Réflexions sur la chasse et ses armes

Réflexions sur  la chasse et ses armes

Bar-in-wood.

 

Quand le bois l’emporte sur l’acier

 

 

 

Derrière cet anglicisme se cachent sans doute les plus beaux fusils de chasse qui soient. Des armes méconnues et assez rares, du moins lorsqu’elles sont dépourvues de chiens extérieurs, et dont la bascule est quasi noyée dans la crosse de noyer. Attention chefs-d’œuvre au charme ravageur !

 

Je me rappelle avec une précision incroyable la sensation que j’ai éprouvée quand j’ai pris en main pour la première fois un bar-in-wood. C’était au salon de la chasse de Rambouillet de 1999. « Il y a un fusil que tu dois absolument voir ! » s’exclama un ami qui m’accompagnait ce jour-là et alors qu’il venait de faire un tour des stands de son côté. Le fusil en question était un James MacNaughton de calibre 20, avec des canons de 76 cm, gravé de feuilles de vigne si détaillées qu’elles semblaient flotter au-dessus de l’acier. Le bois de la crosse enveloppait presque la totalité de la bascule. L’arme avait une grâce, une finesse et une élégance que je n’avais jamais vues auparavant. J’avais pourtant manipulé beaucoup d’armes fines avant et j’en ai manipulé beaucoup depuis, mais, excepté un superposé Boss, absolument aucune ne se rapproche de ce MacNaughton. Il montait à l’épaule comme un nuage. Ni mon ami ni moi n’avions les 28 000 euros requis pour l’acquérir. Le fusil resta donc là où il était. Mais, à ce jour, mes exigences en matière d’armes de chasse montèrent d’un ou deux crans et les bar-in-wood sont devenus objet de ma convoitise. Mais cette sorte de convoitise doit être un péché véniel et non mortel, sinon je serais mort et brûlé depuis longtemps.

 

Qu’est-ce qu’un bar-in-wood?

 

Dans la terminologie anglaise, bar désigne le plat de la bascule (également appelé tuile, planche ou table) qui s’étend vers l’avant depuis les tonnerres et la tranche de culasse et supporte l’axe de la charnière. Sur les juxtaposés modernes, cette partie est généralement usinée pour recevoir les leviers d’armement et les principaux axes de verrouillage. Un bar-in-wood, parfois baptisé chez nous « bascule squelette », est donc une arme dont le corps de la bascule et parfois aussi la charnière et sa goupille sont enfermés dans le prolongement avant de la crosse, engloutis par le bois. La fabrication des bar-in-wood  remonte au milieu du XIXe siècle, époque où la technologie du fusil de chasse chargé par la culasse en était encore à ses balbutiements. Bon nombre de gens alors, attachés à l’élégance sobre des fusils chargés par la bouche, ne goûtaient guère les lignes de ces nouvelles armes, même s’ils en reconnaissaient les avantages, et on peut difficilement leur donner tort si l’on considère la forme trapue et angulaire de nombreux fusils de chasse. Voilà qui explique le succès que recueillit le bar-in-wood à sa naissance puisqu’il conjuguait le minimalisme simple et épuré du chargement par la bouche et les avantages pratiques du chargement par la culasse. Du fait que la base de la bascule soir recouverte, le flux de la ligne de l’arme est préservé, aucune ligne verticale, à la jonction de la crosse et de la bascule, ne vient l’interrompre.  La demande pour ce nouveau fusil ne se fit pas attendre et beaucoup de grands noms de l’armurerie fine commencèrent à se lancer dans sa production. Purdey ou Westley Richards furent parmi les premiers, si bien qu’on leur attribue souvent l’invention du concept. Il n’en est rien, c’est en réalité à Charles Moore qu’en revient le mérite.

 

L’invention de Charles Moore

 

Charles Moore est un armurier très réputé et contemporain des frères Manton. Il est d’abord enregistré en tant qu’armurier au 2 Regent Circus (plus tard rebaptisé Piccadilly Circus), en 1821. Il déménage au 34 Regent Street en 1823, puis au 77 rue St James en 1825. En 1835, il ouvre un magasin en France, place Vendôme à Paris, adresse qu’il quitte en 1839 pour installer sa boutique au 25 de la rue Tronchet, boutique qu’il fermera en 1845. En 1827, Moore prend comme apprenti un certain James Woodward. C’est le début d’une collaboration exceptionnelle, qui aboutira, en 1843, à l’association des deux hommes, désormais à la tête de la firme Moore & Woodward. Moore prend sa retraite peu de temps après et s’éteint en 1848. C’est un peu plus tôt, en même temps qu’il s’associait avec Woodward, qu’il a mis au point la bascule bar-in-wood. Les fusils conçus autour de cette bascule portent l’inscription «Charles Moore Patent», mais aucun brevet ne semble avoir été enregistré. Peut-être une demande de brevet provisoire a-t-elle été déposée sans être suivie d’une demande définitive et d’un accord de brevet. Cette situation va permettre aux bar-in-wood de se répandre dans le paysage armurier, avec une certaine discrétion toutefois. Car leur fabrication est complexe et coûteuse et elle se répercute forcément sur le prix de vente. Aujourd’hui, seuls quelques armuriers  produisent sur mesure des bar-in-wood, qui constituent par conséquent des objets de collection très prisés par les amateurs d’armes fines.

 

Les conceptions Powell et Purdey

 

Le bar-in-wood peut se présenter sous quatre formes : fusil à chiens, hammerless à platines, « body-locks » et Round Action à batterie intégrée à la sous-garde. Dans la catégorie des fusils à chiens, on trouve le modèle de William Powell, du type lift-uptop- lever snap action qui fit longtemps la renommée de l’entreprise. Il s’agit donc d’un snap-action à platines et à chiens extérieurs, breveté par William Powell fils le 7 mai 1864 (brevet n° 1 163). L’arme est très caractéristique, avec sa clé supérieure en forme de vague déferlante qu’il faut lever pour déverrouiller la bascule et ses coquilles. C’est là un vestige stylistique de l’ère de la percussion à broche, qui évoque une empreinte de pouce que quel qu’un aurait imprimée sur le métal encore en fusion. Au dire de la firme, deux mille exemplaires furent fabriqués, un chiffre assez important mais invérifiable. «Le taux de survie très élevé de ces armes est un témoignage de  l’élégante simplicité et de la robustesse de leur conception. Certains amateurs se demandent encore pourquoi le lift-up n’a jamais été remplacé par le système à clé supérieure classique ou top-lever», peut-on lire sur le site de William Powell. Aux yeux de beaucoup cependant, les barin- wood à chiens extérieurs les plus élégants sont ceux de James Purdey. Leurs chiens petits et minces, à la courbure parfaite, le corps de platine arrondi à l’avant, le levier de pontet à trou de pouce et la gravure bouquets de roses et volutes florales, sans doute exécutée par l’inventeur de ce style de gravure, James Lucas en personne, font d’eux l’incarnation même de l’élégance. Ils sont aujourd’hui très recherchés par les collectionneurs. Les bar-in-wood hammerless à platines sont beaucoup plus rares. Selon le spécialiste anglais Donald Dallas, il existe une certaine incompatibilité entre les bascules hammerless et la conception bar-in-wood. En effet, lorsque les chiens se sont déplacés de l’extérieur vers l’intérieur de la bas cule, la table de la bascule de presque toutes les armes a entièrement été construite en acier dans le but d’obtenir une bascule assez forte pour supporter la nouvelle et puissante poudre sans fumée. Ajoutez la fabrication complexe du bar-in-wood, le prix élevé et la demande réduite qui en résultent, forcément, peu de modèles de ce type ont été réalisés. Aujourd’hui, à ma connaissance, il n’est guère que deux armuriers qui les produisent encore, l’Autrichien Philipp Ollendorff et le Français Tony Gicquel.

 

Les bar-in-wood de type « bodylock » nous font encore gravir un échelon sur l’échelle de la rareté. L’appellation body-lock provient d’un nom quelque peu fantaisiste donné par Richard Hill et John Vaughan Smith, deux armuriers de Birmingham, à leur fusil trigger plate, breveté en 1906 (brevet n°28188). La conception ne diffère pas de manière significative des conceptions modernes italiennes ou des Round Action écossais. La bascule doit sa force au fait que le mécanisme est monté sur la sous-garde. Le dispositif de mise à feu est logé dans la tête de la crosse plutôt que dans le corps de la bascule. Cela assure la solidité de la bar (ou table), puis - qu’elle n’accueille que les crochets et les verrous ; une grande force in - trinsèque en résulte. Une carabine double calibre .450/.400 NE basée sur ce principe, signée de l’armurier londonien Watson Bros, a été vendue aux enchères chez Holt’s en décembre 2011. Mark Crudgington, propriétaire de la maison bien connue George Gibbs Ltd, m’a dit avoir vu passer dans son magasin seulement deux fusils de ce type dans toute sa carrière. L’un provenait de chez Thomas Bland, un armurier de Birmingham, l’autre portait un nom plus confidentiel, Scotcher de Burt St Edmunds. « Dans les deux cas, leur conception alliait beauté et solidité », se souvient Mark Crudgington. Le système trigger plate ou sous-garde semble mieux se prêter au barin- wood, ce qui explique que les modèles de ce type, contrairement aux hammerless à platines, n’ont jamais cessé d’être produits. La notion de montage du mécanisme sur la sous-garde est née plus ou moins simultanément en Allemagne et en Grande- Bretagne dans les années 1860. En 1879, James MacNaughton a conçu un hammerless dans lequel tout le système de mise à feu était monté sur la sous-garde, ce qui ne diffère guère du dispositif que George Gibbs et Thomas Pitt avaient breveté conjointement plusieurs années avant, et encore moins du fusil d’Edwinson Green produit en 1866. Mais Mac- Naughton a doté sa mécanique de ressorts unilames.

 

Du Round Action au système Blitz

 

 Les fabricants allemands eux aussi ont été séduits par le concept de batterie installée sur la sous-garde, qu’ils ont appelée « système Blitz ». Aucun d’entre eux cependant n’est arrivé à égaler les créations des Ecossais Dickson et MacNaughton. «Etant donné que le mécanisme sur la sous-garde est central, compact et indépendant, le corps de la bascule pouvait être bien arrondi pour réduire le poids sans compromettre la solidité. En outre, cela a donné à l’arme une balance superbe », écrivait Donald Dallas au sujet du Dickson. Le constat s’applique tout aussi parfaitement au MacNaughton. Ces deux bar-in-wood sont, aux yeux de nombreux amateurs, les plus beaux fusils jamais réalisés. Il est vrai aussi que peu de fabricants se sont lancés dans la conception d’une mécanique à ressort unilame, fine, élégante mais ô combien exigeante sur le plan technique. Les MacNaughton et Dickson sont en quelque sorte les stars des bar-in-wood. Certains préfèrent la version de Dickson, d’autres, dont je fais partie, celle de MacNaughton. Il allie des prouesses mécaniques hors normes et un design envoûtant, d’un attrait presque sensuel. Des personnes qui ont eu le rare privilège de l’essayer m’ont dit qu’il tire tout aussi merveilleusement que ce que son apparence laisse présager. Depuis leur création, ces deux concepts sont devenus, comme l’a souligné Nigel Brown, « quasiment la propriété privée des armuriers écossais ». Jusqu’à récemment du moins. Les hommes qui ont ressuscité la marque londonienne Joseph Manton ont en effet fait naître « The Signature », une copie conforme du bar-in-wood MacNaughton.  « Durant vingt ans, Dick Castleton, le chef d’atelier de Joseph Manton, a produit un certain nombre de fusils de chasse bar-in-wood, précise Ian Spencer, directeur actuel de l’enseigne. Le Signature est le fruit de toute cette expérience. Le but de Dick est de produire un fusil de chasse fiable, durable, mais vraiment exquis. Celui qui remplit ses fonctions ma - gnifiquement à tous les niveaux – l’équilibre, la manipulation, la précision, l’esthétique et, peut-être le plus important de tout, la fierté de son propriétaire. » Quelle que soit celle des quatre familles de bar-in-wood à laquelle ils appartiennent, la beauté de ces fusils ne souffre aucune discussion. L’homme de goût qui en a les moyens retrouvera en eux les va - leurs de la pure tradition armurière. Il peut y succomber sans une seconde d’hésitation.

 

Sachez toutefois que si les modèles écossais dont nous venons de parler sont définitivement coûteux, les autres peuvent parfois être proposés à la vente d’occasion à des prix inférieurs à celui d’un superposé italien neuf d’entrée de gamme. Mais attention, ces merveilles ne sont pas tout à fait exemptes de défauts. Comparée à une bascule standard, celle d’un bar-in-wood est assez mince. Cela signifie qu’il y a moins de métal pour supporter les torsions et les flexions qui se produisent à chaque tir. Vous devrez tirer des cartouches plus légères. « La partie en bois couvrant la bascule est de seulement 3,18 mm d’épaisseur. Ces fusils se fissurent très souvent au niveau de cette zone, c’est leur problème », avertit Donald Dallas. Leur mise en bois est très difficile, c’est pourquoi si peu de modèles sont encore fabriqués. Remettre à neuf un bar-in-wood est plus cher et plus difficile que pour un fusil classique.

 

 Rares, beaux… et chers

 

Peu de monteurs à bois en ont aujourd’hui une réelle expérience, obtenir un travail correct et des formes aussi élégantes que l’original n’est pas chose facile. « En raison de l’âge de la plupart de ces fusils, un certain nombre a subi des dommages et des réparations au cours de leur vie, constate Diggory Hadoke, l’un des meilleurs connaisseurs des armes fines actuels. Toutefois, si vous rencontrez un modèle en très bon état, il se révélera robuste et agréable. Un de mes clients a utilisé à la chasse un Purdey barin- wood de 1874 pendant une décennie, sans le moindre souci. Cyril Adams, l’auteur américain bien connu des amateurs d’armes fines, a également employé très longtemps, en battue au faisan au Royaume-Uni, une arme désormais en ma possession, un Reilly bar-inwood de calibre 12. » Rareté oblige, les bar-in-wood les plus beaux sont connus et suivis par les amateurs et les chances d’acquérir l’un d’entre eux sont relativement minces. Alors, si vous en croisez un à un prix acceptable, ne réfléchissez pas trop longtemps ! 

 

 Les plus courants

Les bar-in-wood à chiens extérieurs sont probablement les plus rencontrés. Dans chaque vente aux enchères, vous en trouvez un, parfois deux, portant souvent des noms aussi prestigieux que William Powell, Westley Richards, Thomas Horsley ou Purdey. En France, on en trouve aussi sous la signature Fauré Lepage. On ignore si le célèbre armurier parisien les fabriquait ou les faisait réaliser hors de ses murs. Enfin, il existe une catégorie de bar-in-wood typiquement française à laquelle on ne pense pas toujours, celle des fusils droits. Les Régis Darne ou Francisque, Charlin, Halifax sont des bar-in-wood, d’un genre un peu particulier certes, mais des bar-in-wood tout de même. Armes de légende Le bar-in-wood MacNaughton était aussi un Round Action, la rencontre de toutes les qualités. Très rare et beau, un bar-in-wood Dickson à bascule arrondie lui aussi.

 

Westley Richards et Thomas Horsley

 

 Westley Richards fut l’un des tout premiers à faire des bar-inwood. Son fusil breveté en 1858, qui était la première tentative anglaise de l’amélioration de la célèbre conception française Lefaucheux, était déjà un bar-in-wood. Les bar-inwood hammergun Westley Richards apparaissent régulière - ment sur le marché de l’occasion. Ils se caractérisent par leur large clé d’ouverture, le verrou supérieur tête de poupée (doll’s head). Sur certains modèles, le bois du devant couvre entièrement son fer, ce qu’on appelle la charnière crabe (crab joint), donnant à la face inférieure de l’arme l’apparence d’être entièrement construite en noyer. Le prolifique Thomas Horsley semble également avoir produit, sous son nom et celui d’autres fabricants, un certain nombre de bar-in-wood. Il s’agit d’armes de haute qualité intégrant en général les deux brevets phares de la firme : la clé supérieure que le tireur tire vers l’arrière pour ouvrir la bascule (brevet n°2410 de 1863) et les percuteurs rétractables (brevet n°138 de 1867). Horsley est parfois surnommé « The Purdey of York », si vous avez la chance de prendre en main l’une de ces réalisations, vous comprendrez d’emblée pourquoi.

 

MacNaughton et Dickson

 

Comme les fusils de Gibbs & Pitt, le MacNaughton comportait un long levier supérieur qui servait à la fois à commander le système de verrouillage et à armer les chiens. Sur les MacNaughton 1879, le fameux modèle Edimbourg (The Edinburgh), la clé était large et ajourée pour que l’on puisse voir au travers d’un hublot de mica à monture d’argent les chiens dorés s’armer. Entre 1880 et 1887, John Dickson déposa une série de brevets pour un fusil étrangement similaire sur le plan mécanique, avec l’avantage qu’il s’arme à l’ouverture de la bascule. MacNaughton suivra plus tard en abandonnant la longue clé ajourée et le hublot. Djamel Talha

 

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05/06/2018
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Je m’en souviendrai

 

 

 

Je n'ai jamais écrit de poème dans ma vie. Mais si jamais je le fais, il s'agira de gambra. J'ai une relation très particulière avec ce magnifique  gallinacé. Il est pour ainsi dire inscrit dans mon ADN. En  dehors des pigeons et des étourneaux, mon père aimait beaucoup   tout ce qui a des plumes et des ailes.   Il m'a transmis la même affection, à la fois pour les oiseaux en général et pour celui qui a toujours été son favori. Si je m'intéresse plus à la bécasse ces derniers temps, c'est seulement parce que c’est un oiseau que j’ai récemment découvert  et parce que son étrangeté et son mystère titille mon imagination comme aucun autre. Mais aucun volatil ne touche mon cœur  comme le fait  l’alectoris barbara.  Ce fut un coup de foudre, et au cours de cette quarantaine d'années, depuis  la toute  première fois que je l’ai  vue dans les mains de mon  père  rentrant de la chasse, le sentiment n'a pas changé, si ce n’est pour se renforcer. Elle et la chasse sont synonymes dans mon esprit, entrelacées inextricablement avec des images de mon père, sa vieille cartouchière de cuir, son intrépide chienne Nina, son infaillible Verney-Carron et son dévouement total à poursuivre une livre et demie d'énergie cosmique pure habillée en plumes. Malheureusement, depuis mon installation en France dans les années 2000, je n’ai pu être en contact avec elle que très rarement lorsque je me rendais en vacances en Algérie. Alors vous comprenez, lorsque ce jour de mercredi 1er du mois de novembre, mon ami Habib m’invita à chasser « l’oiseau de ma vie » et de surcroît à proximité de mon village natal, Aoubellil, il ne me vint pas à l’esprit une fraction de seconde de refuser.

 

Habib  est un gentleman de la ville d’Oran qui est devenu un bon ami ces deux dernières années grâce à une passion que nous partageons, celle des fusils fins. Toujours vêtu impeccablement à la ville ou à la chasse, portant des lunettes, souriant et  la voix douce, Habib pourrait facilement passer pour instituteur. Il me fait penser à l’acteur Philippe Caubère qui a joué le rôle  de Joseph, le père de Marcel Pagnol, dans « La Gloire de mon père » et « Le Château de ma mère ».    La veille, il m’appelle vers 18h40 ; j’étais à Ain-témouchent, il me restait deux jours de vacances à passer en Algérie avant le retour en France. Il me dit : « Les copains  aimeraient faire une partie de chasse avec toi, es-tu partant ? »   ̶ « Partant ? Et comment ! »  ̶ « Malheureusement, a-t-il ajouté, contrairement à l’année dernière, nous n’avons pas de fusil libre pour t’en prêter un. »  Je lui ai expliqué que pour moi, avec des bon amis, des bons compagnons de chasse, faire ou regarder faire à la même valeur  ̶ et il n’en va pas ainsi pour beaucoup d’autres choses dans ce monde.

