850 à 1914, la Grande-Bretagne connut un développement sans précédent dans l'histoire des armes de chasse qui influença l'essor et le perfectionnement des armes et de leurs munitions dans le monde entier. Ce n’est pas exagérer que de dire que le système  social britannique dans son entier  s’organisa à cette époque autour du fusil de chasse.  Pas n'importe quel fusil, le meilleur que les mains de l'homme pouvaient faire naître, superbement construit, décoré avec goût, parfait dans ses moindres détails. «Rien n'a été fait de meilleur qu’un fusil fin de Londres », résume l’'écrivain anglais  Macdonald Hastings. Victoria régnait depuis 1837 sur un empire au sommet de sa puissance. Qui couvrait un cinquième du globe et s'étendait sur les cinq continents ; le soleil ne s'y couchait jamais, selon la formule célèbre. Sa puissance s’exerça  à tous les niveaux- militaire, industriel, économique, technique, financier. Autant de conditions qui vont profiter à l’industrie armurière, qui connaît alors une explosion créative extraordinaire. Mais dans le domaine somme toute plus modeste des armes de chasse, il fallut une impulsion particulière pour que le mouvement atteigne la même ampleur. Elle fut donnée par un homme, le prince Albert Edward, Bertie de son petit surnom.

 

Tout faire comme Bertie

 

Fils aîné de Victoria et héritier du trône, prince de Galles, le futur Edward VII régna toute sa vie durant sur la vie sociale anglaise, bien avant de régner sur celle de l’Etat, ce qu’il ne fit finalement qu’une petite partie de son existence, dans les quelques années qui précédèrent sa mort. Les goûts et les préférences de Bertie dictaient les activités de toutes les classes sociales de l’Angleterre de l’époque. Car durant soixante ans, s’étant vu refuser par sa mère de jouer le moindre rôle dans les affaires de l’Etat, Bertie fut «condamné» à ne faire que ce qui lui plaisait. Et ce qui lui plaisait le plus, c’était la chasse. Initié dans son enfance par un fin nemrod, son père, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, Albert  Edward avait découvert les chasses traditionnelles avec des chiens, en groupe marchant, dans les plaines ou dans les bois à la recherche de leur proie. Ou encore «l'innommable à la poursuite de l’immangeable », selon les termes d’Oscar Wilde : la chasse au renard.

Dans ces années 1860, une révolution venait de se produire dans la façon de pratiquer la chasse, consistant en un réaménagement on ne peut plus simple mais qui allait entraîner de grandes conséquences. On ignore dans quel cerveau naquit cette idée brillante, toujours est-il qu’on fît en sorte que les oiseaux volent vers des tireurs postés et non plus que le chasseur  plus simple mais qui allait entraîner de grandes conséquences. On ignore  dans quel cerveau naquit cette idée  brillante, toujours est-il qu’on fit en  sorte que les oiseaux volent vers des  tireurs postés et non plus que le chasseur aille à la rencontre de l’oiseau,

Le tir de battue du petit gibier était  né et le prince de Galles devint son plus grand adepte.  Pour assouvir sa passion, en 1862, à l’âge de 20 ans, Bertie acheta un  domaine de 8 000 hectares pour la  somme de 220000 £ : le domaine de Sandringham, dans le Norfolk. Plus  tard, il l’étendit à 12 000 hectares et aucune dépense ne fut épargnée, 300000 £, pour le transformer en  un des meilleurs domaines de chasse du royaume. Outre la construction d’un somptueux pavillon de chasse en 1866, qui coïncida avec l’arrivée d’un garde-chasse en chef réputé, Jackson, le prince développa les ressources cynégétiques en faisant installer des élevages de faisans et de perdreaux. Il procéda aussi à l'aménagement des terres : système de remises, suites de layons, culture à gibier et installation d’agrainoirs. Il s’inspira des techniques et des méthodes employées dans le domaine légendaire du baron Hirsch à Sankt Johann, en Hongrie, où Bertie était souvent invité à chasser.

 

Durant les quatre semaines annuelles de tirés à Sandringham, le prince ordonnait que les quelque cent quatre-vingts horloges de sa propriété soient avancées d’une demi-heure afin de disposer de plus de temps pour la chasse en fin d’après-midi. C’était la «S.T. », Sandringham Time, une tradition qui se perpétuera jusqu’en 1936, année où le petit-fils de Bertie, Edward VIII, l’abolira. La journée de chasse à Sandringham commençait toujours à lOh 15 ST, soit en réalité 9 h 45. « Les rabatteurs, généralement entre cinquante et soixante, étaient tous habillés d'une blouse bleue, avec un insigne rouge, un numéro, un chapeau noir à ruban rouge, et chacun portait un drapeau », raconte Rachel Jones dans Sandringham, Past and Present. On pourrait presque imaginer qu’une large bande de paysans français courait la campagne en ordre dispersé. L'année se divisait et balayait le pays sous le commandement du garde- chasse en chef, conduisant les oiseaux sur les fusils. » 