 

Sur un mercredi ensoleillé et doux, j’ai quitté Ain Temouchent à 7 heures du matin ; j’ai pris la nationale 96, une route que  je connais bien, d’abord vers Aoubellil pour récupérer mon père qui tenait absolument à  m’accompagner, puis vers le village voisin, Aghlal , où se situe le lieu  de rendez-vous qui n'est autre que le domicile de Boudia ,un gendarme à la retraite que mon père connaît bien.  Habib et ses amis étaient déjà sur place. Je les ai comptés, ils étaient quatorze dont certains que je connaissais déjà pour avoir chassé avec eux l’année précédente, et d’autres dont j’allais bientôt faire la connaissance. À la descente de voiture, nous fûmes aussitôt accueillis par Omar. C’est avec le fusil que m’a prêté  ce dernier que j’ai pu chasser l’année dernière. C’est un  homme affable, ouvert et disert, aux manières fringantes et franches et dont le look semble un peu déplacé dans le fin fond de la campagne de l’ouest algérien.   

 

Une fois les présentations faites, chacun de nous a regagné une voiture et, tel un cortège de mariage, nous quittâmes  le village. Après quelques kilomètres, le bitume laissait  place à un chemin de terre poussiéreux. Nous passâmes par une vieille ferme située sur une légère éminence, d’où je pus jeter un regard circulaire sur la contrée qui nous entourait. C'est un décor sauvage et fortement escarpé où les coteaux se succèdent aux coteaux, parsemés de rochers, plantés de chardons, de  lentisques, de jujubiers, de romarins, d'arbres rabougris, d’alfa, d’asperges sauvages, de palmiers nains et surplombant une pièce d’eau qui brillait comme un miroir d'acier poli.

 

Nous nous sommes garés à quelques mètres de la ferme. Mon père  partit se mettre à l’abri du soleil sous les arbres situés plus bas. Le groupe de chasseurs s’est réparti en deux équipes. Habib , le fils de ce dernier, Redouane, Abdel-ali, et un chasseur qu’on appelait  « le colonel » composait  une équipe.  Dans l’autre, il y avait Yahia, Amin, Adel, Boudia , Rafik et je crois, Hafid.

N’ayant pas de fusils, le Beau-fils de Habib et moi étions des suiveurs. Une fois sur  le terrain, nous nous sommes placés en ordre de bataille. Les  gambras vivent en petites compagnies, chacune avec son propre territoire. C'est le travail de la ligne de couvrir ce territoire, de sorte que lorsque la perdrix est finalement obligée de se lever, quelqu'un pourrait la tirer. Il n’existe pas de chasse plus exigeante physiquement que la poursuite  des gambras. Il y a un dicton amusant parmi les chasseurs de gambras, qui dit qu’on  les chasse la première fois simplement par plaisir, puis le reste de sa vie en espérant se venger des humiliations subies.

 

J’ai choisi d’accompagner  Redouane. C’est un garçon énergique, jovial, profil d’oiseau de proie et mouvement vif, comme tant de chasseurs que j’avais rencontrés jusqu’à présent, c’est aussi un homme ouvert et accueillant. Un vrai chasseur et un vrai marcheur. Il connaît ce coin comme s’il y était né. « Le pays de la gambra » m’a-t-il dit d’une voix presque inaudible comme s’il ne voulait pas éveiller les soupçons des perdrix, en expliquant les stratégies de chasse particulières nécessaires pour pouvoir mettre les gambras dans le carnier. « La chasse à la perdrix  est avant tout un travail d'équipe. », a-t-il expliqué. « Presque comme un exercice militaire. »  ̶ « Je vois ce que tu veux dire, lui ai-je dit, La gambra  a besoin d'être chassée et encerclée   ̶ parfois même acculée  ̶ pour être tuée, ce qui nécessite plusieurs fusils, peut-être quatre à huit chasseurs travaillant ensemble dans ce but. Sinon, la perdrix va  trouver des failles pour s’enfuir. »  ̶ « Ce sont des oiseaux difficiles ! », approuva Redouane en hochant la tête ; il ajouta aussitôt : « ils vendent chèrement leur vie ». Lorsque le signal a été donné pour commencer la marche, Redouane, en fin gentleman, décida de me passer son fusil, un Verney-Carron de calibre 12, et m’ajouta en plus  quelques cartouches. Je deviens le chasseur et lui le suiveur. Et à partir de ce moment-là, Le temps sembla s’écouler dans une autre dimension.

 

 

 Il faisait une belle journée ensoleillée, une de ces journées qui font se réjouir d’être en vie sur terre, à ce moment bien précis. Nous nous sommes déployés sur le flanc de la colline. Abdelali resta en bas, Habib et son fils prirent le haut  tandis que le colonel, Redouane et moi nous dispersâmes au milieu.  Alors que nous progressions fusil en main, une compagnie de perdrix décolla devant le colonel, nous l’avons vu lâcher deux coups de fusil très rapprochés, « pan, pan ! »  Quelques plumes flottaient bien dans les airs, mais aucun oiseau ne sembla interrompre son vol.

Nous traversâmes une  petite pièce de  labour pour  nous engager dans un nouveau couvert. Il était dense et épineux comme tous les bons terrains à  gambra, mais mon compagnon semblait s’y mouvoir sans effort, avec aisance et fluidité ; c’est un talent inné que j’ai observé chez tous les bons chasseurs qui possèdent une espèce d’habileté animale à traverser le fourré sans jamais avoir l’air de s’y accrocher, ni même d’être ralenti. Redouane s'arrêta soudainement et  se mit à me faire des signes pour m’indiquer un oiseau  à tirer. Je n’étais pas  du tout préparé à l’essor de cette première perdrix du matin, à ce fameux bourdonnement d’ailes qui arrête le cœur et trouble la vision. Elle est passée à ma gauche  et m’a parue hors de portée,  alors j’ai hésité une seconde, mais quand j’ai entendu Redouane crier « tire ! Tire ! », J’ai pivoté sur mes talons,  monté mon fusil, et tiré  comme un cochon... et je l’ai manquée.

 

Nous continuâmes, en espérant trouver d’autres oiseaux, chassant consciencieusement le flanc de colline et cette curieuse cuvette de déflation, sortes d’espace où la fragile couverture herbeuse a disparu pour une raison ou une autre. Il  s’est formé comme un cratère dans le sol. Les gambras affectionnent ces cuvettes dont l’épais couvert offre un abri efficace contre le vent. Nous arrivâmes au bord  d’un  vallon  au fond duquel  ne poussait aucune herbe ; en face de nous, un versant de colline couvert  de jeunes pins d’un vert éclatant qui contrastait avec le gris, le brun et le vert obscur d’un maquis composé de touffes d’alfa, de palmiers nains et autres végétations.  « Il doit y avoir quelque chose ici » remarqua Redouane. Je pressai le pas pour le rejoindre et j’entendis le claquement des ailes dans l’herbe. L’oiseau n’avait nulle part ou aller, sinon sortir au clair ou je l’attendais, prêt pour la minute de vérité. Je fis à peine deux pas, la perdrix  se leva de sous mes pieds comme une mine antipersonnelle et fila droit devant moi. Un « coup en cul »  facile pour n’importe quel chasseur. Je mis mon fusil en position, je suivis sa trajectoire et pressa la détente. Comme j’aurais aimé pouvoir raconter que j’avais proprement descendu cette gambra ! Mais à ma grande surprise, le satané coup n’est pas parti. L’oiseau fit un long vol plané et passa au-dessus des pins ; Redouane et moi le regardâmes s’échapper. « Que c’est-il passé ? »  interrogea Rédouane, l’air dépité. J’ouvris le fusil, retira les cartouches. Celle du haut était intacte, mais celle du bas  était vide. Deux secondes de réflexion et je compris : mon fusil personnel possède une particularité rare, c’est le canon du haut qui  tire en premier. Alors, par la force de l’habitude, après  mon tir raté du premier perdreau, au lieu de retirer  la cartouche vide du canon bas, je l’ai laissée et j’ai retiré celle du canon haut qui était pleine pour en remettre une autre. Vous comprenez maintenant pourquoi mon coup n’a fait qu’un ridicule  « tic ! » 

 

Nous reprîmes  la chasse. De temps en temps, j’observais  les autres  chasseurs alors qu’ils progressaient dans le couvert. Je remarquai que personne n’avait respecté la ligne de marche, au grand dam de Rédouane, et que chacun chassait de son côté. Je voyais Yahia suivre le fond de vallée. Il chassait  vite et sans hésitation, couvrant son terrain d’un pas rapide et sûr. Bien que nous ne nous soyons jamais rencontrés avant, Yahia m’avait été décrit comme «  le plus chasseur de la bande ». C’est un homme imposant avec un large et noble front qui bien qu’en tenu de chasse, donnait encore l’impression de porter son tablier de dentiste. Il semblait plus préoccupé que les autres par la question de l’avenir de la chasse en Algérie. La dernière fois que j’avais vu  Habib, ce n’était qu’un minuscule point disparaissant derrière la colline.  À un moment donné je me suis retrouvé à quelques mètres d’Abdel-alli. C’est un homme calme, timide, attentif, intensément courtois. Son semi-auto Verney-Caron en bandoulière, il avait toujours un sourire aux lèvres comme s’il avait en permanence cette conscience du plaisir d’être vivant à ce moment-là, et de se trouver ici dans cette nature qu’il aimait tant, à faire ce qu’il aimait faire.  Je fis un bout de chemin avec lui, puis je rejoignis plus haut Redouane. Nous avons monté puis descendu des pentes raides en fouillant les crêtes et les vallées, et aussi les pentes les séparant. Les oiseaux sont rarement coopératifs, ils courent loin en avant. Ils ne gagnent de la hauteur que pour mieux replonger en vol vers les parois  des autres  collines  et finalement disparaître. Nous chassâmes « dur » toute la matinée pour n’avoir eu  que deux occasions de tir et finalement… aucun gibier en poche. Mais aucune importance. Il y a des jours ou les oiseaux sont pour vous et d’autres pas du tout. Ma philosophie au sujet du tir que je tiens de mon père est que  la chasse est comme la vie, certains ont plus de chance que d’autres. Ce n’était pas le jour de sa mort, dira-t-il d’un oiseau manqué, mettant carrément l’affaire entre les mains d’une puissance supérieure, dégageant ainsi la responsabilité du tireur. Donc ce jour-là, les oiseaux  n’étaient pas pour moi et pour ceux qui l’étaient, ce n’était pas le jour de leur mort.

 

Il était midi quand nous décidâmes  d’interrompre la chasse. Nous rejoignîmes  mon père  sous l’ombre  des arbres où  nos amis avaient établi leur base. Arrivés sur place, une surprise nous attendait : un énorme méchoui était en préparation. Tandis que les chasseurs arrivaient l’un après l’autre, le préposé au méchoui  était affairé à entretenir la braise et à enduire de beurre fondu la chair qui changeait de couleur. L’air sentait bon l’agneau grillé. Au moment où le méchoui   fut déclaré à point, le préposé au méchoui, à la pointe du couteau, découpa des morceaux choisis qu’il nous fit servir sur la table pour la plus grande joie de nos estomacs. Je peux vous affirmer que vous ne mangeriez jamais meilleure viande, plus savoureuse et plus juteuse même dans les steakhouses les plus huppés de Paris. Ce fut un  interminable festin où chacun eut le loisir de se resservir à volonté et, comme  l’écrit Ardusson, les compagnons « saluèrent cette récolte avec des manifestations d’allégresse qu’en temps ordinaire, il eût au moins fallu la découverte d’un trésor pour déchainer ».

 Le tableau de chasse de cette matinée était maigre, trois perdrix et un lièvre, c’était loin de satisfaire tout le monde. Boudia résuma cette matinée de chasse en une phrase : "Les oiseaux sont ici, mais ils n'ont certainement pas été faciles à trouver." Yahia exprima son impression, à savoir que l’endroit  était très chassé et que nous perdions notre temps à rester ici. Il semblait vraiment certain qu’il y aurait plus d’oiseaux à Aoubellil. À presque l’unanimité, il a donc été  décidé  de changer de territoire. Les chasseurs étant d’éternels optimistes, notre moral remonta légèrement alors  que nous rejoignions les voitures, direction « la terre promise »  appelée « Djebel ouled abdselem ».  De passage à Aoubellil, j’en profite pour passer à la maison familiale. Je vais dire bonjour à ma mère et prendre mon frère Smain. Ayant raté la chasse du matin il ne voulait pas laisser passer sa chance l’après-midi. 

 

À notre arrivée, comme si elle avait été prévenue de notre présence, une compagnie de cinq perdrix  a décollé, plongeant d’abord dans le vide puis pliant les ailes et planant pour longer la pente comme une formation de minuscules avions de combat à l’exercice. Nous espérions que ces oiseaux s’éparpilleraient  sur le flanc de la colline, car ainsi ils seraient plus faciles à chasser. J’ai dit « Nous », c’est plutôt « eux » car je suis redevenu suiveur puisque Redouane avait repris son fusil.  Tandis que mon père, mon frère Smain et moi  nous nous positionnons en hauteur  pour pouvoir avoir une vue générale sur la scène de chasse, les chasseurs s’éparpillaient, chassant consciencieusement le flanc des collines. Nous les observions  progresser  en individuel, en binôme ou en petit  groupe, concentrés sur le seul objectif de poursuivre ces oiseaux qui s’envolaient devant eux , partageant la joie pure de se sentir en vie, de parcourir  en toute liberté des escapes sauvages sur des kilomètres, animés  du même esprit, ressentant une simplicité, une légitimité qui n’ont pas d’équivalent dans le monde moderne. Il y avait une notion du temps particulière, l’illusion d’être transporté dans une époque lointaine, plus calme, une retraite préservée des vains tapages de notre époque. De temps à autre, les fusils se mirent à crépiter. De loin, les détonations emportées par  la brise ne faisaient qu’un ridicule petit bruit d’amorces. Mon père était heureux, je voyais clairement dans ses yeux qu’il aimait ce territoire de la façon singulière et intime de celui qui a grandi là, y a vécu ses premières aventures, ses premières explorations, fait ses premières armes de chasseur et tout appris de la chasse. Le simple fait de voir l'éclat de ses yeux quand  il prend une gambra dans ses mains est tout ce dont j'ai besoin pour me rappeler pourquoi j'ai passé moi-même vingt années à faire la même chose.

 

Le soleil déclinait déjà de l'autre côté des collines lorsque les chasseurs  commencèrent à rejoindre les voitures ; seul Yahia et Hafid, qui étaient les plus infatigables du  groupe, continuaient de chasser. Nous étions confortablement assis quand nous entendîmes les coups de feu d’un fusil très rapprochés. Abdel-ali rigola et hocha la tête. « Yahia est vraiment dingue, dit-il, je savais qu’il n’arrêterait pas avant d’avoir trouvé des oiseaux ». Peu de temps après, Yahia arriva, mais bredouille suivi de Hafid qui, presque timidement, sortit un oiseau de son carnier, lui lissa les plumes avec une grande douceur et le disposa devant nous afin que nous puissions l’admirer.  La journée a pris fin avec quatre perdrix au tableau et les oiseaux avaient, comme l'avait dit Redouane, vendu leur vie bien chèrement.

 

Il y a des jours dans une existence de chasseur, dont on sait que l’on se souviendra toute sa vie, et ce jour-là en fera partie. Cette belle partie de chasse et ce méchoui étaient déjà inscrits dans notre mémoire collective de chasseurs comme de vielles photos de Noël dans un album. Nous nous promîmes d’autres chasses, plus tard, nous désolant de nous séparer, car nous étions amis et chasseurs.  Je les regardai s’éloigner d’Aoubellil, avec le cœur serré. Ce fut un plaisir de chasser avec des gentlemans, et je m’en souviendrai longtemps. Djamel Talha

 

La Gambra:

De tous les gibiers  Algériens, aucun n'est plus célèbre que la perdrix gambra. Elle diffère peu de sa  cousine la rouge : le tour de ses yeux, son bec et ses pattes sont d'un magnifique rouge corail. Elle a, sur  le haut des ailes, des plumes d’un beau bleu bordé de rouge brun, mais  c’est grâce à son  collier marron  parsemé de taches blanches   ̶ qui fait la transition entre le cou et la poitrine   ̶ qu’on la reconnaît et la différencie des autres. C’est l’oiseau gibier suprême en Algérie. Elle devrait être, à mon sens, et je suis très  sérieux, considérée comme un emblème national et cela pour plusieurs raisons.  D’abord parce qu’elle était là avant nous. La gambra  a peuplé  les terres algériennes depuis la fin des glaciations. Ses ancêtres ont évolué sur ce pays depuis près de vingt-cinq millions d’années.  Ensuite parce qu’elle caractérise deux grande  valeurs dont chacun devrait témoigner : le courage et la fidélité.  Ainsi nous savons qu'une perdrix est fidèle à son compagnon ; le cercle familial est maintenu jusqu'à ce que les enfants prennent leur envol, quittent la maison et vivent leur vie de manière autonome quand il s'agit de défendre leur progéniture, les parents font preuve d’un courage exemplaire et leur sacrifice est  sans faille (exemple : la technique de l’oiseau blessé). Enfin, comme l’algérien   ̶ je suppose  ̶, la gambra a un sens du patriotisme très aiguë, elle défend ardemment son territoire Djamel Talha.

 

 

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05/01/2018
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LE FUSIL CONFORMATEUR

Il se plie à tous vos désirs !

 

Un fusil conformateur ressemble à un fusil de chasse ordinaire, tant dans son apparence que dans son fonctionnement. A ceci près que les dimensions de sa crosse sont réglables afin de permettre de trouver les cotes idéales pour chacun. Sur le papier, tout est logique, pour autant la genèse de cet accessoire fut loin d’être simple.

 

Les premières armes à feu portatives n’étaient guère plus qu’un canon fixé à un bâton, tel un outil attaché à son manche. Vers le XIVe siècle, on comprit que la manipulation et la précision pouvaient être améliorées par le montage du canon dans toute sa longueur sur une poutre en bois que le tireur posait sur le dessus de l’épaule. Ces premières « crosses » - si on peut les qualifier de telles - ressemblaient fort à celle des arbalètes. «Lorsque l’arbalétrier mettait en joue, explique Magné de Marolles dans La Chasse au fusil, la partie inférieure de l’arbrier reposait sur le haut de son épaule qu’elle dépassait par derrière. » Ces premiers fusils étaient cependant si pesants et si peu maniables que tout ce que l’on pouvait en espérer était de tirer le gibier à l’arrêt. Les choses changèrent quand, quelques décennies plus tard, vint l’idée de façonner ce manche de bois de telle façon que l’on puisse maintenir l’arme contre l’épaule (arquebuse). Le tir au vol devint possible lorsque les crosses purent être raccourcies, les canons allégés et la seule balle en mesure d’être tirée avec les anciennes armes remplacée par de la grenaille de plomb. Le tout combiné avec de meilleures conceptions mécaniques et des charges de poudre plus efficaces.

 

Confidentiel, puis plébiscité

 

Et puis, à la fin du xviii6 siècle, se produisit la grande révolution de l’armurerie, quand les artisans britanniques commencèrent à produire des fusils de qualité et de conception exceptionnelles. Leur plus célèbre représentant, Joseph Manton (1766¬1835) - dont James Purdey disait que, sans lui, les armuriers n’auraient jamais été « qu ’un tas de forgerons » -, perfectionna la crosse et lui donna sa forme fonctionnelle définitive. Ses crosses admirablement relimées constituèrent un modèle qui a peu changé aujourd’hui. Manton fut également l’un des premiers à comprendre l’importance des bandes de visée. Il observa que les armes de son époque avaient tendance à tirer bas et, en 1806, conçut pour y remédier la bande de visée surélevée destinée à rehausser le point d’impact de la gerbe. C’est à cette époque aussi que les fabricants d’armes comprirent qu’il était logique que des personnes de taille différente tirent avec des crosses de dimensions différentes. On commençait à cerner l’intérêt d’une arme bien adaptée à son utilisateur. Le colonel Peter Hawker (1786-1853), écrivain célèbre et ami personnel et client de Joseph Manton, écrivait en 1814 : «La crosse doit être adaptée au tireur qui devrait avoir ses mesures soigneusement inscrites sur le livre des commandes de l’armurier, comme le fait un tailleur pour un costume sur mesure. » Pour obtenir cette arme adaptée à son utilisateur, la majorité des armuriers procédaient par essais et tâtonnements, mais certains employaient déjà une sorte de crosse ajustable. La prise de conscience par les spécialistes de la nécessité du bon ajustement des armes à leurs utilisateurs était cependant loin d’être partagée par ces derniers. La plupart des chasseurs savaient tout au plus que certains fabricants étaient réputés faire des fusils plus précis mais en ignoraient les raisons. La pratique la plus courante consistait à essayer diverses armes dans la boutique de l’armurier et choisir celle qui convenait le mieux.

 

 Il n’ est pas rare de lire dans les carnets de commandes de grands fabricants de l’époque des notes telles que « même avantage et même longueur que le n°4021 », «mêmes mesures que M. Untel... », etc. A la fin du XIXe siècle, la révolution des transports - notamment celle des chemins de fer qui simplifiait l’accès aux domaines de chasse - coïncida à un bouleversement dans le monde de l’arme : la naissance de nouveaux fusils à chargement par la culasse permettant de tuer à un rythme rapide un grand nombre d’oiseaux. Tant et si bien que le tir devint une activité si importante qu’il contribua à plus d’une faillite, notamment celles de lord Walsingham et du prince indien Victor Duleep Singh. Près de deux générations durant, jusqu’au début de la Grande Guerre, il y eut un apogée du tir de chasse en Angleterre, comme cela ne s’était jamais produit et ne se reproduira jamais en tout autre lieu ou tout autre temps de l’histoire de la chasse. Et ceux qui s’y adonnaient ne traitaient pas leur passion à la légère. Lorsqu’un tireur était invité à une partie de chasse, on attendait de lui qu’il tire bien, et si ce n’était pas le cas, il n’était plus invité la fois suivante ! Les tireurs voulaient désespérément apprendre à mieux tirer et on vit fleurir des écoles de tir dans toute l’Angleterre, auxquelles fut bientôt associée la multiplication des fusils conformateurs. Nous l’avons dit, le principe de ce fusil n’était pas nouveau, entre 1880 et 1899, l’office britannique des brevets enregistra onze brevets le concernant, des perfectionnements davantage que des inventions proprement dites. Les premiers fusils conformateurs, baptisés par les Anglais measurement guns, étaient inertes, c’est-à-dire qu’ils ne tiraient pas. Il s’agissait d’outils permettant juste de relever les mesures. Prenons l’exemple du modèle breveté par Henry William Holland le 9 février 1889 (n°2341). Le brevet décrit un measurement gun dans lequel la longueur de la crosse

 

Nées du tir au vol

 

Les Italiens, les Français, les Japonais même, tirèrent des oiseaux au vol dès le XVIe siècle. Mais en Angleterre, le pays qui allait bouleverser le monde de la chasse et des armes, l’art de tirer des cibles aériennes ne gagna en popularité que bien plus tard. Avant la suprématie britannique, les leaders dans la conception des fusils de chasse étaient des fabricants «continentaux». Ce sont les Français, vers 1750, qui commencèrent à faire des crosses approchant les formes et les dimensions actuelles. Les crosses typiques de cette période étaient plus minces que les modèles précédents, mais encore un peu grossières selon les standards d’aujourd’hui. Elles étaient également bien plus inclinées vers le bas en comparaison aux crosses d’aujourd’hui. Universel et unique peut être ajustée par une talonnière (talon de la crosse) coulissante sur deux tiges, et le busc de la crosse être soulevé et abaissé sur deux tiges de guidage. L’angle des canons avec la tête de la crosse peut être modifié et bloqué par un verrou à la manière d’un verrou de type Henry Jones. L’ensemble de la crosse peut aussi être relevé ou abaissé au moyen d’une charnière transversale sous la tranche de culasse. Enfin, une espèce de cran de mire est monté sur le dessus du tonnerre des canons.

 

Les measurment guns étaient d’une grande aide pour la mise en conformation, mais leur inaptitude à tirer limitait leur capacité à modifier véritablement l’expérience de l’utilisateur sur le terrain. Il y a un monde entre ce qui semble fonctionner entre les murs d’une armurerie et ce que l’on obtient dans les circonstances réelles de tir. L’étape suivante fut le try gun, un fusil non seulement doté de multiples articulations pour permettre la prise des mesures mais capable de tirer des milliers de cartouches, le tout avec un poids et un équilibre procurant le ressenti d’un bon fusil de chasse classique. La mise au point d’une telle arme constitua un véritable défi, que très peu de fabricants furent capables de relever. Du reste, ceux qui y parvirent font partie des grands inventeurs de l’époque, à l’instar de William Palmer Jones, considéré comme le plus grand inventeur parmi les armuriers de Birmingham. Il fut le premier à breveter un try gun qui connut un grand succès, et demeure utilisé aujourd’hui.

 

Tous les grands ont le leur

 

Breveté en 1889 (n° 1157), le fusil est réalisé sur le modèle d’une arme de type Henry Jones avec des platines arrière et des chiens extérieurs. Juste derrière le pontet, dans la poignée de la crosse, se trouve une paire de charnières, l’une à l’avant avec un axe horizontal et l’autre, immédiatement derrière, avec un axe vertical. Ces charnières sont activées et verrouillées par des vis, de sorte que toute une variété de configurations de crosse peut être déclinée avec un tournevis. La longueur de la crosse peut être réglée, puisque le talon de la crosse coulisse sur deux tiges- guides, et être verrouillée en position par des vis. Le busc est mobile et la plaque de couche peut pivoter autour d’un axe horizontal central. La même année, W. P. Jones apporte quelques améliorations (brevet n° 5 372). Une charnière est ajoutée dans la poignée de la crosse avec un pivot horizontal afin que l’ensemble de la crosse puisse pivoter vers le haut et le bas par rapport à la ligne des canons. Est aussi ajouté un pivot vertical, à l’avant de la première charnière, par lequel l’alignement des canons avec la crosse peut être modifié. « Une particularité importante de ce try gun est de ne pas être plus lourd qu’un calibre 12 ordinaire, tout en ayant le même équilibre et le même ressenti dans la manipulation. Le poids réel est 2,9 kg», lit-on dans le numéro de Land & Water du 20 juillet de cette année. Palmer Jones garde pour lui l’exclusivité de son invention à Birmingham, mais autorise Holland & Holland à l’utiliser à Londres, ainsi que Trulock et Harris en Irlande. Une année plus tard, le 3 juin 1890, Henry William Holland, autre figure de proue de l’armurerie anglaise, inventeur et visionnaire, neveu et à l’époque encore associé de Harris Holland, conçoit un try gun, qui obtient le brevet n°8549. Il s’agit en réalité d’une amélioration du premier brevet de W. P. Jones de 1889.

 

Les articulations de la poignée de la crosse ont été conservées, la nouveauté vient d’un simple ajustement pour la longueur de la crosse. Il y a encore deux tiges de guidage, mais une seule vis de réglage dans le centre. La plaque de couche est réglable uniquement dans sa partie inférieure. La principale modification se situe dans un busc beaucoup plus long, ajustable latéralement par une vis. La même année, c’est au tour de Henry Thorn, autre armurier illustre et créatif, de mettre au point son try gun (brevet n° 5688). Thorn est parmi les premiers dans la région de Londres à ouvrir une école de tir, et le premier à utiliser le try gun à des fins pédagogiques et à en faire large usage. La légendaire Annie Oakley, célèbre pour sa redoutable précision au tir, fait partie de sa clientèle fidèle. Il est aussi un auteur à succès, qui se fait appeler Mr Lancaster - il est alors à la tête de la prestigieuse maison Charles Lancaster -, et peut-être le meilleur gunfitter de sa génération. Thorn estime que les ajustements au niveau de la poignée des try guns de ses rivaux sont des inconvénients à une meilleure mise en conformation. Le sien n’en comporte aucun. Il est remarquablement simple, ne possède qu’une seule gamme, mais complète de mouvement au niveau du busc et du talon. Chose inédite, il se décline en différents calibres, et non plus dans le seul calibre 12, comme tous les autres modèles jusqu’alors. Quatre ans plus tard, Henry Holland, réputé pour être un perfectionniste insatisfait, modifie encore son try gun (brevet n° 11096 du 7 juin 1894). Un axe horizontal permet à la pente de la crosse d’être changée, un autre vertical, placé devant les détentes, permet le réglage de l’avantage.

 

La Rolls du «try gun»

 

Etant donné la nature très concurrentielle du commerce de l’arme de chasse dans l’Angleterre des années 1890, tous les grands armuriers se doivent d’avoir leur propre try gun, il en va de leur réputation. Certains, faute de ne pas avoir réussi à en concevoir, recourent au vieux stratagème consistant à minimiser l’utilité de l’outil, à l’exemple de W. W. Greener qui le qualifie de «gadget». Mais la célèbre maison Boss, elle, relève le défi et réalise son propre try gun. Contrairement aux modèles évoqués précédemment, celui-ci n’est pas l’œuvre d’un armurier réputé pour son inventivité. De fait, Walter F. Paddison n’est même pas armurier, mais carrossier de métier. Il a hérité de la demi-part de son oncle Edward Paddison qui l’avait lui-même héritée de son oncle Thomas Boss, le fondateur. Il sera, avec John Robertson, copropriétaire de la firme Thomas Boss durant une très courte période (1891-1893). Certes pas grand inventeur donc, Paddison n’en crée pas moins « un try gun magnifiquement construit et bien pensé », selon les mots de Donald Dallas. Le fusil possède tellement d’articulations pour répondre à chaque mesure individuelle qu’il ne laisse aucune place pour un cran de sûreté. «Le plus parfait jamais produit», clame sans cesse John Robertson. Les dessins du brevet n° 3 809 (27 février 1892) montrent un fusil doté d’un pivot très massif installé verticalement dans la bascule, exactement dans la même position que la broche Scott dans un fusil conventionnel. En conséquence, un système de side-lever (ouverture latérale) est proposé pour commander les verrous. Sur le pivot, toute la crosse et le mécanisme peuvent se balancer dans un arc limité d’un côté à l’autre. Ce mouvement est restreint et contrôlé par une paire de vis fixées dans la culasse dans une position proche de l’endroit où se situe le verrou. Un mouvement rendu possible par un agencement différent des axes du mécanisme. Les queues des gâchettes ont des axes verticaux et sont liées aux lames des détentes afin de pouvoir travailler quel que soit l’endroit où se situent les axes du mécanisme. Un autre axe se présente horizontalement, juste au-dessus de l’arrière du pontet. Autour de cet axe, l’arrière de la crosse peut se déplacer vers le haut et le bas. La hauteur du busc est modifiable par l’ensemble de l’arrière de la crosse, pivotant autour d’une charnière située sur le dessous de la crosse, et la longueur peut être ajustée par un dispositif classique de tige coulissante et une vis. En juxtaposé ou en superposé, à double ou à monodétente, en calibre 20 ou en 12, le try gun Boss sera un succès. La firme en aurait vendu des exemplaires au prix fort à d’autres grands noms de l’armurerie britannique, qui, peu disposés à en faire état à leurs clients, auraient gravé leur nom sur la bascule, les revendiquant comme leur propre try gun. Cette conception est toujours en usage chez Boss.

 

 Des adeptes prestigieux

 

 

Bien qu’ils ne soient pas associés à des brevets de try guns, on ne saurait passer sous silence des noms comme ceux du charismatique Robert Churchill et de Frederick Beesley, «l’inventeur» des armuriers londoniens et notamment de la platine Purdey. De Robert Churchill, l’un des plus fervents promoteurs de la mise en conformation et des try guns, Don Masters (The House of Churchill) nous dit qu’il possédait une quinzaine de try guns allant du calibre .410 au 12 avec des longueurs de canons de 63 à 76 cm. Quant à l’illustre gunfitter qu’est Beesley, G.T. Teasdale-Buckell (Experts on Guns and Shooting) nous apprend qu’il utilise un try gun beaucoup plus léger que la plupart des modèles.Dès la fin du XIXe siècle, nombreux sont les armuriers britanniques à accueillir le try gun avec des cris de joie, et à ne jamais l’abandonner par la suite. A contrario, d’autres fabricants et certains tireurs n’accordent pas leur confiance à cet « artifice mécanique » pour la mise en conformation. Que penser de ce débat?

 Disons que le fusil conformateur peut se révéler être un outil à double tranchant pour le tireur et n’est pas la solution miracle vantée par certains. Employé par l’homme de métier, il peut être de la plus grande utilité pour déterminer les cotes nécessaires afin d’adapter la crosse à la morphologie d’un client, mais pour de moins qualifiés, il constitue un piège subtil conduisant à la production de curieuses formes de crosse, souvent inutiles et dans certains cas inesthétiques. Les try guns sont, comme tant d’autres excellents outils, merveilleux dans les mains d’un habile artisan et inutiles dans celles d’un mauvais ouvrier. Il existe une célèbre histoire, certes apocryphe, d’un armurier et utilisateur de try gun qui aurait diagnostiqué un chasseur comme doté d’un œil directeur gauche. En fait, l’œil en question était de verre !Djamel Talha

 

 Le premier « try gun»

 

Personne ne sait qui a conçu pour la première fois une crosse ajustable, ni où ni quand, mais nous savons que James Purdey le jeune, qui commença à travailler pour son père en 1842, dit plus tard à Teasdale Buckell, rédacteur en chef de Land & Water de 1885 à 1899, que son père avait possédé « une crosse réglable » d’aussi loin qu’il se souvienne, et probablement d’encore beaucoup plus loin…

 

Nées du tir au vol

 

Les Italiens, les Français, les Japonais même, tirèrent des oiseaux au vol dès le XVIe siècle. Mais en Angleterre, le pays qui allait bouleverser le monde de la chasse et des armes, l’art de tirer des cibles aériennes ne gagna en popularité que bien plus tard. Avant la suprématie britannique, les leaders dans la conception des fusils de chasse étaient des fabricants «continentaux». Ce sont les Français, vers 1750, qui commencèrent à faire des crosses approchant les formes et les dimensions actuelles. Les crosses typiques de cette période étaient plus minces que les modèles précédents, mais encore un peu grossières selon les standards d’aujourd’hui. Elles étaient également bien plus inclinées vers le bas en comparaison aux crosses d’aujourd’hui.

 

Publicité indirecte mais redoutable

 

Le tir au pigeon vivant connut à la fin du XIXe siècle un immense succès. Certaines compétitions mettaient en jeu d’importantes récompenses financières, et les paris étaient monnaie courante. Ce tir au pigeon exigeait des armes plus lourdes pour réduire les effets du recul, et des buscs plus élevés pour lancer plus haut les gerbes de plombs sur des oiseaux ayant tendance à monter. Ce fut encore une autre étape dans la prise de conscience que la forme devait suivre la fonction. Avec l’augmentation rapide du nombre de tireurs et des clubs de tir aux pigeons, les fabricants, naturellement désireux de vendre toujours plus d’armes, comprirent que les bons tireurs parmi leurs clients constituaient une publicité très efficace pour leurs produits et, a contrario, que ceux tirant mal nuisaient à leur réputation. Et ils savaient qu’une arme si parfaite soit-elle est vaine entre les mains d’un utilisateur incapable de pointer vers le bon endroit. En conséquence, parallèlement à l’introduction des écoles de tir, une approche scientifique de la mise en conformation fit son apparition, avec pour aboutissement la mise au point du fusil conformateur.

                                                         Djamel Talha

 

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20/12/2017
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Le vieux fusil

 
Moi, le vieux fusil sans fard
usé par les rameaux et le froid, j’attends avec patience
qu’une main m’épaule pour le bois.
 
Suspendu près du cor
au-dessous de l’ancêtre encadré,
je pointe tel un canon à sabord
le sablier à demi égrainé.
 
Comme un marin, je veille au quart
pendant que l’horloge aiguillée sonne un passé habité
de rêves et de faux départs.
Las, je pose mon regard
sur le braque immobilisé
par les relents de mon palier
peuplé d’ici et de nulle part.
 
Enfin! Je suis en bandoulière
sur mon ami de demain et d’aujourd’hui,
nous partons découvrir le couvert
du grand pommier chablis.
 
Chargé, je ne suis plus à l’écart
mais contre un corps qui tend la main
à l’enfant et son chien
qui forment un duo non épars.
 
Deux fusils arpentent le chemin,
l’un d'argent l'autre d étain,
portrait esquissé du sort
sous des rayons de poussières d'or.
 
Trois ombres, deux fusils,
des pas sans ennui
mêlés aux rires aux éclats
après i’arrêt raté du sous-bois.
 
C’est la grande nuit
pour deux bécasses et une perdrix;
l’enfant Do épuisé s'endort
près du vieux.., du vieux fusil.
 
Histoire d’homme, histoire de fusil
poème de vieux, de vieux croquis;
histoire en somme
de toute ma vie.
Yvon-Louis Paquet
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25/11/2017
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Le Prophète par Khalil Gibran

"Puis un vieil homme, un aubergiste, dit, Parle-nous du Manger et du Boire. 
Et il dit : 

Puissiez-vous vivre du parfum de la terre, et comme une plante être rassasié de lumière. 

Mais comme vous devez tuer pour manger, et dérober au nouveau-né le lait de sa mère pour étancher votre soif, faites-en alors un acte d'adoration. 

Et que votre table s'érige comme un autel sur lequel le pur et l'innocent de la forêt et de la plaine sont sacrifiés pour ce qui est plus pur et encore plus innocent en l'homme. 

Lorsque vous tuez un animal, dites-lui en votre cœur : 

"Par cette même puissance qui te donne la mort, je suis mis à mort également ; et je serai aussi dévoré. 

Car la loi qui t'a livré entre mes mains me livrera à une main encore plus puissante. 

Ton sang et mon sang ne sont autre que la sève qui nourrit l'arbre des cieux." 

Et quand vous croquez une pomme à pleines dents, dites lui en votre cœur : 

"Tes graines vivront en mon corps, 

Et les bourgeons de tes lendemains s'épanouiront dans mon cœur, 

Et ton parfum sera mon haleine, 

Et ensemble nous nous enchanterons en toutes saisons". 

Et à l'automne, quand vous vendangez le raisin de votre vigne pour l'apporter au pressoir, dites en votre cœur : 

"Je suis aussi une vigne, et mes fruits seront récoltés pour être pressés, 

Et comme un vin nouveau je serai conservé dans d'éternelles amphores". 

Et en hiver, lorsque vous tirez le vin, qu'il y ait en votre cœur un chant pour chaque coupe ; 

Et qu'il y ait dans ce chant une pensée pour les jours d'automne, et pour la vigne, et pour le pressoir."

 

Le Prophète  par Khalil Gibran

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14/11/2017
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A. A. Brown & Sons

 

 

 

 

Les Best guns de Birmingham

 

Non seulement Londres n'est pas la seule grande cité de l'armurerie fine anglaise et il n'est pas justifié de reléguer Birmingham au second plan, mais, au sein de cette dernière, Greener et Westley Richards ne sont pas les seuls noms illustres. Il y a aussi et notamment les établissent Brown et Fils, où une dynastie d'armuriers fabrique depuis près d'un siècle des armes fines et à platines de haute qualité.

 

 Il existe un mythe persistant chez beaucoup d’amateurs de fusils fins selon lequel les fusils portant la signature d’un fabricant londonien sont en tous points supérieurs aux fusils fabriqués à Birmingham ou ailleurs. C’est pour cette raison qu’une adresse à Londres permet, pour un fabricant, d’obtenir les prix les plus  élevés pour ses armes auprès d’acheteurs qui pensent obtenir plus qu’un fusil, un privilège ou une faveur.  Et c’est malheureusement aussi la raison pour laquelle la grande majorité des armuriers de Birmingham sont relayés au second plan. Demandez à quelqu’un de vous citer des noms de l’armurerie birminghamienne, et vous aurez droit à un silence gêné de plusieurs secondes puis, s’il connaît un peu l’armurerie fine britannique, il vous lâchera deux noms : Westley Richards et W.W.Greener. Mais ce serait oublier de nombreux autres fabricants de talent passés ou actuels. Parmi cette dernière catégorie, on peut citer A. A. Brown.