Une invitation à Sandringham était très convoitée et le souverain ne conviait pas plus de huit fusils à la fois, habituellement des tireurs parmi les plus réputés. Tels Lord Ripon, Lord Walsingham, le prince indien Victor Duleep-Singh, sir Frederick Milbank, sir Harry Stonor, pour n’en citer que quelques-uns. Leurs exploits resteront inégalés dans les annales cynégétiques (lire encadré ci-dessous). Selon les chroniques de l’époque, le prince était considéré plutôt bon tireur, mais pas du niveau de ses exceptionnels invités. Georges Benoist, garde-chasse au service du baron Arthur de Rothschild, puis du prince Albert Ier de Monaco, relata dans ses Grandes chasses, grands fusils une  battue de perdreaux qui se déroula en France sur le domaine de Breteuil, dans les Yvelines, en 1899, à l’initiative du marquis de Breteuil en l’honneur du prince. «J'ai pu constater, écrit Benoist, que le futur roi d'Angleterre n’était pas, comme tireur, de la classe de son successeur au trône. » Ce jour-là, le prince tua tout de même près de cinq cents perdreaux. Son successeur au trône, le roi George V, sera considéré comme l’un des plus grands fusils du royaume, l’un des sept fusils qui réaliseront le tableau record de tous les temps dans une battue en Grande- Bretagne : le 18 décembre 1913 à Hall Barn, Beaconsfield, 3 945 gibiers (faisans, perdrix et lapins) seront abattus. 

 

Le tir est pour tous 

 

Ces tableaux records créèrent une mode et beaucoup parmi ceux qui aspiraient au statut de gentilhomme  voulurent posséder à leur tour une arme fine et pratiquer le tir de battue. Le mode de chasse se répandit dans toute la Grande-Bretagne au  point de devenir en quelques années la forme de chasse dominante. Il donnait plus d’occasions de tirer qu’en  chasse devant soi. Qui plus est, avec  lui, la chasse cessait d’être l’apanage  de l’homme actif, les personnes invalides, âgées ou corpulentes, les femmes aussi, pouvaient y prendre part.

 

Tout participait à son succès. Les chemins de fer venaient d’ouvrir un accès facile aux zones rurales riches en gibier, des voyages qui autrefois prenaient des jours devenaient l’affaire de quelques heures. Ce fut le temps des grandes battues organisées partout dans le royaume. Le tir devint un passe-temps pour tout un peuple, tous voulaient imiter leur futur roi. Les commandes pour de nouvelles armes étaient en constante augmentation, notamment pour les paires et les triplettes. Et, personne ne voulant passer pour un maladroit en public, les écoles de tir fleurirent dans le royaume. Les commandes individuelles de dix mille cartouches par saison sont monnaie courante dans les livres de l’époque, les ateliers de fabrication de cartouches étaient occupés jour et nuit.

 

Tous ces tireurs n’avaient qu’un seul but : tuer un maximum de gibier dans  un minimum de temps. Pour l'atteindre, ils pouvaient compter sur leur e adresse, mais également sur la qua- e lité de leurs armes. En d’autres termes, il y avait un lien direct entre la  qualité mécanique de l’arme et la  taille du tableau. La passion et le portefeuille bien rempli de ces chasseurs  faisaient les affaires des armuriers et  dans une simultanéité exceptionnelle, l’époque compta une génération d’armuriers incroyable : James Purdey,  Charles Lancaster, Joseph Lang, John Dickson, William Greener, Stephen  Grant, William-Rochester Pape, John Rigby, Westley Richards, Thomas Boss, James Woodward, Harris et Henry Holland... Tous partageaient une passion pour la perfection, héritée des incomparables frères Manton. Henry Sharp, une des grandes autorités en matière d’armes à feu au tournant du XXe siècle, écrivait dans son Modem Sporting Gunnery (1906) : « L’industrie des armes à feu britannique est sans égale parmi ses concurrentes dans n’importe quel autre pays. Incontestablement, il y a, à Londres, Edimbourg, Birmingham et dans les provinces, beaucoup de fabricants dont les produits présentent les plus hautes qualités de finition etl’ efficacités mécanique que d’autres experts ont comme moi le  plaisir de reconnaître. » 

 

Toutes voiles déployées, sous l’impulsion de l’engouement pour le tir de battue - mais aussi d’autres facteurs, dont la loi sur les brevets de 1852, qui rendit ces derniers beaucoup moins chers -, des centaines de brevets furent accordés pour autant de conceptions différentes : platines, chokes, systèmes d’armement, mécanismes sans chien, dispositifs de sécurité, top-lever, systèmes de verrouillage, self-opening... Ce faisant, la nature hautement compétitive du tir en battue et l’importance du tableau poussèrent une partie des armuriers à diriger leurs efforts vers l’amélioration de la puissance de feu. «L'histoire de révolution de l’arme de chasse à travers l'ensemble du XIXe siècle n’est rien de plus qu'une poursuite effrénée vers de plus en plus de puissance de feu » résume l’écrivain Geoffrey Boothroyd.

 

Une perte de temps insupportable 

 

 

Le passage au chargement par la culasse avait permis d’obtenir des cadences de tir plus élevées. Il fallait tout de même encore extraire les  douilles à la main et, dans les battues telles qu’elles étaient pratiquées à cette époque, où la rapidité avec laquelle un homme pouvait tirer était  aussi précieuse que la précision, cette  perte de temps était devenue insupportable. Un mécanisme qui éjecterait une cartouche usagée serait donc  un ajout très précieux, en apportant plus de vitesse dans le chargement, permettant, avec moins de danger, de brûler le maximum de cartouches le  dans le minimum de temps. Il fallait faciliter le chargement. Pas  question d’imaginer un système  d’auto-chargement sur une arme i basculante. Par contre, il était possible d’envisager une extraction automatique des douilles. Cette idée de d’éjecter une douille vide avait déjà été appliquée sur des armes militaires, les exemples les plus connus sont la carabine Soper de 1867 ainsi  que le Martini-Henry de 1871. Il semblait logique de l’appliquer aux fusils de chasse.

Toutes les sources semblent indiquer que le premier éjecteur efficace fut celui conçu en 1874 par un armurier de Londres (bien qu’il ait commencé sa carrière à Birmingham)  du nom de Joseph Needham. Un système efficace et fonctionnel mais peut-être apparu trop tôt (lire encadré p. 102). En 1878, Thomas Perkes, un armurier de Londres, breveta sous le n° 1968 un système de la plus haute importance à bien des égards. Non seulement il était le premier à loger les éjecteurs dans le devant, l’idée sera réutilisée par la suite par une foule d’inventeurs, mais le premier aussi à utiliser le principe mécanique bistable, qui  deviendra la base de tous les systèmes d’éjection qui ont perduré à  ce jour, dont le plus connu est le Holland & Holland, le plus souvent cité comme le Southgate.

 

Pendant les quatre années qui séparent l’invention de Needham et celle de Perkes, aucun nouveau brevet ne  fut enregistré. L’intérêt des armuriers pour l’éjecteur était encore faible. Seuls quelques-uns, notamment ; Lancaster, Greener et Churchill, ont t fabriqué sous licence des armes qui  leur sont propres sur le modèle de Needham. Mais ensuite, alors que le flux de nouveaux brevets pour le développement de la mécanique des  juxtaposés commençait à se tarir,  dans le milieu des années 1880, un  torrent de nouveaux systèmes  d’éjection furent brevetés. De 1880  à la fin des années 1890, pas moins de 89 mécanismes d’éjection furent couverts par des brevets anglais. Cette décennie fut l’âge d’or de l’invention des éjecteurs. C’est durant cette même période que les trois mécanismes d’éjection classiques furent inventés : le Deeley à ressort en V (1886/1888), le Baker à ressort hélicoïdal (1890) et le Holland & Holland (1893). W. W. Greener déposa son modèle en 1881, qui n’est autre qu’une adaptation des éjecteurs Needham à son propre fusil hammerless, le Facile Princeps. Cela semble logique si on se souvient que le fabricant avait repris l’activité de l’entreprise Needham en 1874– Greener avait tant apprécié la conception de Needham qu’il voulut acheter la société qui l’avait  fait naitre.

 

 

 

John Dickson breveta en 1887 un éjecteur adapté à son fameux Round Action avec un mécanisme contenu à l’intérieur de la bascule. En renonçant à faire de la longuesse le logement du mécanisme d’éjection, on obtient un poids maintenu plus à l’arrière de l’arme, à la faveur de ses qualités d’équilibre et de manipulation. L’Ecossais David McKay Brown ou l’Américain Ruger sont les seuls à ma connaissance qui utilisent encore aujourd'hui ce système pour leurs juxtaposés. Si on ajoute le principe enregistré  par William Wem en 1888 - qui équipe une arme célèbre, le juxtaposé Purdey,  ainsi que celui de Boss & Co - breveté par William Adams et John Robertson en 1897, on peut dire que tous les systèmes d’éjection qui ont été déposés ultérieurement ne sont en fait que des variations basées sur ces modèles éprouvés. Par un processus qu’on peut qualifier de «sélection naturelle », à partir de 1900, un modèle ou plutôt un principe de système d’éjection est devenu universellement adopté par la plupart des constructeurs, tout simplement parce qu’il s’était révélé être le plus pratique et le plus fiable. Il s’agit de l’éjecteur basé sur le système bistable, dont le plus célèbre représentant est le modèle H&H (ou Southgate), devenu un standard à la fois sur les juxtaposés et certains superposés. Même son principal rival, l’éjecteur Deeley, est tombé en disgrâce, au point que Westley Richards, I sa maison mère, l’a abandonné au profit du Southgate. Le système Purdey, qui n’a pas de levier d’armement de type classique et où des ressorts latéraux sont ajoutés aux éjecteurs, est tout de même basé sur le principe bistable (Southgate).

 

Personne n'a fait mieux.

 

On trouve certes des variantes au système H&H dans des armes construites en Italie, en Espagne, en France, en Angleterre, un peu partout en fait, mais les différences principales résident dans la façon dont le principe bistable est mis en application, pas dans son fonctionnement même.