 

John Joseph, le fondateur

 

La firme est «relativement récente», même si les Brown font partie du paysage armurier depuis plus d’un siècle. Si l’histoire n’a pas retenu le tout premier des Brown à avoir commencé à fabriquer des armes, on sait que l’un d’eux, John Joseph Brown, a été répertorié comme armurier dès le milieu du XIXe siècle. J.J.Brown est né en 1853, il est le troisième d’une fratrie de onze fils, dont cinq devinrent armuriers. L’un était graveur, l’autre crossier, et les trois autres, John Joseph inclus, étaient basculeurs. Deux des fils de John Brown, John et Albert Arthur sont devenus également armuriers. La plupart des fusils de chasse fabriqués à Birmingham étaient gravés avec le nom du revendeur, pas celui du fabricant. C’était la nature du métier que de faire le meilleur fusil possible à un prix donné et ensuite de laisser le commanditaire prendre le crédit simplement en signant l’arme. Albert Arthur Brown a commencé sa carrière de cette manière.

Il était un armurier sous-traitant spécialisé dans la fabrication des bascules. En tant qu’artisan très compétent et respecté, Brown était très demandé et travaillait alors pour les meilleurs armuriers londoniens.

En 1929 il fonde sa propre entreprise « A.A.Brown » au 27 Withal street dans le cœur de ce qui est commu¬nément appelé « the gun quarter », le quartier des armuriers de Birming¬ham. Lorsqu’en 1938 il a été rejoint par ses deux fils, Albert Henry et Sidney Charles, l’entreprise devient A.A.Browns & Sons.

À peine père et fils établis, la Deuxième Guerre mondiale éclata et, lorsque leurs locaux ont été endommagés par les bombardements nazis, les Brown ont été obligés de quitter la ville pour se rendre au village de Shirley. Ils ne retourneront à Birmingham qu’en 1945, au 4 Sand Street. Parce que les matériaux pour la fabrication de fusils de chasse n’étaient pas disponibles dans les premières années après la guerre, les Brown ont fabriqué des pistolets à air comprimé de leur propre conception, connus sous le nom « ABAS Major » (ABAS, pour « A. Brown and Sons »). 2000 pistolets de ce type ont été fabriqués durant cette période selon l’historien d’armes de chasse anglais, Geoffrey Boothroyd. Quand ils ont été enfin en mesure de fabriquer à nouveau des armes, à partir de 1948, les Brown ont repris leur travail de sous-traitance auprès de nombreux armuriers.

 

Rescapé de la tourmente

 

Au cours de la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, où pratiquement toutes les entreprises de Birmingham ont été, soit en déclin et vivant uniquement de réparations, soit tout simplement en cessation d’activité, A.A. Brown en revanche connut une croissance impressionnante et régulière. « Peut-être parce qu’ils étaient industrieux à une époque où une grande partie de la Grande-Bretagne voulait se reposer après la tâche épuisante qu’avait été de vaincre l’Allemagne hitlérienne, ou peut-être parce qu’ils avaient une main-d’œuvre mature et hautement qualifiée », analyse Douglas Tate, écrivain anglais spécialiste de l’armurerie fine britannique. Certes, mais les Brown n’étaient pas seuls dans cette situation. De nombreux autres armuriers étaient tout autant qualifiés. J’ai ma propre théorie quant à la raison de leur succès, à savoir comment ils ont réussi là où d’autres ont échoué. Il est à remarquer que les rares sociétés de Birmingham comme Westley Richards ou W.W.Greene r, qui ont survécu et prospèrent au 21e siècle, sont celles qui ont copié le plus fidèlement les méthodes de Londres. Londres s’est spécialisée dans le « Best gun », la fabrication des fusils fins à platines de très grande qualité et c’est sa spécialité aujourd’hui encore avec la réalisation de quelques carabines à verrou. En revanche, Birmingham ne s’est pas spécialisée. Et peu à peu son armurerie s’est effondrée face à l’évolution de la demande mondiale, aux nouvelles conceptions, à l’évolution sociale, à la concurrence étrangère, et aussi face à la disparition de l’empire qu’elle fournissait. Les Brown ont compris que leur avenir résidait dans leur capacité à suivre le modèle londonien non seulement dans la spécialisation, mais aussi dans les procédés de fabrication. C’est ce qu’ils ont réalisé progressivement, et ceci s’est fait en deux étapes.La première étape a d’abord été d’imiter le système de fabrication des grands armuriers londoniens. La méthode londonienne consiste à rassembler dans l’atelier les différentes pièces de base d’un fusil (ébauche de forge, la garnie, les tubes, ébauche de noyer, etc.), les distribuer aux artisans appropriés et façonner le fusil pas à pas sous l’œil attentif du contre-maître. Pratiquement toute la fabrication est effectuée en interne. Le modèle de Birmingham, en revanche, comme celui de Liège ou de Saint- Etienne à cette même époque, est totalement différent. Ce sont des armuriers indépendants travaillant à domicile ou dans des petits ateliers, effectuant chacun une fonction différente. Le fusil inachevé voyage d’un magasin à l’autre, et d’une maison à une autre, évoluant progressivement en un fusil fini.

 

Vers une plaine autonomie

 

Dans les années 1950, les Brown ont acheté les machines des armuriers A.E. Bayliss et Joseph Asbury, pour forger eux-mêmes les bascules, plutôt que de compter sur d’autres armuriers comme Webley & Scott pour se fournir en pièces, apportant ainsi pratiquement tous les aspects de la fabrication en interne, suivant donc le modèle de la capitale. À la fin des années cinquante, l’entreprise produisait une grande variété de fusils, principalement de type Anson & Deeley, mais aussi des platines pour des grands fabricants comme Holland et Holland, Alexander Martin, EJ Churchill, Jeffery, Cogswell & Harrison, William Evans, et d’autres qui ont trouvé plus économique de sous-traiter des fusils de Birmingham que d’exploiter leurs propres ateliers de Londres, d’Édimbourg ou de Glasgow.Albert Arthur Brown a pris sa retraite en 1957. En 1960, le réaménagement urbain a tout détruit du vieux quartier des armuriers, et les Brown ont été expulsés. Westley Richards leur a offert un espace de travail dans leur usine de Bournebrook. Là, pendant quatorze ans, A.A. Brown & Sons a continué à fabriquer des armes pour d’autres armuriers, y compris des platines pour leur bailleur. Ils ont également développé et fabriqué pour ce dernier le « Connaught », un fusil à bascule de type Anson & Deeley, mais avec des parois particulièrement épaisses, ce qui a permis de réaliser une relime ronde, à la différence de celle de la plupart des A&D habituellement rencontrés presque carrée. Ces armes ont un style qui est identifiable à l’œil exercé et très recherché par les initiés. Après 1974, quand les Brown ont quitté Westley Richard, ce dernier a continué le modèle « Connaught » mais sur la base d’une autre bascule, la Webley & Scott 700, qui n’a cependant jamais égalé celui des Brown.

 

Robin Brown (né en 1946 à Birmingham), petit-fils du fondateur et fils de Sidney, a rejoint l’entreprise en tant qu’apprenti en 1961, d’abord comme crossier, puis comme trempeur. Et c’est à ce moment que Les Jones, l’un des graveurs le plus en vue du pays, les a rejoints. En 1974, c’est le début de la deuxième étape : Les Brown ferment leurs carnets de commandes au reste des armuriers, se déplacent au village d’Alvechurch, au sud de Birmingham et commencent à fabriquer des fusils sous leur propre nom. Et à l’instar des plus grandes maisons londoniennes, ils se sont spécialisés dans le « best gun » uniquement. Ils y sont, à ce jour, prospères pratiquement sans publicité, le bouche- à-oreille constituant leur seule et meilleure communication.

 

 

A l'image du Royal H&H

 

Les Brown produisent pour une clientèle majoritairement américaine et britannique avec quelques rares clients français, notamment les deux directeurs des champagnes Laurent-Perrier dans les années 1970,  un fusil à platine à l’image du « Royal » de Holland & Holland, jusque dans le système du self-opening (sauf que le self-opening de Brown est indépendant du mécanisme d’éjection, contrairement au système H&H). C’est ce qu’ils appellent le « Supreme Deluxe ». Les premiers « Supreme Deluxe » avaient une bascule standard. Puis, dans les années 1991, leur forme a changé dans un style qui se situe quelque part entre le corps carré standard et le corps rond comme il est construit par d’au tres fabricants. Robin Brown m’a expliqué qu’ils ont développé ce modèle à la demande d’un client hollandais qui voulait que son nouveau fusil ait un aspect patiné sur les bords comme lors d’un long usage. Le résultat était d’une telle beauté qu’il est très vite devenu le style et la signature de A.A.Brown. Le A&D est par contre sorti du catalogue. Selon Robin Brown, « Le type Anson et Deeley que nous avons fabriqué pendant de nombreuses années est désormais peu rentable à faire selon les méthodes traditionnelles ».Avec les décès de son oncle et son père respectivement en 2001 et 2006, Robin Brown est maintenant propriétaire unique, continuant à gérer au mieux l’affaire familiale. La relève semble assurée, son fils Matthew l’a rejoint en 2015 et les Brown continuent à faire le « Supreme de Luxe », ils effectuent aussi des travaux de réparation et de restauration. Le plus gros du travail reste toujours réalisé en interne, exécuté par des méthodes artisanales complètement traditionnelles.Leur « Suprême de luxe » peut être une alternative intéressante à l’habituel « Big Three » (Purdey, Boss et H&H), si vous cherchez quelque chose qui sorte un peu de l’ordinaire, de qualité incontestable, mais à un juste prix. Certains crieront au scandale « mettre un fabricant londonien comme H&H et un de Birmingham comme A.A.Brown sur un même piédestal». Ils ont tort. La qualité est là où vous la trouverez. ■Djamel Talha

 

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23/09/2017
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Charles Boswell

Retour en grâce d’une firme à part

 

Boswell a fabriqué tout à la fois les meilleurs fusils de tir aux pigeons vivants qu’il soit et des armes de chasse accessibles pour une grande majorité de nemrods britanniques. Voilà sans doute pourquoi la firme est inclassable et un peu sous-estimée. Depuis 2004, elle renaît de ses cendres grâce à Chris Batha, le plus célèbre des gun-fitters anglais.

 

La valeur d’une marque est estimée en fonction de son niveau de qualité, mais aussi de son positionnement concurrentiel. C’est ce que les économistes appellent la hiérarchie des marques, telle qu’elle a cours dans la haute horlogerie, les grands vins, la maroquinerie de luxe ou encore l’armurerie fine. C’est le cas au niveau mondial, mais aussi et surtout national, notamment chez les Britanniques, où cette hiérarchie est presque de notoriété publique. Purdey, Boss, Holland & Holland et Woodward occupent la première marche, Grant, Atkin, Churchill, Lang, Greener, Dickson, McNaughton, Westley Richards et Lancaster la deuxième, tandis que, sur la troisième, sont réunis les Beesley, Hellis, Watson Bros, William Powell, Pape, Gibbs et W. & C. Scott. Et, derrière, sur une large quatrième marche, tous les autres.

 

Avec certains fabricants cependant, les « ranger » dans l’une ou l’autre catégorie devient plus difficile. Ils sont tantôt dans la deuxième, tantôt dans la troisième, voire dans la quatrième. Charles Boswell est de ceux là. Mais dans son cas, les raisons de son caractère inclassable sont à rechercher davantage dans son histoire que dans la qualité intrinsèque de ses armes.

L’amplitude des prix des fusils a toujours été grande. Il y a deux siècles, quand un Manton coûtait l’équivalent de deux ans de salaire d’un garde-chasse, une escopette produite par un armurier de Birmingham valait à peine quelques shillings. Pourtant, de tout temps, il y eut des armuriers qui cherchèrent à concilier ces deux extrêmes, réaliser des armes fines de grand prix et d’autres abordables pour le plus grand nombre. Charles Boswell en est un parfait représentant.

 

 

 Armurier, tireur et inclassable.

 

 Charles Boswell est né en 1850. Il est issu d’un milieu modeste, sa mère était analphabète. Son père exerçait le métier de boucher. La famille vivait dans la petite ville de Hertford, à 50 km au nord de Londres. Après sept années d’apprentissage auprès de Thomas Gooch, Charles se rend à Enfield pour travailler à la Royal Small Arms Factory, où il se spécialise dans le montage et le réglage d’optiques. Il y restera deux années, puis s’en ira à Upper Edmonton, près de Londres, ouvrir un tout petit atelier de réparation et de montage. Cette installation coïncide avec l’apogée de la popularité du tir au pigeon.  Le tir est alors considéré comme un exploit sportif et on accorde aux tireurs le même respect que l’on réserve aujourd’hui aux pilotes automobiles ou aux cyclistes. A chaque tournoi, les noms du vainqueur et de son fusils ’étalent dans les journaux généralistes et les périodiques spécialisés comme Arms & Explosives, Land &Water ou The Field. Or Boswell est non seulement un armurier de qualité, mais surtout un tireur hors pair. Il bat régulièrement les meilleurs tireurs de son temps, y compris le Dr Carver, le Captain Bogardus ou son confrère et concurrent armurier E. J. Churchill. Il est lui-même le support promotionnel de ses produits, une sorte de « publicité vivante ».  Charles Boswell et les

autres concourent sur le terrain du tir aux pigeons vivants pour vendre toute sorte de fusils de chasse, tout comme les constructeurs automobiles concourent maintenant sur les circuits de formule 1 pour promouvoir leurs voitures de série.

 Très vite, Boswell réussit à se faire un nom dans le secteur très concurrentiel de l’armurerie fine britannique en se spécialisant dans la fabrication des fusils de tir aux pigeons vivants. En 1884, le succès lui permet de s’installer à une adresse plus prestigieuse, sur le Strand, au centre de Londres, au numéro 126. Un catalogue de cette période nous apprend que ses armes sont réalisées avec des platines fabriquées par les deux meilleurs platineurs de tout le Royaume-Uni, des noms encore célèbres aujourd’hui : Brazier et Chilton. Comme chez Purdey, ses canons sont des Whitworth, ses éjecteurs de type Southgate et ses armes sont dotées d’une fermeture supérieure. Le document nous révèle que certaines de ses bascules sont dues à Horatio Frederick Phillips, l’homme à l’origine du Vena Contracta, un calibre 12 se terminant progressivement en calibre 20. Enfin, parmi ses sous-traitants, on trouve Edwin Charles Hodges, un basculeur réputé qui s’occupe des bascules de Boss, Lang, Grant ou  Atkin. Toutefois, une grande partie des armes Boswell est faite à Birmingham. Certains historiens avancent que Boswell, suite à une querelle avec le maître d’épreuve de Londres, aurait préféré envoyer ses armes au banc d’épreuve de Birmingham, et qu’il n’aurait jamais fabriqué ses armes ailleurs qu’à Londres. Permettez-moi d’en douter. Cette histoire fut probablement une façon habile pour Boswell de conserver sa réputation de fabricant londonien tout en produisant à moindre coût. De toute évidence, c’est le Gun Quarter, le quartier des armuriers de Birmingham et sa main-d’œuvre centralisée et bon marché, qui permit à Boswell d’offrir une gamme de fusils adaptée à toutes les bourses. 

 

En 1914, George Boswell se retire et passe les rênes à son fils, Osbourne George. L’entreprise est solide et prospère, en témoigne un article paru dans Armes & Explosive à l’occasion du départ à la retraite du fondateur: « Parti de rien, sans  nom, sans relations, Boswell a construit, ces trente dernières années durant, avec un pur courage, une énergie inébranlable et un sens de l’entreprise sans faille, une entreprise de première classe. Elle doit tout à la personnalité de son fondateur. » Malheureusement pour Osbourne George, avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, les grandes années de la firme familiale sont comptées. La terrible grippe espagnole suivie, en 1920, du quasi effondrement de l’économie britannique aggrave encore la situation. Les années 1910 et 1920 sont extrêmement difficiles pour l’entreprise Boswell comme pour tous les fabricants de fusils de chasse. L’interdiction du tir aux pigeons, en 1922, donne quasiment le coup de grâce.

 

La passion des armes, cent ans après

 

Après la mort de Charles, en 1924, Osbourne se retrouve seul pour tenter de maintenir l’entreprise vivante, sans son fondateur charismatique et avec l’effondrement de la demande pour les armes de tir, la grande spécialité maison. Dès lors, l’histoire de l’entreprise est celle d’une lente agonie, un passage par une série de ventes et d’absorptions, jusqu’à une presque disparation à la fin des années 1980. Il en va ainsi jusqu’en 2004 et une résurrection opérée par un certain Chris Batha. Comme l’a observé Douglas Tate, spécialiste de l’histoire des armes de chasse britanniques, « Chris Batha est l’homme idéal pour relancer la firme fondée par Charles Boswell ». Lui aussi est un self-made man, issu d’un milieu modeste et qui a réussi à se tailler une place importante dans le monde des armes de chasse. Il est également un excellent tireur. Son ami Vic Venters, journaliste cynégétique américain, le dit « aussi rapide qu’un lièvre pour reconnaître les opportunités, comme beaucoup de ceux qui ont dû se battre dans la vie, et aussi audacieux que César pour les saisir. Une grande partie de son succès est due à ses grandes compétences de vendeur, mais aussi à de vrais autres dons dont celui de l’éloquence ». Christopher James Batha est né en 1955 à Oswestry, comté de Shropshire, à la frontière du pays de Galles. Son père, brocanteur, lui a transmis la passion des armes de chasse. Après avoir été marin, puis sapeur-pompier, tout en travaillant à temps partiel comme livreur d’armes et de pièces pour les fabricants de Londres et leurs sous-traitants, il devient un instructeur de tir et gun-fitter mondialement reconnu, en fait l’un des trois meilleurs. Comme son prédécesseur, il est passionné de tir de compétition, avec plus de 40 coupes remportées dans toute l’Angleterre. Chris a acquis Charles Boswell en janvier 2004, avec, selon ses mots, « l’objectif clair de faire revivre l’un des meilleurs armuriers de Grande Bretagne ».Je lui ai demandé ce qui l’avait convaincu de porter son dévolu sur le nom Boswell. « La tradition de cette maison de faire des fusils de compétition également jolis, superbement fiables et parfaitement équilibrés, m’a-t-il répondu. Sans compter la coïncidence d’avoir les mêmes initiales que Charles Boswell, ajoute-t-il dans un sourire. Aujourd’hui, la société Charles Boswell Gunmaker produit ce que je crois être quelques-unes des armes de chasse de petit calibre les plus exquises et les meilleurs fusils de tir sur mesure au monde. Je m’efforce d’atteindre le niveau de qualité de l’époque du fondateur. Les Boswell actuels sont fabriqués presque de manière identique que les originaux d’il y a près de cent quarante ans. » Sont-ils fabriqués en Angleterre ? «Absolument, répond Batha, ils sont entièrement réalisés à Londres par les meilleurs travailleurs à domicile – le finisseur David Sinnerton, le canonnier Mick Kelly, le basculeur Mark Sullivan ou le crossier Andy Marshall. » Au moment où j’écris ces lignes, Chris Batha a livré 38 fusils. Un fusil à chiens extérieurs de calibre 20 à mécanique  Beesley, un autre de calibre 16 à side-lever, qui reprend l bascule du juxtaposé Boss, et une paire de superposés de typeBoss calibre 12 sont en cours de fabrication.

 

Trésors d’hier et aujourd’hui

 

On se souvient combien les fusils de tir aux pigeons devinrent désespérément démodés il y a une trentaine d’années, avec l’engouement pour l’ultra-light et ses fusils légers à canons courts. Mais les choses changent. Nul ne remet plus en doute aujourd’hui qu’une arme de tir aux pigeons de 3,4 kg, chambrée 70 mm avec des canons de 76 cm chokés trois quarts/full, est l’outil parfait pour la chasse à la sauvagine ou pour les battues de haut vol. Une telle arme, surtout si elle porte une grande signature, se vend 40 % plus cher qu’un modèle à canons de 70 cm. Il y a quelques années, c’était l’inverse, un Purdey standard valait 40 % de plus qu’un fusil lourd à canons longs conçu pour le tir aux pigeons ou le haut vol. Boswell ne possède sans doute pas le cachet de Purdey, Boss ou Holland & Holland, mais il devient leur égal dès l’instant où la qualité entre au premier rang des considérations de l’acheteur. Beaucoup des fusils Boswell d’autrefois étaient des « spécial tir aux pigeons » à batterie ou à platines de haute qualité souvent richement ornés. Ils apparaissent régulièrement sur le marché de l’occasion. Leur rapport qualité-prix est exceptionnel. Forgés par la compétition sur les pas de tir et construits par les meilleurs artisans pour les meilleurs tireurs, ces fusils de tir aux pigeons d’époque constituent de véritables trésors. Manipulez-en un, vous comprendrez, tirez ne serait-ce qu’une seule fois avec, vous serez accro à jamais. Dès lors, je vous garantis que vous placerez Boswell sur cette fameuse première marche de la hiérarchie armurière ! Djamel Talha

 

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23/08/2017
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Peter Victor Nelson

 
Il y a quelque temps, lors d’un échange sur un réseau social entre passionnés d’armes fines, quelqu’un me demanda quelle était l’arme que je convoitais le plus au monde. Ma réponse fut immédiate : un «PVN », un fusil du grand, très grand Peter Victor Nelson. Elle sembla laisser sans voix mon interlocuteur, pour qui ce nom était sans doute inconnu. Il est temps d’y remédier. 
 
Le travail de certains armuriers fait vibrer notre corde sensible plus que d’autres. En ce qui me concerne, le vibrato est à son apogée dès qu’est évoqué Peter Nelson. Pour décrire la qualité d’un fusil portant sa signature, aucune louange ne me semble excessive. Comme moi, beaucoup tiennent ce fabricant pour l’un des meilleurs de tous les temps, le comparent au grand Joseph Manton. Oui, comme Manton, Nelson exige la perfection, de lui-même et de ceux qui travaillent avec lui. Ce n’est pas pour rien qu’on le surnomme Mr. Perfection.
 
Des maîtres prestigieux
 
Peter Victor Nelson est né en 1938 dans le quartier londonien d’Acton et a grandi à Seven Kings, dans l’Es- sex, au sein d’une famille de militaires. Sa première rencontre avec le monde de l’armurerie se fait par l’intermédiaire d’un ami de la famille, William Roper, un armurier qui travaille pour le fabricant Charles Hel- lis. C’est à son contact que l’idée de devenir armurier vient au tout jeune Peter. En 1953, à 15 ans, l’adolescent commence son apprentissage comme basculeur chez l’un des plus prestigieux fabricants d’armes de chasse au monde, James Purdey & Sons. On le sait, les murs d’Audley House ont vu passer des légendes de l’armurerie : Lang, Atkin, Evans, Beesley, Robertson, Lawrence Salter, William Nobbs... Etre formé ici, c’est la possibilité d’apprendre à faire des armes selon ce qu’il est convenu d’appeler « la manière Purdey ». Une « manière » établie de longue date et demeurée inchangée à ce jour si ce n’est par l’introduction de la CNC. Ce qui distingue la manière Purdey de celle de Holland & Holland, de Boss ou d’autres n’est pas tant la façon dont les différentes pièces sont faites, mais plutôt qui les fait et qui les monte, dans quel ordre et quelle organisation. Le tout pour aboutir au processus complexe qui définit la fabrication d’une arme fine.
 
 
Peter travaille jour après jour avec des maîtres artisans de premier plan, il les voit à l’œuvre, absorbe tous les petits trucs qu’ils ont patiemment acquis au fil des ans. Il voit des armes prenant forme selon un protocole rigoureux. Surtout, deux ans durant, il a la chance d’avoir pour mentor et formateur Ernest Douglas Lawrence, à l’origine de l’amélioration de la bascule du superposé Woodward, dont il assure alors la fabrication. Peter apprend à faire ce superposé aux côtés de celui qui le connaît le mieux. Son premier Woodward sera un calibre 12 portant le numéro 27 417. Ensuite notre élève passe sous la responsabilité d’un autre grand maître, Ben Delay, avec qui il découvre la fabrication des juxtaposés de type Beesley, et tant d’autres facettes du métier. Plusieurs générations de Delay furent des artisans renommés chez Purdey.
 
La formation du jeune homme dure sept ans, le temps classique de l’apprentissage. Mais dans le cas de Nelson, la richesse de ces sept années fut sans doute démultipliée tant il s’engage corps et âme dans son métier, se faisant déjà une réputation de perfectionniste. On raconte que les quelques fois où il fut convoqué dans le bureau de son responsable, ce n’était pas pour s’entendre reprocher un retard ou une quelconque bêtise de jeunesse, mais parce qu’il prenait trop de temps à faire son travail. Non que Nelson soit lent, mais la vitesse est suspecte à ses yeux, inconciliable avec la qualité. Et la qualité telle qu’il l’entend exige plus de temps que les horaires que son employeur lui autorise !
 
 
Malgré le préjudice que porte son exigence à la productivité, Nelson restera tout de même dix-huit ans et basculera 164 fusils à Audley House. Ici, le rôle du basculeur ne consiste pas seulement à monter des canons sur une bascule au noir de fumée. Il s’agit aussi de relimer cette dernière, fabriquer, réunir et assembler toutes les pièces, relimer et ajuster les crochets des canons, ainsi que le fer de devant sur la goupille transversale. Et nous parlons là de deux bascules parmi les plus complexes au monde, la Beesley et la Woodward.
 
Nelson quitte la firme londonienne à l’âge de 33 ans, en 1971. «Je suis parti pour deux raisons, explique-t-il, étendre mes expériences et avoir  une meilleure vie pour ma famille. Mais je serai toujours reconnaissant à James Purdey, sans lui, ma carrière n'aurait pas été ce qu 'elle est. » Nelson rejoint un autre des plus prestigieux fabricants d’armes de chasse, Hartmann & Weiss. Lui et Otto Weiss ss sont amis de longue date, ils ont travaillé ensemble chez Purdey après que ce dernier a fui l’Allemagne de l’Est, en 1958, abandonnant son poste chez Merkel. Weiss est retourné en Allemagne dans le milieu des années soixante et a fondé, avec Gerhard Hartmann, Hartmann & Weiss. Nelson reste trois ans chez son confrère et ami, ajoutant une nouvelle compétence à son savoir- faire, la fabrication de la carabine Heeren à bloc tombant. De retour en Angleterre, il continue à travailler pour Hartmann & Weiss ; des dix- huit ans que durera cette collabora-tion naîtront 32 armes, 26 juxtaposés et 6 carabines.
 
Faire de son nom une marque
 
Par ses talents exceptionnels, Peter Nelson attire tout à la fois l’attention des chasseurs, des collectionneurs et des fabricants. Sa quête obsessionnelle de la perfection devient légendaire dans le métier, ses armes atteignent un tel niveau de conception et de finition que nombre de fabricants lui font les yeux doux pour qu’il intègre leur atelier. Mais Nelson rêve d’indépendance. S’installer à son compte et faire de son propre nom une marque, n’est- ce pas le Graal de l’armurier ? Seulement le contexte du XXe siècle, surtout dans son dernier tiers, n’a plus rien à voir avec celui du XIXe, quand l’industrie de l’arme de chasse et la demande en armes fines étaient à leur apogée et qu’une liste étonnamment longue d’armuriers s’installaient à leur compte et réussissaient.Dans le paysage ô combien plus morose du siècle suivant, certains choisissent malgré tout de passer le cap, en tentant de relancer une grande marque disparue ou bien sous leur propre nom. Mais à ma connaissance, deux seulement ont réussi : l’Écossais David Mackay Brown et Peter Victor Nelson.
 
 
En 1989, Peter Nelson décide donc de voler de ses propres ailes. Dans l’atelier installé dans la maison familiale à Penn, au cœur du Buckinghamshire est conçu le tout premier fusil portant son nom, le fameux Trafalgar Gun, matricule 1138, en référence à sa date de naissance, le 1er janvier 1938. Un fusil à platines de calibre 12, mécanique Beesley, gravé par le fabuleux Phil Coggan, avec des scènes illustrant la célèbre bataille navale menée en 1805 par l’amiral Nelson - un homonyme sans lien de parenté. Sur le flanc droit, on voit le vaisseau britannique, le HMS Victory, engageant le navire franco- espagnol, le Redoutable. Sur le flanc gauche, la gravure, inspirée de la peinture de Denis Dighton, montre la mort de Nelson sur le pont du Victory. La figure de proue du Victory décore la clé d’ouverture et son gréement orne les coquilles.  L’attention du détail se retrouve jusque dans le cran de sûreté, sculpté dans la forme de l’un des mortiers du pont du navire. «A lui seul, ce détail a pris près de deux jours, raconte Coggan. Peter voulait que la surface latérale du cran de sécurité, cette partie en arc de cercle de deux millimètres à peine, soit gravée! » «Le rêve de chaque armurier est probablement de construire et de posséder sa propre arme », confie Peter Nelson... Le Trafalgar Gun sera pour lui, jamais il ne sera mis en vente. Il devient sa carte de visite, la démonstration de ses extraordinaires compétences, contribuant à lancer sa carrière sous son propre nom. Et avec quelle réussite ! Désormais, tous les grands collectionneurs veulent compter une arme signée PVN dans leurs acquisitions. Il faut dire que, comme il l’avoue lui-même, Nelson passe désormais trois fois plus de temps à faire un fusil que lorsqu’il travaillait pour d’autres - « Une arme qui porte votre signature doit être absolument parfaite. »» Il est dans son atelier de 8 à 19 heures. Et, m’a confié sa femme, plus d’une fois il se lève au beau milieu de la nuit pour aller travailler sur une bascule, comme un peintre qui refuse d’admettre que sa toile est terminée.
 
La perfection à l’état pur
 
Nelson estime consacrer 900 heures à un juxtaposé prêt à être gravé, 1200 à un superposé ! A ce rythme - autrement dit trois à cinq chefs-d’œuvre achevés par an -, le délai de livraison est de cinq ans. Voilà qui explique le peu de publicité consentie par l’armurier autour de son travail, sauf à participer à de rares salons et expositions aux Etats-Unis. Lors de ces rendez-vous, Nelson a à cœur de présenter ses armes avant gravure de sorte que l’on puisse voir la beauté et la qualité de leur fabrication sans être distrait par la gravure. Car, comme l’a dit Ferdinand Courally, «rien n'est plus difficile à réaliser parfaitement qu'un fusil absolument dépourvu de gravure. Les moindres tares apparaissent, et si la ligne et les ajustages de l'arme sont mauvais rien ne pourra dissimuler ces défauts». C’est aussi la raison pour laquelle la brochure P. V. Nelson est probablement la seule où vous ne voyez que des pièces en blanc, non gravées, qui laissent apprécier un façonnage méticuleux, un polissage et une finition inégalés. Rarement vous verrez deux pièces de métal plus parfaitement ajustées. L’assemblage est si fin, si parfait, qu’on ne peut y insérer un cheveu. Il serait donnent qu’une idée de cette perfection, elles ne permettent pas d’appréhender la complexité du délicat et gracieux travail du burin et de la lime. Pour cela, il faut avoir le fusil en main.
 
Un PVN juxtaposé peut être soit de type Beesley, reprenant la relime arrondie du juxtaposé de Boss, avec Un superposé de calibre .410, le numéro 4 d’une série de quatre (n°1194) gravée par Phil Coggan. pour les carabines doubles l’ajout de renforts latéraux de type Holland, soit de type Boss à vrai self-opening, une conception rarissime qui semble être la favorite du fabricant. Quant à son superposé, il est de type Boss, bascule et éjecteurs, mais sans la monodétente éponyme, Nelson lui préférant celle à inertie, «plus fiable et élégante », mise au point par Lawrence Salter (directeur général de Purdey de 1970 à 1999). Il a également ajouté quelques modifications de sa propre conception. Par exemple, la loupe d’accrochage (la pièce qui tient la longuesse en place) est détachable à la main. Cela facilite le réglage du serrage du devant et le réajustage n’ est plus nécessaire. J’ai demandé à ce parfait connaisseur des conceptions Woodward ou Boss lequel de ces superposés avait sa préférence. «Pour moi, la conception du Boss est plus élégante, a-t-il répondu, ce fusil est plus léger que le Woodward. »
 
Les plus grands des Britanniques
 
 
Pour graver ses armes, Nelson fait exclusivement appel à de très grands maîtres : Ken Hunt, Alan et Paul Brown, Keith Thomas, Phil Coggan et Robert Swartley. La majorité de ses armes sont pinless, c’est-à-dire sans axes apparents. Bien que la motivation première de ce choix soit de fournir une surface ininterrompue au graveur, Nelson en souligne aussi l’aspect pratique : avec des platines classiques, les axes sont filetés dans les corps de la platine et donc pris en charge uniquement par l’épaisseur des plaques. Avec les pinless, de minuscules piliers font saillie à l’intérieur de la plaque de métal et sont mis à contribution pour soutenir les axes. Ceux-ci sont généralement plus profonds qu’une plaque de platine classique et donc plus forts. Le perfectionnisme de Nelson déborde inévitablement sur son entou-Wrage, professionnel et personnel. Comme Robertson ou Beesley avant lui, il n’est pas l’homme le plus facile à vivre. On m’a raconté qu’il renvoya un jour une série de bidons d’huile d’armes à feu, qu’il avait commandés pour son utilisation personnelle en demandant qu’y soient apposées des étiquettes à son nom, juste parce que la qualité d’impression ne répondait pas à ses attentes. Non, cet homme-là n’a pas volé son surnom, Mr. Perfection !
 
Outre le Trafalgar Gun, Nelson se dit particulièrement fier de deux autres armes, le Jubilee Gun, réalisé pour le jubilé d’or de la reine Elizabeth en 2003, et le Nil Gun. Le premier est un superposé de type Boss à side-lever (clé d’ouverture latérale) de calibre 20 pesant à peine 2,6 kg. Alors que je m’étonnais qu’il n’ait pas choisi la clé d’ouverture conventionnelle, Peter me répondit tout de go que la raison en était que nul autre que lui n’avait construit un superposé de type Boss avec un side-lever. « J'aime faire des choses quelque peu différentes. » Pour être exact, nous connaissons un seul autre exemple de superposé à platines avec side-lever, une arme signée par l’Italien Cortesi. Le Jubilee Gun a été gravé par Phil Coggan. Ce virtuose de l’incrustation a imaginé une fabuleuse composition de fleurs sauvages de la campagne anglaise dans différentes couleurs d’or. Un armurier et un graveur au sommet de leur art.
 
Le Nil Gun a été conçu pour constituer une paire avec le Trafalgar Gun. Deux armes identiques dans chaque détail - le poids des départs, le timing de l’éjection, le poids global... Le Nil diffère seulement par sa gravure. Egalement inspirée par l’amiral Nelson, également signée Phil Coggan, elle représente cette fois la bataille du Nil (appelée aussi bataille d’Abou-kir), où Nelson anéantit la flotte de Napoléon en 1798. « Cette bataille ayant précédé celle de Trafalgar et les paires devant toujours porter des numéros consécutifs, le Nil Gun a reçu le numéro 1137. Un enchaînement parfait puisque 1937 est l'année de naissance de mon épouse ! » On sait le niveau de savoir-faire que requiert la fabrication d’une paire. Alors imaginez l’exigence que représentent des séries de trois, quatre... et jusqu’à neuf armes identiques, comme en a commis Peter. Sans l’existence de ces preuves pour venir nous démentir, nous aurions affirmé que c’était mission impossible. Nelson l’a fait.
 
«England Expects»
 
Les propriétaires de ces armes sont des connaisseurs, fiers de détenir un objet d’exception, qui ne s’en séparent pour rien au monde. Voilà qui explique qu’on ne voit pratiquement jamais de PVN sur le marché de l’occasion. Je ne me souviens que d’un seul cas, dans les années 1990. L’Américain de Dallas qui a acquis l’arme en question dut s’acquitter d’une somme incroyable, le prix à payer pour s’affranchir des cinq années d’attente que nécessite un fusil neuf ! Certains amateurs sont même à l’affût des Purdey des années 1970 dans l’espoir de tomber sur un fusil basculé par notre armurier. Il s’agit pourtant de millésimes peu recherchés d’ordinaire, dont la valeur repose sur le seul label Nelson. Les initiales P. N. gravées au dos de la bascule et sur la longuesse, qui se retrouvent aussi sur les armes H&W passées entre les mains du maître, font s’envoler les prix lors des enchères.
 
La devise de Peter Nelson est « England Expects », tirée du fameux message codé que l’amiral Nelson fit parvenir à ses hommes juste avant la bataille de Trafalgar : « England expects that every man will do his duty » («L’Angleterre attend de chacun qu’il fasse son devoir» ). «Dieu merci, j'ai fait mon devoir» sont les derniers mots prononcés par l’amiral avant de mourir sur le pont du Victory, alors qu’il savait la victoire certaine. Comme son compatriote, Peter Nelson peut légitimement dire qu’il a fait son devoir et bien plus encore. Nombreux de ses pairs, ainsi que beaucoup d’experts, le créditent d’avoir tiré vers le haut les normes de qualité de l’armurerie britannique, des normes qui avaient été mises à mal dans de nombreux ateliers après la Seconde Guerre mondiale. Comme bien avant lui Manton... Manton qui déclara un jour, alors qu’on lui demandait qui il considérait comme le meilleur armurier de Londres : «Purdey fait le meilleur travail... juste après le mien ! » Si le père de l’armurerie fine britannique revenait, qui sait s’il ne dirait pas aujourd’hui: «Nelson fait le meilleur travail. juste après le mien ! » ■Djamel Talha
 
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15/07/2017
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LES GENTILSHOMMES CHASSEURS

                                 Marquis de Foudras (1800-1872)

 

 

"Mon cher ami, vous ne serez jamais qu'un ignorant, si vous continuez a aimer la chasse avec une passion aussi désordonnée. Hier, vous n'avez pas fait votre thème, et aujourd'hui vous m'avez tout l'air de ne pas Faire votre version.

— Mais, monsieur l'abbé, — répondais-je, — le latin me sera très-inutile.

— Pourquoi cela, monsieur le raisonneur?

— Parce que mon père ne voulant pas que je serve l'empereur, je n'aurai rien de mieux a faire que d'entrer dans les ordres, et alors vous comprenez que le
latin...

— Oui, oui. je comprends, petit insolent, —s'écriait l'abbé, qui était d'autant plus indigné que je négligeasse mon latin, qu'il profitait pour l'apprendre un peu des  leçons qu'il me donnait.

— Mais vous allez avoir affaire à moi.

En deux bonds j'étais hors de la salle d'études, en quatre autres j'atteignais le jardin, cinq minutes après .
je rejoignais le garde-champêtre, que j'avais vu passer, le mousqueton sur l'épaule, et pendant que je parcourais les champs, le bon abbé Garchery disait hénignement  son bréviaire... en français.

Je rentrais a l'heure du dîner, le front baigné de sueur, les joues écarlates, les vêtements en désordre ; l'abbé venait se placer k côté de moi : il avait l'air solennel et même sévère.

— Il paraît que les leçons ont mal été aujourd'hui — disait mon père.

— Il n'y en a pas eu — reprenait l'abbé.

— Ah ! c'est différent — continuait mon père

—  j'aime mieux qu'on ne fasse rien que de mal travailler.