Comme le confirme le père des experts britanniques contemporains d’armes de chasse, sir Burrard, dans son Modem Shotgun, «de nombreux fabricants d’armes prétendent avoir des modèles d’éjecteurs de leur propre conception et se réfèrent généralement à eux comme leur spécial deux pièces  éjecteur, mais presque tous ces éjecteurs sont des modifications du Southgate. » Même à notre époque de technologie très avancée, de conception et d’usinage assistés par ordinateur, personne n’a fait mieux.

 

Les éjecteurs des superposés les plus populaires n’impliquent pas de nouveaux principes. Le Browning FN, par exemple, possède un éjecteur, comprenant un chien d’éjection 5S actionné par un ressort hélicoïdal et  commandé par une gâchette. Ressorts et chiens sont dans la longuesse,  et le principe de fonctionnement est un peu comme celui d’une arme juxtaposée. Le japonais Miroku utilise  une disposition similaire, mais avec un ressort en V au lieu d’un ressort à boudin. L’éjecteur Merkel n’est pas très différent et utilise un ressort à boudin. Les éjecteurs Beretta, Perazzi, Zoli, Renato Gamba et la plupart des systèmes italiens ont les ressorts logés sur la frette, derrière les tire-cartouches, et comprimés quand l’arme est fermée ; on parle d’éjecteurs à échappement. Les gâchettes dans la longuesse tiennent les extracteurs en place, elles sont déclenchées par des tiges qui traversent le corps de la bascule poussée vers l’avant une fois que l’arme a tiré. David McKay Brown utilise le même système pour son fabuleux superposé Round Body, H&H et Purdey aussi pour leurs sportings. Certaines armes italiennes, comme les Rizzini, ont leur mécanisme d’éjection intégré dans la frette des canons avec juste une came d’armement dans le devant. Le principe est toujours similaire, mais il existe de nombreuses variantes, qu’il faudrait plus d’un article pour citer toutes. L’éjecteur du célèbre superposé Boss, alimenté par un ressort hélicoïdal, est moins copié. Il est très délicat et susceptible d’être endommagé par le propriétaire si celui-ci fait tomber la longuesse par exemple. Seul, à ma connaissance, Peter Nelson, un armurier anglais réputé, reproduit le Boss à l’identique, y compris son système d’éjection. Le système du superposé Purdey-Woodward est plus fiable. Le mécanisme d’éjection est constitué d’un ressort hélicoïdal monté autour d’un poussoir, libéré par une gâchette à bascule. Le nouveau superposé Dickson est de type Southgate, avec le chien propulsé par un ressort en V. Celui de Watson Bros fonctionne également sur le système mécanique bistable. 

 

L’époque des grands fusils

 

Pour donner une idée de la virtuosité et de l’habileté des grands fusils de cet âge d’or de la battue britannique, citons d’abord l’exemple de celui qui fut probablement le meilleur fusil de sa génération, Lord Ripon. On raconte qu’il était un fusil d’une vitesse phénoménale, il ne ratait jamais, ses coups de fusil suscitaient les applaudissements d’un public venu spécialement admirer ses exploits, comme la fois où il tua six oiseaux à la suite et que le sixième fut touché avant que le premier ne soit tombé au sol. Lors d’une des chasses de Sandringham, il tua 28 oiseaux en une minute. Le jour de ses 70 ans, 50 perdrix avec 52 cartouches, puis plus tard 420 grouses. Au total, de 1867 à 1923, il tua 556813 gibiers. D’autres exemples ?  Sir Frederick Milbank, un tireur de grande classe qui réalisa, le 20 août 1872, une performance extraordinaire : sur le domaine de Wemmergill Moor, dans le Yorkshire, il abattit 728 oiseaux dont 190 grouses en 23 minutes. Seulement huit jours plus tard, Lord Walsingham, ami personnel du prince de Galles, tira 842 grouses sur son propre domaine. Un record qu’il améliora le 30 août 1888, avec 1070 grouses. Le maharaja Duleep-Singh entra dans l’histoire comme l’un des plus rapides coups de fusil que la Grande-Bretagne eut jamais compté. Personne ne pouvait tirer aussi rapidement que lui. En 1876, à Elveden, il inscrivit un record de 780 perdrix.

 

 

L’éjecteur Needham

 

Needham breveta son système d’éjecteurs sous le n l 205 en 1874. Les éjecteurs étaient une partie intégrante de toute la mécanique et non pas, comme la majorité de ceux qui suivirent, un ajout à une mécanique existante.

La conception de Needham semble avoir été en avance sur son époque et son importance échappa probablement à ses contemporains. Il illustre en cela un constat de Napoléon III : «Les Inventions qui sont en avance sur leur temps restent inutiles jusqu’à ce que la quantité des connaissances générales s’approche de leur niveau ». Le fusil Needham est l’une des étapes les plus importantes dans révolution de l’arme de chasse. En plus d'être pionnier des systèmes d’éjection, il était aussi le premier hammerless armé par les canons. Soit un an avant l’un des monuments de l’histoire de l’arme de chasse. l Anson & Deeley. Mais l’histoire n’a pas réservé à Needham et son invention tous les éloges qu’ils méritaient.

 

Djamel Talha

 

 


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07/09/2016
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Ce qu'est la chasse

La chasse - Tomes 1  - Ce qu'est la chasse -  Paul Vialar - (1898-1996).

 

 

 
Il y a quelque cinquante ans, je recevais, à Montainville, au cœur de la Beauce, mon premier permis de chasse des mains de l’adjoint au maire.
Celui-ci s’appelait Pohu — j’eus l’occasion, ce sont là choses qu’on n’oublie pas, de le tirer, deux ans plus tard, à moitié asphyxié, d’un feu de broussailles que nous combattions avec les gens du pays, — et je l’entends encore me dire, alors qu’il me remettait le précieux papier : « Un permis de chasse, ce n’est pas un certificat. D’abord, un fusil, cela tue; tu en sais quelque chose, toi qui sors de la guerre et qui l’as faite dans un groupe franc d’infanterie. Tenir un fusil entre ses mains est une chose grave. Prendre une vie, et la vie d’un animal aussi bien que toute autre, il faut avoir des raisons de le faire et, si on le fait, il faut que ce soit en respectant certaines règles. »
 
Fermier d’une de mes tantes, il me connaissait depuis mon enfance et, plus d’une fois, je l’avais suivi sur la plaine et dans la forêt. S’il me parlait ainsi, c’est qu’il connaissait mon ardeur et qu’il voulait, en cet instant solennel, la tempérer. Il continuait : « Ici, comme partout ailleurs, il y a deux sortes de porteurs de fusil :
les viandeurs et les chasseurs. Ceux qui tuent pour le gibier et ceux qui chassent. Les assassins et les autres. Les premiers, qui tirent un lièvre au gîte ou un oiseau posé, je ne les invite plus sur mes terres. Il y en a même, tout mes voisins qu’ils sont, à qui je n’adresse plus la parole. Chasser, c’est chercher le gibier qui sait si bien ruser et nous mystifier. C’est vouloir mettre dans son carnier un bon perdreau ou un beau lièvre — et non un pouillard ou un levraut — qui aura eu sa chance et se sera défendu en pleine possession de toutes ses forces et de toute sa subtilité, en animal libre. Sinon, il ne faut pas chasser. Il faut élever, pour s’en nourrir, ces animaux-là en poulailler ou en clapier. La chasse, c’est ça et c’est... — son regard se perdait devant lui et il ne trouvait pas bien ses mots — c’est...tout le reste. »
 
Pohu, me remettant ce jour-là mon premier permis de tuer, m’en expliquait, à sa manière, fort bien le sens. Déjà, l’ayant suivi depuis des années, je savais ce qu’était « tout le reste ». C’était ce qu’avait dit La Verdure. Les petits matins en bordure des bois, écoutant les rapprochers des courants, le doigt sur la détente, prêt à voir surgir et crocheter le « capucin ».
 
L’envol des perdrix qui ont laissé passer le chasseur et partent dans son dos pour se mettre hors de sa portée, trompant le chien et l’homme. La bécassine du marais feintant et disparaissant derrière les roseaux à la senteur sucrée. Le chamois de la montagne, ce diable, et le grand tétras qui ne se laisse approcher par l’homme qu’au moment des amours. La nature, surtout, animée de toute cette vie des bêtes et dont on surprend les secrets, qu’on découvre après des mois, des années d’expérience, dont on ne sait jamais tout et qui s’ouvre peu à peu à vous comme un grand  livre d’aventures et de poésie : ce cadre admirable qui ne peut pas — sauf pour une âme basse — être celui d’un meurtre et dans lequel on apprend justement à respecter la vie. Je pris, ce jour-là, mon premier permis des mains de Pohu et, par la suite, bien souvent, alors que j’allais peut-être, emporté par ma fougue et faisant retour à l’instinct primitif, me laisser aller à commettre une action sans noblesse, il m’est arrivé de me demander : « Que ferait Pohu ? » et de détourner mon fusil.
 
Car la chasse, n’en déplaise aux âmes sensibles, est un sport noble. Le bétail des abattoirs, le poulet de la fermière — pour ne pas parler des abominables poulets aux hormones qu’on fait naître et mourir pour les passer ensuite par milliers à travers les étuves qui ne laisseront plus d’eux qu’une chair molle, — ce sont des nourritures achetées chez le boucher ou le volailleur, mais non pas conquises. Des bêtes que nous mangerons car, pour survivre, les premiers des hommes ont dû — et ce fut le départ d’une chevauchée fantastique que je vais conter — appliquer cette première loi du « Dévorez-vous les uns les autres » avant qu’une morale plus haute en ait fait — et combien relativement! — « Aimez-vous les uns les autres ». Tirer « au vol » un chevreuil qui saute une allée, toucher en plein ciel l’oiseau qui, pareil à un éclair, jaillit entre deux cimes d’arbres, c’est donner à ces bêtes une mort digne d’elles et de celui qui les atteint. C’est cela la chasse.
 