 
 Les choses en étaient là quand arriva le jour de mes treize ans accomplis, 29 octobre 1813. L’abbé Garchery et moi, nous prenions notre leçon de latin [...] En ce moment, la porte s’ouvrant me montra mon père debout sur le seuil. Il tenait à la main un objet renfermé dans un fourreau de serge verte, dont la forme allongée fit battre mon cœur.
— L’abbé, dit-il avec un embarras admirablement joué, vous allez me gronder ; mais ma foi, cela s’est toujours fait ainsi dans ma famille ; mon fils entre aujourd’hui dans sa quatorzième année.
— Ce qui signifie, monsieur le comte, qu’il doit redoubler de zèle pour ses leçons.
— Je suis de cette opinion ; mais cela signifie aussi qu’il a atteint la majorité légale pour chasser, et que je lui donne ce fusil.
« Je poussai un cri de joie et je courus me précipiter dans les bras de mon père, que je priai de répéter encore ce qu’il venait de me dire, car je ne pouvais en croire mes yeux et mes oreilles.
— Voilà aussi, continua mon père en ramenant devant lui sa main gauche qu’il tenait derrière son dos, voilà aussi une carnassière, un fouet de chasse, des sacs à plomb, une poire à poudre, des pierres de rechange et quelques menus ustensiles que tu trouveras quand tu en auras besoin.
— Vous avez oublié les bourres, monsieur le comte, permettez-moi de réparer cette omission.
* Et l’abbé, prenant sur la table mon rudiment [livres et cahiers], me le tendit d’un air navré.
— Allons, allons, l’abbé, dit mon père, ne lui gâtez pas son plaisir ; il travaillera mieux maintenant. Une passion satisfaite prend moins de temps qu’une passion malheureuse, parce qu’on ne peut pas toujours 
agir, au lieu qu on peut toujours rêver. Vous verrez que vous serez plus content de lui... »
 
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L'ouvrage le plus célèbre du marquis de Foudras.

Le plus célèbre ouvrage du marquis de Foudras. Le texte emblématique de la vénerie de l’ancien régime, sur lequel se construisit le renouveau de la vénerie française du XIXe siècle. Une remarquable galerie de grands veneurs, d’admirables chasseurs, d’hommes et de chiens, présenté avec passion, humour et talent par l’un des acteur de ces chasses mémorables. 

Ce volume est le sixième de la collection des Œuvres cynégétiques complètes illustrées du marquis de Foudras (1800-1872), célèbre « gentilhomme chasseur » bourguignon, publiée à l’occasion du deux centième anniversaire de sa naissance.
 

15/07/2017
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Longthorne Gunmakers LTD

11 ans seulement !

 

Ne cherchez pas dans vos livres consacrés à l’histoire des armes fines des informations sur la manufacture Longthorne, il n’y en a pas. Cette compagnie familiale n’a que 11 ans, un trop jeune âge pour que les auteurs aient eu le temps de se pencher sur son cas. Pour autant, ils combleront sans nul doute ce manque dans leurs futures rééditions : Longthorne produit des superposés à platines, fabriqués intégralement dans leurs ateliers, canons monoblocs compris, rien de moins !

 

 Il y a peu, j’avais écrit  que l’armurerie fine avait connu tout au long de son histoire des hauts vertigineux et des bas abyssaux et que, parmi les grandes nations productrices de fusils fins, la Grande-Bretagne était celle qui tirait le mieux son épingle du jeu, voire vivait peut-être actuellement un nouvel âge d’or. Car outre-manche l’armurerie fine est une industrie toujours vivante, de belles armes continuent d’être fabriquées et font perdurer le flambeau de l’excellence dans le XXIe siècle.

 

A côté des «géants »

 

 Leurs fabricants portent des noms que vous connaissez tous. A Londres, il y a la « sainte trinité », les trois grandes maisons que sont Purdey, Holland & Holland et Boss, à Birmingham, il y a Westley Richards, Greener ou A. A. Brown et en Ecosse, McNaughton ou John Dickson, qui continuent à produire leur Round Action. Mais à côté de ces géants de histoire armurière, il y a aussi les nouveaux arrivants, que l’on peut classer en trois catégories. La première rassemble de grands fabricants un temps disparus mais que des investisseurs passionnés sont venus ressusciter en s’appuyait sur le savoir-faire d’armuriers à domicile. Un exemple récent est celui de Joseph Manton, tiré d’un sommeil long de 175 ans par Ian Spencer, Dick Castle - ton et Geoff Walker, ou encore de Charles Boswell, relancé par Chris Batha. La deuxième catégorie réunit des artisans déjà aguerris qui, après avoir suivi le parcours classique de l’armurier (apprentissage, compagnonnage, salariat ou travail à domicile pour de grandes enseignes), ont décidé de créer des armes sous leur signature. Boxall & Edmiston, Symes & Wright ou encore Peter Nelson et McKay Brown sont les noms qui me viennent à l esprit. Enfin, il y a une dernière catégorie, celles des «outsiders» : des passionnés d’armes de chasse mais qui n en sont pas des spécialistes, qui n’ont pas suivi le parcours «obligé» évoqué à l’instant. Ceux-là décident un jour, portés par leur seule passion, de se lancer dans la fabrication d’armes, avec néanmoins à leur actif une solide expérience dans la mécanisation et les nouvelles technologies de fabrication. Vous l’aurez compris, c’est à cette génération atypique qu’appartient l’homme que je m’apprête à vous présenter, James Longthorne Stewart, fondateur de Longthorne Gunmakers Ltd.

Le parcours de ce Britannique n’est pas sans évoquer celui de l’Italien Ivo Fabbri. L’un comme l’autre conjuguent l’étincelle du génie de l’ingénierie avec l’amour des armes fines ainsi que la recherche de l’innovation au plus haut niveau de qualité. Comme Fabbri, Stewart entend apporter un nouveau savoir-faire, mais surtout une vision différente de l’armurerie fine : «Je suis convaincu que l’utilisation de la technologie moderne, des matériaux et des compétences qui sont à notre disposition aujourd’hui peuvent s’accorder avec le maintien des savoir-faire traditionnels pour produire des fusils de chasse qui répondent aux exigences actuelles.»

 100 % made in England

James est ingénieur de formation et possède une expérience de trente-cinq années dans la fabrication de pièces de haute technologie pour les industries de l’aérospatiale et du sport automobile, notamment en ustralAustralie, où il a travaillé une bonne partie de sa carrière. Parallèlement, il fut toujours un passionné d’armes de chasse et de tir, curieux de leur fonctionnement et des façons de les perfectionner. De retour en Angleterre, il commença à réfléchir à l’application de son expertise pour produire des fusils. Son but était l’autonomie, la capacité de réaliser chaque pièce lui-même. Comme un pied de nez à une tendance assez inquiétante en Angleterre où de plus en plus de fabricants sous-traitent une partie ou la totalité de leur production hors des frontières, notamment  en Espagne et en Italie. «Nous voulions que nos armes soient cent pour cent “made in England”, résume Elaine Stewart, épouse de James et directrice marketing de Longthorne. Cela nous permet de contrôler la qualité et, le cas échéant, d’apporter des changements rapides aux conceptions et aux procédés de fabrication.»

Longthorne Gunmakers a été fondée en 2006 et son premier fusil fut révélé au public lors du Game Fair anglais de 2010, organisé dans le Warwickshire. «Ce premier-né était un superposé, un modèle très populaire au Royaume-Uni. Nous avons jugé préférable de commencer avec quelque chose que les gens apprécient massivement», raconte James. Ce premier fusil, baptisé Hesketh, du nom du village où est implantée l’entreprise, dans le Lancashire, était un sporting de calibre 12 et d’un poids de 3,2 kg pour une longueur de canon de 76 cm. Il fit une entrée fracassante dans le monde fermé des fusils fins et en surprit plus d’un. « Lorsque nous parlions de notre fusil, les gens pensaient que nous étions fous ! » se souvient James. Mais très vite le scepticisme fit place aux commentaires élogieux des tireurs, sur fond de quelques grincements de dents des concurrents et membres du sérail.

James est parti d’un constat simple, un superposé de tir doit être très dynamique, extrêmement orientable, sans recul excessif et d’une fiabilité mécanique absolue. Il doit générer une gerbe dense, capable de détruire des cibles à plus de 40 m, et nécessite un départ de détente parfait.

Toutes ces qualités, l’ingénieur a réussi à les donner à ce premier fusil et à ceux qui l’ont suivi, avec l’aide déterminante de la CNC, puisque ses ateliers disposent de machines capables d’usiner des pièces à un niveau extrême de précision. C’est là une contribution indispensable à la production d’exception qui sort de Longthorne, mais ce n’en est pas la clé. Si tel était le cas, les Japonais seraient depuis longtemps devenus les leaders du marché des armes à feu.

A Longthorne, l’homme est toujours au cœur du processus. Seules les mains d’un artisan peuvent assembler les pièces pour un ajustage idéal, limer et polir pour donner le fini parfait. « Les machines de haute technologie que nous utilisons sont là pour relayer les hommes sur l’établi, et leur laisser leur temps et leurs compétences pour faire ce qu’ils savent faire », résume Elaine. Dans ces armes, il y a tout à la fois la haute technologie, la pointe du progrès et le soin infini des artisans, l’attention à chaque détail mécanique et esthétique.

 

Qu’est-ce qu’un Longthorne ?

 

 Une arme de Longthorne Gunmakers est un fusil à platines à quatre axes dont la bride est taillée dans la masse du corps de plaque de la platine, ce qui n’est pas sans rappeler les créations des frères Rizzini à Magno en Italie et, sur le plan esthétique, le SO10 de Beretta. La platine dispose d’une double gâchette de sécurité. Le basculage est de type Hill/Woodward, avec des broches remplaçables, et le verrouillage de type Robertson/Boss en ce sens que les verrous sont juste en dessous du canon inférieur. « Mais nous avons fait en sorte que le mécanisme du verrouillage et d’ouverture soit réversible, précise James, afin de nous permettre de réaliser une ouverture pour gaucher si nécessaire. » Les verrous sont commandés par des ressorts à lames. La percussion est quant à elle assurée par une monodétente sélective et l’extraction par des éjecteurs de type Perazzi.

 

Bien. Mais qu’est-ce qui distingue un Longthorne d’un autre superposé fin moderne ? Assurément, ce sont ses canons. Rappelons qu’il existe deux manières d’assembler les tubes d’une arme : avec un demi-bloc, option réservée aux fusils fins, et par frettage, pour les armes en série. Il n’est pas excessif de dire que, sur ce point, James Stewart semble avoir atteint le Saint Graal convoité par bien des grands armuriers avant lui : il est en mesure de réaliser l’ensemble des deux canons (les deux tubes, le monobloc, les crochets, le crochet de longuesse et la bande) à partir d’un seul morceau d’acier. Qualifier ce processus de «nouveau», comme on le lit volontiers ici et là, est excessif ; depuis que je me passionne pour la fabrication des armes, j’ai constaté que le «nouveau» a souvent été déjà tenté plus d’une fois dans le passé, voire effectivement réalisé. Ainsi, dans les années 1850, le célèbre ingénieur Sir Joseph Whitworth travailla sans relâche à produire des canons à partir d’une seule pièce de métal, sans jamais aboutir cependant, puisque le coût de revient de son processus était tel que l’arme ainsi réalisée aurait atteint un prix prohibitif. On peut citer aussi les canons monoblocs des canonniers français de la vallée de Chevreuse, qui ont équipé des armes bien réelles cette fois même si elles restent rares et quasi impossibles à dénicher.

 

 Il n’empêche, là où Whitworth a échoué, là où les fusils français évoqués font figure d’exception, Stewart a réussi. « Il m’a fallu quatre ans pour perfectionner mon procédé, confie-t-il. Mais le jeu en valait la chandelle tant il apporte des avantages indéniables.» « Nos canons sont très solides et très légers, poursuit Elaine, nous avons éliminé la lourde bande intermédiaire en faveur d’une très petite en forme de I, ce qui autorise à faire la paroi du cylindre plus épaisse et ajoute à la force des tubes. Pour autant, ces canons restent plus légers que des tubes classiques, avec un poids de seulement 1,240 kg contre plus de 1,400 kg d’ordinaire. Ils sont également parfaitement parallèles et aucun réglage n’est nécessaire pour cela. C’est une des raisons pour lesquelles nos armes ont si peu de recul et que les relèvements des canons sont infimes. » « Nous pouvons éprouver tous nos canons pour la grenaille d’acier avec le full choke, ajoute-t-elle, et nous avons récemment éprouvé un calibre 20 pour l’acier avec “50 thou” (soit un restreint de 1,27 mm 13/10, ce qui est plus serré que l’extra-full). Nous avons la fierté d’être la seule entreprise à pouvoir le faire. » Et Elaine parle preuve à l’appui… Alors qu’elle nous livre ces explications, son mari, qui est loin d’être un poids plume, hésite pas à placer un jeu de canons sur deux plots de bois, un à chaque extrémité, à se hisser sur les tubes ainsi disposés et d’y peser de toute sa masse !

 

Pour le moment, Longthorne propose deux modèles, le Hesketh et le Rutland, qui se différencient juste par leur niveau de finition, mais qui sont disponibles dans une variété impressionnante de formes. Tous les calibres courants du 12 au .410 sont au choix du client, comme le sont toutes les spécifications habituelles, la longueur des canons, les dimensions de la crosse, les chokes, le poids, l’équilibre, etc. Nous avons là ni plus ni moins le fusil sur me - sure dans le vrai sens du terme. Le Hesketh est vendu, non gravé, à partir de 16 900 € et le Rutland de 31 400 €. Ce qui se passe ensuite, en termes de temps et d’argent, dépend de votre goût en matière d’ornementation et de la personne à qui vous voulez confier le travail. Vous pourrez opter pour de l’anglaise avec ses différentes interprétations ou pour des scènes de chasse. Tout est possible, logique nous sommes en présence d’un fusil à platines 100 % anglais.

 

Oubliez les épitaphes

Les moments que j’ai passés avec James Stewart pour la préparation de cet article m’ont suffi pour comprendre que je n’avais pas affaire à une personnalité encline à se reposer sur ses lauriers. Aussi me suis-je aventuré à questionner mon interlocuteur sur ses futurs projets, terrain sur lequel la plupart des fabricants se montrent peu loquaces. Pas James, qui m’a confié sans détours qu’il réfléchissait à la création d’un superposé à batterie et d’un juxtaposé. «Le premier sera de type Perazzi avec des canons de notre propre conception, le second, encore en cours d’étude, en tout cas concernant le peaufinage des détails, sera à platines de type H&H avec nos canons munis d’une bande surélevée. » Dans certains milieux, vous entendrez toutes sortes d’épitaphes prêtes à être gravées sur la pierre tombale de l’armurerie fine britannique. Mais si leurs auteurs se donnaient la peine d’explorer certains ateliers, ils y découvriraient des armes qui prouvent que toute nécrologie est décidément prématurée. ■ Djamel Talha



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01/07/2017
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Un taxi mauve

Michel Déon vient de nous  quitter le 28 décembre 2016, à 97 ans, en Irlande. Un homme remarquable à tous points de vue.  Il fut un chasseur inlassable.  Et sa passion se reflète constamment dans ses écrits. Pour rendre hommage à cette grande figure des lettres françaises,  j’ai retenu quelques passages extraits de son fabuleux «UN TAXI MAUVE»  où il est justement question de chasse. Peut-être parce que je suis moi-même chasseur, mais  Il arrive, à mon sens,  au sommet de son art lorsqu’il parle de sa passion cynégétique.  Jugez-vous-même. 

                                                                          

 

                                                                                                      

                                                                             Un taxi mauve
                                               Michel Déon (1919-2016)
 
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Nous nous trouvâmes nez à nez au sortir d’un taillis, sans plaisir, lui parce qu’il était puni par son père et presque en faute s’il parlait à un étranger, moi parce que j’aime la solitude des longues courses, et, au bord des lacs et des marais, les heures de guet qui trompent mon attente. Je n’étais pas pressé — qui l’est en ces circonstances? — mais je n’avais besoin d’aucune compagnie. Du moins le croyais-je. Nous aurions dû nous contenter d’un de ces « Hello! what a lovely day! » que les Irlandais échangent toujours avec le même sourire sous une pluie battante ou dans les rafales de vent glacé, mais nos chiens lièrent amitié : Grouse—mon setter irlandais — avec sa timidité habituelle, Pack — son labrador — avec sa grosse tendresse bourrue. Je les revois en cet instant, elle le derrière collé à l’herbe, protégeant ses œuvres vives contre le museau du labrador, lui tournant autour d’elle avec une naïveté pataude. Ils se complétaient, nous le vîmes tout de suite lorsque Grouse, oubliant ses arrières, leva une bécasse que je tirai au-dessus du lac où elle tomba. Déjà le courant l’entraînait, et Pack se jeta à sa poursuite, nageant comme un furieux. Sorti loin de nous, à deux ou trois cents mètres, il galopa pour la rapporter morte, son beau bec cassé, l’œil à demi clos. Nous nous fîmes, Jerry et moi, mille politesses. Je la gardai finalement et nous décidâmes de chasser le lendemain avec Pack et Grouse.
Mes rapports avec Jerry Kean sont une longue marche et de grands silences pendant un automne et le début d’un hiver. Deux ou trois fois le Lough Roerg fut presque entièrement pris et Pack brisa la glace pour rapporter les bécassines que nous levions dans les roseaux et qui retombaient en ricochant sur la mince pellicule gelée. Il y eut des heures si belles qu’à m’en souvenir en ce moment, j’en ai encore le cœur serré : crépuscules du matin et du soir à la passée, ciels de plomb dans l’après-midi avec de brusques éclaircies qui dorent les futaies, marais détrempé où nous enfoncions jusqu’aux cuisses. Le fond du lac apparaissait comme une éternité muette bordée de pins, hérissée de roseaux jaunissants où se cachaient les sarcelles, les pluviers dorés et parfois un couple de cygnes blancs...

 

 

Cette après-midi-là, plutôt que de rester à écouter de la musique ou à lire distraitement un livre (depuis des mois j’ouvre rarement mon cher Swift et n’en ai pas lu cinquante pages en tout), je pris mon fusil et sifflai Grouse. C’était encore une façon d’effacer la voix de Marthe et surtout de fuir Sharon, d’oublier le parfum qui la suit comme une traîne de mariée que de petits pages doivent se contenter de respirer avec extase, en levant les yeux au ciel, et que j’avais moi-même goûté tel un alcool fort transfigurant en irréalité totale les trois jours à Leenden, et ne laissant de vraies que les fantas­magories nocturnes.
Le bois frais et humide que je traversai débouche après un kilomètre de lande rocailleuse sur un long étang marécageux serpentant entre deux collines. Je l’appelle ma récompense et ne m’y rends qu’une fois par mois pour ne pas en troubler le gibier. Je n’y ai jamais rencontré un chasseur, ni amené personne, pas même Jerry. C’est ma réserve, mon val des miracles, un paysage nu d’éboulis, de longues herbes rouillées
et couchées alourdies par la pluie, de roseaux effilés plantés dans un lac de sable. Les deux collines qui enserrent l’étang, le pressent ou le laissent vagabonder au-delà de ses rives, sont un seul et même alignement de pierres grises en forme de dolmens dressés sur de grandes dalles craquelées, autre chaussée des géants. À chaque incursion dans ce paysage d’avant le monde, j’ai toujours eu l’impression d’avancer en précurseur, prêt à voir surgir des eaux quelque monstre préhistorique. Les monstres n’apparaissent pas, mais si je remonte les bords de l’étang, vent debout, les bécassines se lèvent sous mes pieds, offrant, le temps d’un éclair, la vision fugitive de leur ventre de neige et de leur long bec, météores surgis d’une trappe qui, après un zigzag, montent en flèche dans le ciel en répétant leur cri, « tick-up... tick-up... », et s’évanouissent dans l’ouate blanche de l’air. Je ne connais pas d’oiseau plus passionnant à tirer, plus difficile aussi par sa vitesse et son intelligence défensive. Tout est imprévu dans la bécassine, sa peur qui la fait lever à cent mètres, ou son courage qui lui permet d’attendre le passage du chasseur pour ne partir que dans son dos, « tick-up... tick-up... ». On peut s’impatienter, tirer comme un fou et tout manquer, comme on peut garder son calme et ses réflexes et tout manquer aussi. Souvent la rage est une saine réaction. Après avoir raté dix oiseaux à bout portant, on désespère et on tire à cinquante mètres une bécassine qui poursuit son vol plané et tombe doucement dans l’eau. Qui n’a pas tenu dans sa main le corps tiède et velouté d’une bécassine à peine blessée, ne connaît rien de cet oiseau singulier qui montre alors une extraordinaire confiance. J’ai passé des heures au bord de ce marais, parfois simplement assis sur une pierre, le fusil à mes pieds, fumant une cigarette, à me demander, devant ce calme et cette prenante tristesse, si tout n’était pas qu’illusion, si je n’inventais pas là une vie inexistante, comme un enfant qui se raconte des histoires d’indiens et de cow-boys au fond d’un jardin paisible, mais il suffisait d’envoyer Grouse et d’entre les roseaux s’élevaient les bécassines, les colverts, les sarcelles, les plongeurs, les râles et les stupides poule d'eau, un monde animal plein de couleurs, de grâce, de force...

 

 

Je n’ai plus un souvenir exact de ce que fut notre chasse à Forest Hill dans le comté de Galway. Je me rappelle seule­ment une belle journée de grand air où le soleil alterna avec de brèves ondées, une marche lente à trois, étagés sur les flancs des collines parmi les jeunes bois plantés par les Eaux et Forêts, une halte sur un rocher qui dominait la vallée, un pique-nique à côté d’une source qui coulait dans une mare couverte de cresson. Taubelman nous raconta qu’il avait chassé la bécasse à Java où elle s’appelle scolopax saturata. Je dois dire qu’il se connaissait admirablement en bécasses, savait où les rencontrer, vers où elles s’envoleraient. Il retrou­vait trace de leur passage en observant les fientes d’oiseaux, pointant du doigt celles des bécasses, plus fluides et centrées d’un œil noir de composition terreuse. Pour un homme aussi lourd, il était particulièrement leste, sautait les murs, grimpait les pentes, essoufflé mais rapide, sans grommeler comme lorsqu’il devait monter au cottage de Jerry. A la dizaine de bécasses que nous rapportâmes, il arracha la première rémige, la « plume du peintre » qu’il collectionnait, nous dit-il, pour un de ses amis, le plus grand artiste de son temps, un Roumain réfugié en Italie, spécialiste du trompe-l’œil, amateur de pinceaux robustes, ou qu’il gardait pour lui-même afin d’en faire des mouches artificielles à l’ouverture de la pêche à la truite. Au retour, Taubelman nous parla intelligemment, sans didactisme, un oiseau dans la main, du vol des bécasses qui, en raison de leur ossature trop fragile, se cachent dans les sous-bois par grand vent et penchent la tête en avant parce qu’elles ne voient pas de front. Il partagea aussi le gibier en mâles et en femelles, les mâles avec des pattes couleur gris bleuâtre tendant au plomb, les femelles avec des pattes gris clair tendant au rose. Il maniait les oiseaux avec une délicatesse extrême, lissant leur plumage révulsé par la charge de plomb, redressant leur cou, étendant leurs ailes pour nous en faire apprécier la gracilité. Il fut passionnant sans prétention, érudit sans ennui, un autre homme tout à fait, que l’on écoutait charmé. Je laissai dans ma poche l’article sur La Race que j’avais projeté de lui montrer, un moment où nous serions seuls, pour voir avec quel culot il se tirerait de sa confusion plus ou moins volontaire.

 

 

 

 


10/01/2017
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Quand le 12 se met au régime

 

 

Quand on évoque les armes allégées, on pense aussitôt aux superposés à Bascule ergal de grande série. Pourtant, les plus grands fabricants anglais de fusils à platines juxtaposés ont eux aussi tout tenté, tout osé pour délester leurs armes de grammes superflus. Quand le light touche au sublime !

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Les années 1920, dites années folles, furent marquées par l’émergence puis la démocratisation de nouveaux phénomènes culturels et techniques (jazz> radio, télévision, cinéma qui modifièrent le visage de la société occidentale. C’est l’époque de Joséphine Baker et de l’Art déco. Ce sont des années de créativité, d’exploits et de découvertes fantastiques. L’Américaine Gertrude Ederle traverse la Manche à la nage en quatorze heures et trente-neuf minutes, Alexandre Fleming découvre la pénicilline. C’est aussi une décennie qui fait triompher la légèreté, déclinée sous de multiples formes. Dans le domaine de l’habillement,  Gabrielle Chanel lance le jersey, un tissu souple et léger, René Lacoste son polo en coton doux et aéré que rien ne semble pouvoir démoder. L’entreprise américaine Kimberly-Clark met sur le marché les mouchoirs en papier Kleenex. Dans le sillage du développement de l’électricité dans les foyers, des appareils électroménagers de plus en plus légers font leur apparition : l’aspirateur, le grille-pain, le fer à repasser... C’est aussi la naissance du téléphone, désormais la parole s’affranchit des distances. Au même moment, l’Anglais Robert Churchill lance son fusil calibre 12 ultraléger à canon court (63,5 cm), le modèle XXV. Comme le raconte  l’auteur Nigel Brown, ce fusil serait né par accident, alors que Churchill fit éclater la bouche du canon de son fusil de tir aux pigeons de 76 cm, en tirant avec des canons bouchés par la neige. Ce jour-là, l’armurier était  sur  le départ pour les championnats annuels de tir aux pigeons à Monte- Carlo. Dans l’urgence, il demanda à son sous-traitant canonnier de Birmingham. John Harper  de couper la partie abîmée. Churchill se retrouve avec des canons de 25 pouces (63 cm) Or il tira si bien à Monte-Carlo, fort de la sensation de vivacité de l’arme qu’il devint sur-le-champ un fervent partisan des canons courts.

 

Génie armurier  et marketing

 

C’est une belle histoire, mais c’est une légende ! La réalité fut tout autre. Dans The House of Churchill, Don Masters révèle que I ' idée est venue à Robert Churchill non au hasard d’une compétition dans la principauté de Monaco, mais des états- Unis. Dès 1897, de riches Américains avaient commencé à commander à E. J. Churchill des canons de ces (66 cm) pour la chasse des colins dont l’envol est ultrarapide. Robert en avait pris acte et commença à expérimenter des canons courts, construisant son premier fusil à canons de 25 pouces en 1914. Mais ce n’est qu’après la guerre qu’il put exploiter pleinement son idée, alors que de nouvelles poudres brûlant mieux et plus vite rendaient les canons plus longs balistiquement inutiles et que la guerre avait conduit à la création de nouveaux aciers plus résistants. Concrètement, cela signifiait que les fabricants pouvaient désormais construire des fusils plus Légers, avec des canons plus courts’ sans compromettre ni leur force intrinsèque ni leur balistique.

L’engouement pour le XXV fut d’abord assez mesuré, les chasseurs habitués aux fusils à canons longs le boudaient. Les traditions dans le monde de la chasse  c’est connu, ont la vie dure. La plupart des journalistes cynégétiques faisaient la grimace devant une arme qu’ils considéraient de moindre efficacité balistique que les modèles à canons de 76cm alors en vogue. Mais c’était sans compter avec le génie marketing de Robert. Il déploya pour son XXV  d’intensives campagnes publicitaire, avec un seul et même message : ses XXV sont mieux équilibrés, beaucoup moins fatigant à utiliser et à transporter, plus confortable à manipuler, bien plus rapides pour tirer. Il accompagna cette promotion de toute une théorie sur le tir en publiant son livre How to shoot dans lequel il donnait bien sûr la part belle à son nouveau fusil. Progressivement, Churchill réussit à créer  une brèche dans les murs du scepticisme. Et puis, un grand coup de pouce lui fut donné par deux personnalités influentes de l’époque qui achetèrent des XXV dès la première heure : le prince de Galles, qui allait devenir le roi Edward VIII, et Reg Corbett, le célèbre champion de tir aux pigeons vivants. Petit à petit, les chasseurs ont adhéré au concept tant et si bien que les XXV se vendirent bientôt comme des petits pains.

En 1926, les ateliers pouvaient à peine suivre les commandes. « Mes propres armes personnelles ont dû être sacrifiées », déclara Robert, avec toujours le même sens du marketing. D’après Don Masters, entre 1927 et 1929,92 % des nouvelles commandes étaient pour le XXV. Et rappeIons que tout cela se passait au cours de la plus grande dépression que ce monde n’avait jamais connue !

 

Le XXV et ses descendants

 

Le XXV de Churchill fit l’effet d’une bombe. Il balaya la concurrence, s’imposa comme le «must have» ! Oui, Churchill coula des jours heureux avec lui. A la fin des années 20, armuriers britanniques furent forcés d’admettre l’influence de Churchill dans le choix des fusils de chasse, et tous les fabricants se mirent à sauter dans le train des canons courts. Holland & Hollald, par exemple, sortit son Royal Brevis ( court  en latirn)un fusil à canons de 67 cm, Charles Hellis choisit une longueur de 66 cm et Cogswell & Harrison 68 cm. Plus tard et encore de nos jours, d’autres fabricants rendront hommage à Churchill en baptisant XXV certains de leurs modèles à canons courts. C’est le cas de l’espagnol Aya dont le XXV est toujours au catalogue avec canons de 25 pouces, bandes Churchill mais gravure liégeoise.

 

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Le phénomène Twelve-Twenty

 

Pendant que Churchill construisait son succès sur les canons courts du XXV et sur un poids forcément réduit, d'autres fabricants cherchèrent juste à gagner du poids sans couper les canons. G. E. Lewis, à Birmingham, qui paradoxalement se fit connaître en fabriquant des fusils lourds, construisit un modèle (l’Ariel) de 2,6 kg seulement avec des canons de 70 cm. Charles Hellis sortit son Featherweight, dans des versions platines et boxlock (à batterie). Les deux pesaient environ 2,7 kg. Mais le modèle qui s’avéra extrêmement populaire au début des années 1920 fut le Twelve-Twenty (le « douze- vingt»), surnommé ainsi parce que l'arme était un calibre 12 mais de poids aussi léger qu'un fusil de 20. Charles Lancaster fut tellement associé au 12-20 que beaucoup pensent qu’il en est l’inventeur. En fait, c’est un certain William Baker, armurier à Birmingham, qui est derrière ce concept. Il s’agit d’un fusil à platines dans lesquelles les grands ressorts sont logés chacun dans une boîte d’acier située à l’arrière de la bascule, soit une disposition à l’opposé de la plupart des platines, où les ressorts sont en avant de la bascule.

  En outre, Baker remplaça les deux leviers d'armement traditionnels par un seul monté dans le même logement qui reçut les crochets et dont la seule fonction était de comprimer les grands ressorts lorsque le fusil était fermé. Dans les platines traditionnelles, l’acier est retiré des flancs de la bascule pour accueillir les ressorts, ce qui réduit la résistance et exige en conséquence une bascule robuste et lourde. Dans la conception Baker, il n’est pas nécessaire d’ôter du métal, la bascule peut être réduite en taille et donc en poids sans menacer l'intégrité structurelle de l’arme. Résultat, un fusil de calibre 12 de 2,7 kg, voire moins. Le 12-20 avait également l’avantage d'être un easy-opening. Douglas Tate, grand spécialiste des armes de chasse britanniques, pointe encore un autre atout du concept Baker : « Comme le superposé Boss ou le Round Action de Dickson, la conception possède une qualité intangible, parfois - quoique inadéquatement—décrite comme “le bon équilibre ” ». M. Tate connaît son sujet, nous n’avons nulle raison de ne pas le croire.

 

Du Twelve-TWenty au Vena Contracta

 

La platine du Twelve Twenty est l’invention géniale et efficace de Baker, mais elle est souvent confondue avec une autre conception où les termes 12 et 20 apparaissent aussi : le Vena Contracta, la «veine resserrée». Un vrai bide commercial ! Horatio Phillips, rédacteur en chef de The Field, en était l’inventeur. Son brevet (n°11828) de 1893 couvrait l’idée d’un calibre 12 se terminant progressivement en calibre 20. L’objectif étant de réduire le poids... Au final, cela ne fit qu’augmenter le recul, et la performance fut au mieux médiocre. Leur principal distributeur était Joseph Lang, mais ils ont été réalisés par Webley à Birmingham. Il semble que Frederick Beesley ait réalisé également des armes de cette conception et, selon Geoffrey Boothroyd, H. A. A. Thorn (Charles Lancaster) fit naître un calibre 12 chambré à 70 mm et finissant comme un 16.

 

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Une mode et ses aléas

 

Outre Lancaster, d’autres armuriers britanniques utilisèrent largement le système Baker, comme Churchill, Stephen Grant, Lindsey Brothers, William Powell ou Harrison & Hussey. La mode des armes ultralégères atteignit son apogée dans les années 1930 avec un fabricant de Birmingham, Skimin & Wood. Dans les années 1890, les Britanniques avaient développé la « règle des 96 » stipulant que gréablement il doit peser 96 fois plus que la charge de plombs tirée. Cela signifie qu’un fusil destiné à une charge de 28 g doit peser au minimum 2,6 kg, 35 g pour 3,4 kg, etc. En appliquant ce principe, les fabricants d’une nouvelle arme chambrée à 50 mm, qui était à l’origine destinée à tirer une charge de 21 g et plus tard 24 g, purent construire une arme pesant bien moins qu’un fusil standard de calibre 12. Skimin & Wood conçut un calibre 12 de type Anson & Deeley chambré spécifiquement pour la cartouche de 50 mm (2 pouces propulsant une charge de 21 g.

 

L'arme appelée Twentieth Century Gun pesait environ 2,4 kg. Ce modèle remporta un succès tel que tous les fabricants, du plus grand au plus modeste, furent obligés de suivre. La plupart - Lang. Osbome, Ford, G.C Davies, bate, William Powell, Rosson, Toi-ley, Webley & Scott. W. J. Jeffery, Westley Richards et Churchill - choisirent pour ces fusils chambrés à 50 mm le type Anson & Deeley. D’autres - Rigby, Hellis, Holland (le Twelve Two) ou Purdev — réalisèrent des platines, et Dickson fit naturellement des Round Action.

 

Le fusil de calibre 12 chambré à 50 mm constitua un véritable phénomène dans les années 1930, mais  allait perdre de son attrait dès que le calibre 20 devint à la mode pour rester finalement l'affaire de quelques passionnés. Vous aurez du mal aujourd’hui à persuader quelqu’un d’acheter un 12 chambré 50, et pourtant. .. Ces fusils-là sont un pur bonheur. Faciles à transporter, agréables à tirer car délivrant moins de recul, offrant, avec leur gerbe courte, un rendement balistique meilleur en comparaison d’une charge similaire dans un calibre 20.

 

 

Le poids des armes de chasse fut toi jours influencé par la mode. Et e matière d’armes de chasse comme de toute autre chose, la mode est un éternel recommencement. Les fusils chargés par la bouche du début d XIXe siècle destinés à la chasse devant soi étaient relativement légers. Nous savons par exemple que le fusil Covert Gun, qui ressemblait un peu à une carabine, était léger et avait un canon court. On l’utilisait pour la chasse des faisans dans les bois avant l’époque de la chasse en battue. Lorsque le tir de battue est devenu populaire, entre 1860 et 1900, un calibre 12 standard pesait environ2.3kg et avait des canons de 76cm de long- soit, comme vous l’aurez noté, à la fois le poids et la longueur de notre norme actuel. A la fin des années1880 cependant, il y eut un engouement pour les fusils légers.

Le calibre 12 standard pesait entre 2,7 et 3,2 kg fut ramener à quelque 2,4 kg. L’armurier londonien Thomas Turner est devenu célèbre avec son Levissimus, un fusil d calibre 12 de 2,4 kg. Pour atteindre cet objectif, l’ensemble du fusil fi épuré à l’exception des canons; la bascule devint plus courte, le devant fut raccourci d’environ la moitié d la longueur standard et la crosse évidée. D’autres armuriers de l’époque se firent également connaître en faisant des armes légères leur spécialité, comme Cashmore & Ford, Lincoln Jeffries ou Lang.

 

Des mini-cartouches

 

L’invention de la poudre sans fumée condensée permit de contenir la poudre, la bourre et la grenaille dans une cartouche plus courte que la standard de 65 mm. Charles Lancaster fut le premier à fabriquer une cartouche de cette longueur, la Pygmy, en 1897. L’avantage réclamé pour ces cartouches courtes était simplement la possibilité de transporter plusieurs d’entre elles dans un sac à cartouches. Entre 1897 et 1914, d’autres fabricants lui emboîtèrent le pas, Eley, Jeffery, Curtis & Harvey ou W.W. Greener. Mais ces cartouches tombèrent vite en disgrâce... car elles avaient un grand inconvénient. Lorsqu’elles étaient chargées dans une chambre plus longue, elles donnaient lieu à des coups faisant parfois balle. La solution évidente fut donc de faire correspondre la longueur de la cartouche et celle de la chambre. C'est  ce qui fait  Sam Skimin de Skimin & Wood.

 

 L’allégé en mode durable ?

 

Entre les deux guerres, on l’a vu, la mode de l’ultra-light atteignit son point culminant. Ce qui était nouveau à cette époque n'était pas le concept de l'arme légère en lui-même, mais le fait que pratiquement tous les armuriers offraient alors une telle arme L’influence de Robert Churchill joua certes un grand rôle, mais elle n’explique pas à elle seule cette déferlante. Juste avant la Première Guerre mondiale, le tir aux pigeons vivants avait été interdit en Grande-Bretagne. Une discipline qui exige des armes lourdes

 

L’influence de Robert Churchill joua certes un grand rôle, mais elle n’explique pas à elle seule cette déferlante. Juste avant la Première Guerre mondiale, le tir aux pigeons vivants avait été interdit en Grande-Bretagne. Une discipline qui exige des armes lourdes à canons longs et pour lesquelles la demande connut de façon automatique une baisse considérable. De plus, après les tourments de la guerre, dans un mouvement d’euphorie et de libération de la société, beaucoup de jeunes femmes émancipées firent de la chasse leur passe-temps favori, avec à la clé une prédilection pour les armes légères.

Après la Seconde Guerre mondiale, la tendance alla vers un poids d'un peu moins de 3,2 kg avec une longueur de canon entre 66 et 71 cm. Pendant les quarante années suivantes, l’industrie des armes à feu, soutenue par la presse cynégétique, vanta les canons de 68 cm ou moins comme la meilleure chose depuis l’invention de la canette métallique !  Depuis les années 1980, et la popularisation du ball-trap, la tendance est à rallongement des canons. 71, puis 76, et même 81 cm. Les années 1990 virent l’émergence de quelques modèles légers construits sur la base de bascules en alliage. Et, ces dernières années, époque où la conquête du léger connaît un essor sans pareil dans quantité de secteurs, les goûts en matière d’armes de chasse vont semble-t-il à l’inverse avec une augmentation du poids et de la longueur. Pour combien de temps ? Djamel Talha

 


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07/01/2017
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Quand les cendres font partie intégrante de quelque chose que vous aimez.

Y a t-il plus bel hommage que vous puissiez rendre à la mémoire d'un tireur passionné que d'avoir ses cendres chargées dans des cartouches et tirées par ses amis ?

C'est ce qui est arrivé à James Booth, mort à cinquante ans suite à une intoxication alimentaire en 2004.

James avait été un expert en fusil de chasse pour la maison de vente aux enchères Sotheby's et était un collectionneur d'armes et chasseur lui-même. Connaissant la passion de son mari, sa femme, Joanna Booth, a eu une idée très originale pour lui rendre hommage. Puisque l'un des composants de la cartouche est la poudre, et que les cendres sont aussi une poudre, elle a décidé de demander au fabricant écossais Caledonian, de faire un mélange spécial juste pour elle en utilisant les cendres de son défunt mari. Bien qu'un peu perplexe, la compagnie a accepté. « Elles ont été chargées dans notre gamme « classic », une charge de 28 grammes, Plombs n°6 avec bourre en plastique dégradable », a déclaré un porte-parole de la compagnie.

 

Mme Booth a rassemblé vingt amis proches de son défunt mari et ils ont passé une splendide journée de chasse dans une propriété dans Aberdeenshire, dans le nord-est de l'Écosse.

Au total, 275 cartouches ont été distribuées.