L’intelligence est une chose. Les cinq sens en sont une autre. Les bêtes possèdent ceux-ci depuis qu’elles existent et ils leur tiennent lieu de celle-là. Pour lutter à armes égales avec elles — et souvent on ne peut le faire sans s’aider du chien — il faut réunir les cinq sens en un sixième qui les contienne tous : le sens de la chasse. C’est l’intelligence jointe à ce faisceau de sens qui a amené l’homme lentement, inéluctablement, à se dépasser lui-même et, ce faisant, à dépasser les animaux.
 
Il s’arma donc. Mais la bête, elle, pour se défendre contre lui, développa encore sa subtilité. Et le tournoi continua, à travers le temps et l’espace, où chacun tentait d’être le meilleur, où s’éveillait chez l’homme,
au fur et à mesure que la civilisation repoussait l’instinct primitif, un désir d’honnêteté, un esprit sportif qui ne lui seraient pas venus s’il avait été seulement le plus fort.
C’est pourquoi la chasse est un sport, et un sport noble. Elle ne peut être un sport que si elle conserve cette noblesse et, à travers le temps, les vrais chasseurs ne s’y sont pas trompés. C’est le sens même de la chasse.
 
Et c’est ce que, dans sa simplicité, voulait me dire Pohu. Chasser, c’est avant tout ne pas être honteux de ce que l’on fait. C’est s’en reconnaître le droit et, de ce fait, pouvoir en goûter toutes les joies, c’est le bonheur d’apprendre la nature et la vie et, en même temps, de se sentir en règle avec soi-même. C’est respecter un code de l’honneur qui, certes, n’est pas écrit, mais qui doit exister dans l’esprit de tous ceux qui comprennent quelle part de responsabilité ils assument en prenant un fusil entre leurs mains, un fusil qu’ils arrivent même, maintenant, à remplacer par une caméra.
 
C'est cela la chasse qui, comme toute action, ne peut s'exercer qu'avec un coeur pur. Et c'est alors, et alors seulement, que sa beauté et sa grandeur apparaissent et s'imposent, qu'elle cesse d’être  un acte de mort pour devenir un acte de vie. Oui, c'est cela la chasse, qui nous a tant donné, que nous aimions pour ces raisons de toutes nos forces et de toute notre âme, et dans laquelle nous aurions été un peu plus pauvres et un peu moins hommes.
 
 
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16/07/2016
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Notre Dame des Bois

 

 

«J’aurais aimé être celui qui, le premier, lui donna celui-ci [ce surnom-ci] : Notre Dame des Bois ! Car il exprime bien le respect et la vénération que lui voue le chasseur. J’entends celui qu’elle a conquis, dont elle a fait son amant, son esclave. »

(J. CASTAING, Sens de la  chasse, 1954, dans l'Anthologie de la bécasse, 1986, p. 29.

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10/07/2016
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Army & Navy

 Peu de gens connaissent l’histoire d’Army & Navy, y compris en Angleterre. Certains n’y portent aucun intérêt par snobisme, parce que cette «coopérative» a été créée pour équiper à moindres coûts les officiers de l’armée britannique. Le jour venu, ceux-là passeront à côté d’un des trésors que recèle cette production.

 

 

Je me souviens comme si c’était hier de la première fois où j’ai entendu le nom Army & Navy. C’était à la veille de l’ouverture de la chasse de l’année 2000. J’étais entré dans une armurerie parisienne dans le but d’acheter des munitions.  En attendant mon tour, mes yeux se sont posés sur les fusils accrochés au râtelier. Entouré d’une variété de fusils semi-automatiques et de superposés, un joli juxtaposé sortait du lot, comme une rose au milieu d’herbes folles.

« Un fusil anglais ?» demandais-je à l'armurier. « En effet, me répondit-il, un Army & Navy. » «Un Army et quoi ?» m’entendis-je répliquer...

 

Tout d’un grand, mais inconnu   

 

 

Je demandais à prendre  le fusil en main pour l’examiner de près.

Il resemblait beaucoup à ce que l’on imagine être un fusil fin londonien. Un calibre 12, à platine arrière, identifiable à l’absence d’axe à l’avant du corps de platine, décoré d’une gravure anglaise alliant sobriété et élégance. «Army & Navy SCL» était inscrit en petits caractères sur la partie fine de la platine. Le jaspage de la bascule avait presque disparu, mais le peu qui en restait donnait aux platines un aspect agréable. Les canons au bronzage impeccable et une crosse anglaise, avec goutte d’eau en noyer encore aussi éblouissante qu’un coucher de soleil, complétaient l’ensemble. L’arme était à double détente dont la première articulée. Son état mécanique ? Excellent, selon notre armurier.

 

Même si je savais depuis déjà bien longtemps que nul ne peut espérer ni prétendre tout savoir, ce jour-là, ce fut malgré tout un choc que d’apprendre qu’il existait un armurier anglais de premier rang dont je n’avais jamais entendu parler. A plus forte raison un armurier dont l’histoire était riche et vieille de plus d’un siècle.

 

D’abord le vin, les armes suivront

 

Army & Navy voit le jour lorsqu’un groupe d’officiers de l’armée et de la marine britanniques décident de créer une coopérative qui leur permettrait d’acheter du vin en gros aux meilleurs prix possibles. Nous sommes le 15 septembre 1871. In vino veritas ! Pourquoi ne pas appliquer cette logique à d’autres produits, se disent bientôt nos entrepreneurs. Et de proposer aux membres de la «coop» pléthore de comestibles et objets de toutes sortes (épices, tabac, parfums, vêtements, bottes, meubles, clubs de golf, montres. .. ), presque au prix de revient. Les bénéfices allant augmentant, un club de gentlemen, un restaurant, une salle de lecture, une agence de voyages et toute une gamme d’autres services sont bientôt proposés. L’adhésion est élargie aux diplomates et fonctionnaires des services déférents du royaume, avant de s’étendre à une clientèle encore plus grande dans les années 1920. La coopérative ouvre son premier magasin au 105 Victoria Street à Londres en février 1872. En 1875, une agence est implantée à Paris et en 1877 à Leipzig en Allemagne. En 1882 vient le tour de New York et à partir de 1891 la coopérative ajoute des succursales dans les plus grandes villes de l’Inde. Le département des armes à feu est quant à lui créé à la fin de l'année 1873. Il ne s’agit pas de fabriquer

des armes, le but est de fournir aux jeunes officiers en partance à l’étranger ou aux colonies des fusils de qualité à des prix que ces jeunes gens, qui généralement n’appartiennent pas aux classes aisées, peuvent se permettre. Comment? En soustraitant la totalité de la production à différents fabricants de Birmingham et de Londres.

Les deux guerres mondiales portent un coup presque fatal à l’économie britannique, mais A&N s’en tire bien par rapport à d’autres vendeurs et fabricants d’armes. La coopérative poursuit ses activités jusqu’à son rachat par House of Fraser, en 1975.
Bien des utilisateurs peuvent rechercher une arme à la fois fiable et peu coûteuse, mais cette double exigence devient cruciale pour un jeune officier doté de peu de moyens mais s’apprêtant à embarquer pour des contrées où la chaleur et l’humidité vont soumettre son fusil aux pires conditions qui soient. Aussi A&N impose-t-elle à ses sous-traitants un cahier des charges très strict afin de s’assurer que chaque fusil portant son nom soit de qualité supérieure et en mesure de résister à ce traitement. Après tout, la vie d’un agent pouvait en dépendre.

 

C’est ainsi que les armes A&N réalisées à Birmingham l’ont été par quelques-uns des meilleurs armuriers de la ville : Westley Richards, Greener, Webley ou, après 1897, Webley & Scott, J&W Tolley, Charles Osborne, Isaac Hollis, Samuel Allport, Birmingham Small Arms et d’autres.

 

Illustres et génériques!

 

Mais, de toutes ces provenances, la plus fréquemment rencontrée est Webley & Scott, fabricant à qui les grands noms de l’arme fine confiaient leur production - Holland & Holland, Puidey, Rigby, William Evans, Cogswell & Harrison, James Woodward. Pour A&N, Webley & Scott a notamment fabriqué les modèles à batterie A&W. pour Anson & Webley, et ceux à platines W&R, pour Webley & Rogers. Des armes encore reconnues aujourd’hui pour leur qualité et leur robustesse exceptionnelles. Si vous êtes à la recherche d’un fusil ou d’une carabine double anglais à batterie ou à platines, n’hésitez pas, vous ferez une bonne affaire avec ces modèles d’autant que la valeur de la marque sur le marché est actuellement assez faible. Ils sont identifiables par la présence d’un troisième verrou, le screw grip, breveté en 1882 par Thomas W. Webley et Thomas Brain, à propos duquel Ferdinand Courally écrit, dans ses Armes de chasse et leur tir, « qu ’il assure une résistance tout à fait spéciale que les plus fortes pressions ne peuvent ébranler [...], c ’est simple et indéréglable ». Ces A&N sont, et c’est très rare, notamment pour les fusils à batterie, équipés d’une gâchette de sécurité conçue par Rogers & Rogers. Pour retrouver ces deux caractéristiques, il faut se tourner vers les grands armuriers britanniques tels Westley Richards, Holland & Holland ou William Evans, et payer le double, voire davantage. L’arme est la même, seule la signature change. Si vous recherchez une arme de type Paradox - une arme lisse dont les canons sont rayés sur leurs derniers centimètres -, comme en ont signé Holland & Holland (modèle Paradox) ou Westley Richards (modèle Explora), là encore, vous pouvez trouver leur « générique » chez A&N, sous le nom de Jungle Gun, pour trois fois moins cher. Les Jungle Gun ont été réalisés avec le plus haut degré de savoir-faire chez Charles Osbome, grande maison fondée en 1838 à Birmingham et disparue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le fabricant a produit des armes pour Purdey, Rigby et Pape, entre autres. Le célèbre Wrist Breaker (« briseur de poignet ») à self opening de Charles Lancaster et breveté par Beesley en 1884 sort de ces mêmes ateliers.

 

Du côté de Londres, si les Purdey, Holland & Holland, Boss et Woodward n’ont jamais produit d’armes pour la coopérative, quelques autres l’ont fait, qui se comptent sur les doigts d’une main : Joseph Lang, Rigby, John Wilkes également, avec des platines et des Anson lisses et rayés. Si vous tombez sur l’une de ces merveilles, vous êtes selon moi devant l’affaire du siècle ! Nous parlons ici de carabines doubles chambrées pour le mythique .600 Nitro Express fabriquées par John Wilkes... 

Le .600 Nitro Express, introduit par Jeffery avant 1901, était la plus puissante cartouche d’éléphant jusqu’à ce qu’elle soit éclipsée par la .700 Nitro Express introduite par Holland & Holland en 1987. «L'énergie de choc du calibre .600 est formidable, écrit Courally.  Cette carabine culbutait l'éléphant et asseyait le tireur. » Du fait qu’il s’agit d’un calibre spécial, on sait que peu d’armes ont été fabriquées dans ce chargement, et celles qui l’ont été n’ont pas beaucoup tiré. On sait également qu’après Jeffrey, John Wilkes a fait plus de fusils de ce calibre que quiconque, et, comme l’écrit Richard Akchurst, un expert anglais des armes de chasse britanniques, « vous ne pouvez guère faire mieux qu'un Wilkes». Alors, puisque certaines de ces raretés portent le nom A&N, si vous tombez sur l’une d’elles, ne la manquez sous aucun prétexte !

 

 

Chevaux de trait contre pur-sang

 

Tous les .600 de la coopérative n’ont toutefois pas été faits par Wilkes, certains sont issus des ateliers Webley & Scott, et possèdent également ce qu’un amateur d’armes fines est en droit d’attendre, avec en signe de reconnaissance la présence du screw grip, comme je l’ai déjà mentionné plus haut. Au moment où j’écris ces lignes, un bel exemple est en vente sur le site de l’Américain Lewis Drake (www.drake.net).

 

Une autre piste est celle de l’armurier londonien Charles Lancaster. Eh oui, le célèbre créateur du Twelve Twenty a lui aussi fourni des armes à la coopérative, souvent discrètement marquées «CsL», quelque part sur la table de la bascule. Trouver l’une de ces pièces est une grande chance pour l’amateur de fusils fins, d’autant que les prix sont raisonnables du fait que beaucoup de gens ignorent tout de cette illustre naissance.

« Pour connaître l'origine et la qualité d’un vin, il n ’est pas nécessaire de boire le tonneau entier», disait Oscar Wilde. Mais tout de même... Depuis ma première rencontre avec le nom Army & Navy, il y a déjà quinze ans, il m’a été  donné à plusieurs reprises de voir d’autres fusils sur lesquels cette marque était apposée. Certes, ce sont en général des armes moins richement décorées, voire sans aucune fioriture, mais il ne fait nul doute que c’est leur qualité invisible qui fut la grande priorité. Ces armes ont été construites pour une clientèle exigeante qui connaissait ses «outils» et attendait d’eux un service irréprochable. La majorité des coûts de production de ces fusils fut investie là où cela compte vraiment. Pour cette raison, beaucoup de ces «chevaux de trait», si on peut les appeler ainsi, par contraste avec les «pursang» que sont les Holland & Holland, Boss ou Purdey, ont survécu, même après avoir travaillé quotidiennement et pendant plus d’un siècle parfois, au fin fond de lointains territoires, en inde et en Afrique, sous d’impitoyables conditions climatiques et bien souvent sans croiser un seul armurier de toute cette longue et dense vie de labeur.

Les fusils A&N apparaissent régulièrement sur le marché de l’occasion, sur Internet ou dans les râteliers de quelque armurier, collectant la poussière mais rarement un second coup d’œil, si ce n’est un premier. Pourtant, un amateur de fusils anglais serait bien inspiré d’accorder davantage de considération à ces productions qui représentent un rapport qualité-prix extraordinaire. De surcroît, dans quelques cas et avec de la chance, on peut tomber sur une bonne surprise, une grande signature cachée derrière le nom A&N.

 

Alors que cet article touche à sa fin, je devine votre impatience à savoir comment se termina ma visite chez l’armurier parisien, ce fameux jour où j’examinais pour la première fois un fusil A&N. L’arme était proposée à un peu plus de 2000 €. C’était une excellente affaire, et je regrette amèrement de ne pas en avoir été l’heureux bénéficiaire. J’aurais dû franchir le pas ! ■ Djamel Talha

 

La côte des armes A&N dans le marché de l’occasion:

 

Fusil à batterie non-éjecteurs 900 € à 2700 €
Fusil à batterie éjecteurs 1400 € à 4600 €
Fusil à platine non éjecteurs 1800 € à 6500 €
Fusil à platine éjecteurs 2700 € à $ 13 300 €
Fusil à chiens (hammergun) 900 € à 2700 €

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07/07/2016
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