Avant le début de la chasse, les cartouches ont été bénies par le ministre de l'Église d'Écosse, le révérend Alistair Donald. « C'était une dispersion de cendres parfaitement normale, quelques mots et des prières », a indiqué M. Donald, un homme à l'aise avec les manières parfois excentriques de la campagne. « Après tout, James était un passionné de balistique. »

 

Le tableau était de soixante-dix perdrix, vingt-trois faisans, sept canards et un renard.

Mme Booth a noté : « Une de nos amies, une femme qui n'avait jamais tiré auparavant, a prélevé quatre perdrix. D'après elle, c'était une journée merveilleuse et son mari l'aurait adorée. Djamel Talha.

 

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14/12/2016
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La billebaude

Connaissez-vous "LA BILLEBAUDE" d'Henrie Vincenot? C'est un de mes romans préférés, mais également un des plus beaux joyaux de la littérature française. En voici un passage choisi pour vous donnez envie de le découvrir ou de le redécouvrir.                        

 

 

                                La Billebaude

                                                                         Henri Vincenot

                                                                           1912-1985

 

Eli bien, mes curieux, je ne rentrais ni au lycée ni au séminaire mais au collège Saint-Joseph de Dijon, la grande boîte bourguignonne catholique. Quand j’y repense, et j’y repense sans cesse, je trouve que cela montre bien le rôle des femmes dans notre ancienne civilisation. C’était mes femmes qui avaient ainsi gagné la partie. J’échappais comme elles le désiraient à l’enseignement laïque des «maîtres-sans-Dieu», et sans entrer dans «la fabrique à curés», ainsi que mes grands-pères nommaient le séminaire, je restais néanmoins sous l’influence de la soutane. Je crois bien que ma grand-mère Tremblot espérait de toute son âme que ces bons pères allaient me travailler au corps et surveiller de près mes moindres manifestations mystiques pour m’emberlificoter.

 

C’est ainsi que, la rentrée étant fixée au 2 octobre, je dus abandonner l’idée de la chasse. Pourtant, avant de partir pour la pension je pus faire encore «l’ouverture». C’était un exercice que je n’appréciais pas particulièrement, car ce jour-là tous les chasseurs partaient en guerre dès le lever du soleil. On les entendait canarder toute la journée et on en rencontrait partout. Le père Tremblot, aristocrate jusqu’au bout des moustaches, c’était le comte Arthur lui-même qui l’avait dit, appelait celte kermesse la «chienlit», ou bien encore « la foire aux pétoires". Habituellement, il affectait ce jour-là d’avoir à arracher

pommes de terre afin de  n'aller pas se faire plomber les fesses par tous ces « pignoufs en chaleur», se réservant pour des chasses savantes et solitaires. Mais cette année-là, sachant que je devais «aller
pensionnaire » le surlendemain au grand collège, nous fûmes les premiers à pousser cartouche en canon et voici comment : Nous étions partis avant l’aube, sous pluie battante, pour nous trouver au cœur du buisson au lever du soleil, heure fatidique prescrite par les règlements de chasse. Nous montions en silence par

le travers des grands pâturages. Le Vieux portait en bandoulière le fusil, non encore chargé comme il se devait. Il avait, j’en suis sûr, le ferme propos de ne se mettre en chasse qu’à l’heure réglementaire, j’en aurais parié la portion de fromage de tête qui ballottait dans ma musette, mais alors que nous montions dans les chardons, en haut des pâtures, je tombai en arrêt sur un joli levraut de six livres qui me regardait. Il était blotti au ras d’un revers de motte, au pied d’un chardon sec, dont il avait exactement la couleur. Ses oreilles couchées sur son échine ressemblaient à deux feuilles de bouillon-blanc fanées et duveteuses, ses yeux noirs et brillants se confondaient avec les quelques baies de yèble que septembre commençait à mûrir par-ci par-là. Pour le voir, il fallait être le chéri du Bon Dieu. Même la chienne, qui naviguait devant nous à gauche, ne l’avait ni vu ni senti. Je m’étais arrêté, le geste pétrifié, l’haleine coupée. Il me regardait, je le regardais.

La chienne et le Vieux continuaient à monter en fracassant les chardons secs et moi j’étais là, la patte en l’air comme un épagneul en arrêt, le bâton immobile, l’œil rivé sur celui du capucin. Un geste, un simple cillement des paupières, et le charme serait rompu, et perdu cet instant inoubliable.

On aurait dit que ce lièvre me disait : « Reste ! Mais reste donc beuzenot ! Ne t’en va pas user tes fonds de culotte sur les bancs de leurs Écoles ! Tu vois bien qu’ici c’est la vie, la vraie vie, la seule vie ! »

 

La pluie s’était arrêtée et même un fin vent du nord semblait vouloir nous amener une belle éclaircie qui se déchirait au-dessus du Morvan, étalé devant nous. La chienne était déjà au bois, battant l'orée, buissonnant furieusement. Sans doute venait-elle de flairer la sortie et les détours de ce lièvre qui était venu se remettre là et que je tenais au bout de mon regard.

 

 

Le Vieux, lui, s’était arrêté. Il s’était retourné et allait me héler mais, m’ayant regardé attentivement, il comprit. Avec des gestes coulés, il mit lentement l’arme au poing, écarta les jambes, cassa son fusil, prit deux cartouches dans sa cartouchière, les engagea. Je ne voyais pas tout cela, mais je le devinais car si j’avais tant seulement remué la prunelle d’un millimètre, la bête eût jailli de son gîte. Je n’entendis même pas le clac du verrouillage du fusil, le lièvre et moi nous ne faisions plus qu’un. Nous tentions tous deux
de prolonger cette hypnose, moi pour le plaisir, lui pour mieux préparer sa fuite.

Le Vieux, impitoyable, lança le traditionnel «hardi dessus ! ». Nos muscles se détendirent ensemble, mon bâton fouetta l’air, le lièvre eut un bond énorme, fit son quatre et prit du champ. La charge de plomb l’atteignit alors qu’il avait toute sa vitesse au faîte du mamelon; il fit la culbute et tout se tut. C’était le premier coup de fusil de cette saison-là.

A ce moment-là, je vis que le soleil levant éclairait tout le Morvan. En riant, le Vieux ramassait l’animal et le faisait pisser, pendant que notre Tambelle revenue au coup de feu sautait de joie autour de lui, et c’est alors que j’entendis Tremblot dire tout bas à la chienne : « As pas peur ! la prochaine fois que tu es en chaleur, je te fais couvrir par le petiot. Une fameuse portée de chiens d’arrêt que ça fera ! » Ainsi était-il le vieux Tremblot.

Mais l’affaire n’était qu’ébauchée. En effèt sur le coup de midi, nous arrivions sur la place de l’église. Il y avait grand bruit à l’auberge. Les autres chasseurs étaient déjà là, pérorant et se provoquant. Ils nous virent passer et il nous fallut faire halte pour commencer le deuxième acte de cette journée de chasse. Acte plus important que le premier, car le premier avait été celui de l’action, le deuxième devait être celui de la parole, toujours prioritaire chez les Gaulois. Celui-là silencieux et tout intime, celui-ci grandiose et merveilleux, comme on va voir.

Le Vieux sortit le lièvre de sa grande poche, le jeta sur une table parmi les bouteilles de vin rouge, et cria :

—      Celui-là, regardez-le bien!... Ils s’approchèrent car ils voyaient bien que le Tremblot avait quelque chose à raconter. J’étais resté dehors car les enfants pas plus que les femmes n’entraient au café et, par la porte, je regardais mon grand-père. Il remonta sa, cartouchière en bombant le torse d’un air important, son œil se plissa et voici le récit qu’il fit (on l’opposera à celui que je viens de faire en toute objectivité) :

—     On montait par les pâtures, commença-t-il d’un ton détaché, il n’était pas encore six heures du matin, mon fusil en bandoulière, pas chargé. Moi, les mains dans les poches. La chienne muguetait par là. Tout à coup, je vois mon gamin qui s’arrête raide comme keule l’œil au sol. Cré vains dieux, que je me dis, le gamin tiendrait un lièvre en arrêt que ça ne m’étonnerait pas. Tout doucement je prends l’arme, je la casse, je mets deux cartouches de cinq, je referme le fusil, prêt que j’étais à tirer. Mais voilà, il était six heures du matin seulement et le soleil était encore loin derrière la montagne ! Vous me connaissez : plutôt mourir que de tirer un lièvre avant l’heure réglementaire! (Rires.) Alors, que je dis au petiot, tâche de tenir l’arrêt un bon moment. Tu me le feras sauter quand le soleil sera là.

« Je m’assieds, la chienne revient près de moi, je la prends au collier pour la maintenir.

«Une demi-heure, qu’il me fallait attendre! Alors je sors le casse-croûte, la chopine, je bois, je mange. Le gamin me tenait toujours l’arrêt. Puis je m’étends. Je regarde passer la nuée et voilà-t-il pas que je m’endors ? Combien de temps que j’ai dormi ? Une heure? Deux heures? Tout d’un coup la chienne me réveille en me léchant le nez. Hou Dieu, que je me dis, mon lièvre et mon petiot ?

«Eh bien, vous me croirez si vous voulez, le petiot était toujours la, le lièvre aussi, l’un regardant l’autre! Alors je me lève, je saute sur le fusil, je crie “sus !”, le lièvre déboule, fait son quatre et je l’aligne gentiment au moment qu’il rentrait au bois.

Le grand père s’est arrêté, les autres buveurs ne disent mot, attendant la chute, car ils savent que le Vieux connaît son métier de conteur.

—        Au moment que je fais pisser le capucin, reprend-il, voilà onze heures qui sonnent au clocher!... Cinq heures! Oui, cinq heures que le petiot avait tenu l’arrêt ! On n’avait plus qu’à rentrer !

Le grand-père se penche vers moi et crie :

—        Rentre dire aux femmes que j’arrive, qu’elles peuvent tremper la soupe ! Et alors, mais alors seulement, une grande ragasse de rires éclate comme un bruit de feu de brousse poussé par le vent à travers une sapinière. On les entend depuis chez nous.

De la confrontation de ce récit avec la vérité, ma vérité, j’ai tiré bien des leçons. La veille de m’envoyer en pension pour tout un hiver, le Vieux, je crois, venait de me léguer l’héritage le plus précieux. Vous comprendrez ça comme vous voudrez, vous qui m’écoutez.

 

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04/10/2016
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Éjecteurs pour battues de haut vol

 

 

                     Quand la chasse dicte ses modes et ses besoins

 

                                                                                        

 

C’est dans la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’au début de la Première Guerre mondiale qu’eut lieu la plus grande révolution technologique dans le domaine des armes de chasse. En Angleterre, elle fut alimentée par l’émergence de chasses fastueuses aux tableaux spectaculaires. Ces besoins nouveaux poussèrent les fabricants à inventer les éjecteurs.

 

De 1850 à 1914, la Grande-Bretagne connut un développement sans précédent dans l'histoire des armes de chasse qui influença l'essor et le perfectionnement des armes et de leurs munitions dans le monde entier. Ce n’est pas exagérer que de dire que le système  social britannique dans son entier  s’organisa à cette époque autour du fusil de chasse.  Pas n'importe quel fusil, le meilleur que les mains de l'homme pouvaient faire naître, superbement construit, décoré avec goût, parfait dans ses moindres détails. «Rien n'a été fait de meilleur qu’un fusil fin de Londres », résume l’'écrivain anglais  Macdonald Hastings. Victoria régnait depuis 1837 sur un empire au sommet de sa puissance. Qui couvrait un cinquième du globe et s'étendait sur les cinq continents ; le soleil ne s'y couchait jamais, selon la formule célèbre. Sa puissance s’exerça  à tous les niveaux- militaire, industriel, économique, technique, financier. Autant de conditions qui vont profiter à l’industrie armurière, qui connaît alors une explosion créative extraordinaire. Mais dans le domaine somme toute plus modeste des armes de chasse, il fallut une impulsion particulière pour que le mouvement atteigne la même ampleur. Elle fut donnée par un homme, le prince Albert Edward, Bertie de son petit surnom.

 

Tout faire comme Bertie

 

Fils aîné de Victoria et héritier du trône, prince de Galles, le futur Edward VII régna toute sa vie durant sur la vie sociale anglaise, bien avant de régner sur celle de l’Etat, ce qu’il ne fit finalement qu’une petite partie de son existence, dans les quelques années qui précédèrent sa mort. Les goûts et les préférences de Bertie dictaient les activités de toutes les classes sociales de l’Angleterre de l’époque. Car durant soixante ans, s’étant vu refuser par sa mère de jouer le moindre rôle dans les affaires de l’Etat, Bertie fut «condamné» à ne faire que ce qui lui plaisait. Et ce qui lui plaisait le plus, c’était la chasse. Initié dans son enfance par un fin nemrod, son père, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, Albert  Edward avait découvert les chasses traditionnelles avec des chiens, en groupe marchant, dans les plaines ou dans les bois à la recherche de leur proie. Ou encore «l'innommable à la poursuite de l’immangeable », selon les termes d’Oscar Wilde : la chasse au renard.

Dans ces années 1860, une révolution venait de se produire dans la façon de pratiquer la chasse, consistant en un réaménagement on ne peut plus simple mais qui allait entraîner de grandes conséquences. On ignore dans quel cerveau naquit cette idée brillante, toujours est-il qu’on fît en sorte que les oiseaux volent vers des tireurs postés et non plus que le chasseur  plus simple mais qui allait entraîner de grandes conséquences. On ignore  dans quel cerveau naquit cette idée  brillante, toujours est-il qu’on fit en  sorte que les oiseaux volent vers des  tireurs postés et non plus que le chasseur aille à la rencontre de l’oiseau,

Le tir de battue du petit gibier était  né et le prince de Galles devint son plus grand adepte.  Pour assouvir sa passion, en 1862, à l’âge de 20 ans, Bertie acheta un  domaine de 8 000 hectares pour la  somme de 220000 £ : le domaine de Sandringham, dans le Norfolk. Plus  tard, il l’étendit à 12 000 hectares et aucune dépense ne fut épargnée, 300000 £, pour le transformer en  un des meilleurs domaines de chasse du royaume. Outre la construction d’un somptueux pavillon de chasse en 1866, qui coïncida avec l’arrivée d’un garde-chasse en chef réputé, Jackson, le prince développa les ressources cynégétiques en faisant installer des élevages de faisans et de perdreaux. Il procéda aussi à l'aménagement des terres : système de remises, suites de layons, culture à gibier et installation d’agrainoirs. Il s’inspira des techniques et des méthodes employées dans le domaine légendaire du baron Hirsch à Sankt Johann, en Hongrie, où Bertie était souvent invité à chasser.

 

Durant les quatre semaines annuelles de tirés à Sandringham, le prince ordonnait que les quelque cent quatre-vingts horloges de sa propriété soient avancées d’une demi-heure afin de disposer de plus de temps pour la chasse en fin d’après-midi. C’était la «S.T. », Sandringham Time, une tradition qui se perpétuera jusqu’en 1936, année où le petit-fils de Bertie, Edward VIII, l’abolira. La journée de chasse à Sandringham commençait toujours à lOh 15 ST, soit en réalité 9 h 45. « Les rabatteurs, généralement entre cinquante et soixante, étaient tous habillés d'une blouse bleue, avec un insigne rouge, un numéro, un chapeau noir à ruban rouge, et chacun portait un drapeau », raconte Rachel Jones dans Sandringham, Past and Present. On pourrait presque imaginer qu’une large bande de paysans français courait la campagne en ordre dispersé. L'année se divisait et balayait le pays sous le commandement du garde- chasse en chef, conduisant les oiseaux sur les fusils. » 

Une invitation à Sandringham était très convoitée et le souverain ne conviait pas plus de huit fusils à la fois, habituellement des tireurs parmi les plus réputés. Tels Lord Ripon, Lord Walsingham, le prince indien Victor Duleep-Singh, sir Frederick Milbank, sir Harry Stonor, pour n’en citer que quelques-uns. Leurs exploits resteront inégalés dans les annales cynégétiques (lire encadré ci-dessous). Selon les chroniques de l’époque, le prince était considéré plutôt bon tireur, mais pas du niveau de ses exceptionnels invités. Georges Benoist, garde-chasse au service du baron Arthur de Rothschild, puis du prince Albert Ier de Monaco, relata dans ses Grandes chasses, grands fusils une  battue de perdreaux qui se déroula en France sur le domaine de Breteuil, dans les Yvelines, en 1899, à l’initiative du marquis de Breteuil en l’honneur du prince. «J'ai pu constater, écrit Benoist, que le futur roi d'Angleterre n’était pas, comme tireur, de la classe de son successeur au trône. » Ce jour-là, le prince tua tout de même près de cinq cents perdreaux. Son successeur au trône, le roi George V, sera considéré comme l’un des plus grands fusils du royaume, l’un des sept fusils qui réaliseront le tableau record de tous les temps dans une battue en Grande- Bretagne : le 18 décembre 1913 à Hall Barn, Beaconsfield, 3 945 gibiers (faisans, perdrix et lapins) seront abattus. 

 

Le tir est pour tous 

 

Ces tableaux records créèrent une mode et beaucoup parmi ceux qui aspiraient au statut de gentilhomme  voulurent posséder à leur tour une arme fine et pratiquer le tir de battue. Le mode de chasse se répandit dans toute la Grande-Bretagne au  point de devenir en quelques années la forme de chasse dominante. Il donnait plus d’occasions de tirer qu’en  chasse devant soi. Qui plus est, avec  lui, la chasse cessait d’être l’apanage  de l’homme actif, les personnes invalides, âgées ou corpulentes, les femmes aussi, pouvaient y prendre part.

 

Tout participait à son succès. Les chemins de fer venaient d’ouvrir un accès facile aux zones rurales riches en gibier, des voyages qui autrefois prenaient des jours devenaient l’affaire de quelques heures. Ce fut le temps des grandes battues organisées partout dans le royaume. Le tir devint un passe-temps pour tout un peuple, tous voulaient imiter leur futur roi. Les commandes pour de nouvelles armes étaient en constante augmentation, notamment pour les paires et les triplettes. Et, personne ne voulant passer pour un maladroit en public, les écoles de tir fleurirent dans le royaume. Les commandes individuelles de dix mille cartouches par saison sont monnaie courante dans les livres de l’époque, les ateliers de fabrication de cartouches étaient occupés jour et nuit.

 

Tous ces tireurs n’avaient qu’un seul but : tuer un maximum de gibier dans  un minimum de temps. Pour l'atteindre, ils pouvaient compter sur leur e adresse, mais également sur la qua- e lité de leurs armes. En d’autres termes, il y avait un lien direct entre la  qualité mécanique de l’arme et la  taille du tableau. La passion et le portefeuille bien rempli de ces chasseurs  faisaient les affaires des armuriers et  dans une simultanéité exceptionnelle, l’époque compta une génération d’armuriers incroyable : James Purdey,  Charles Lancaster, Joseph Lang, John Dickson, William Greener, Stephen  Grant, William-Rochester Pape, John Rigby, Westley Richards, Thomas Boss, James Woodward, Harris et Henry Holland... Tous partageaient une passion pour la perfection, héritée des incomparables frères Manton. Henry Sharp, une des grandes autorités en matière d’armes à feu au tournant du XXe siècle, écrivait dans son Modem Sporting Gunnery (1906) : « L’industrie des armes à feu britannique est sans égale parmi ses concurrentes dans n’importe quel autre pays. Incontestablement, il y a, à Londres, Edimbourg, Birmingham et dans les provinces, beaucoup de fabricants dont les produits présentent les plus hautes qualités de finition etl’ efficacités mécanique que d’autres experts ont comme moi le  plaisir de reconnaître. » 

 

Toutes voiles déployées, sous l’impulsion de l’engouement pour le tir de battue - mais aussi d’autres facteurs, dont la loi sur les brevets de 1852, qui rendit ces derniers beaucoup moins chers -, des centaines de brevets furent accordés pour autant de conceptions différentes : platines, chokes, systèmes d’armement, mécanismes sans chien, dispositifs de sécurité, top-lever, systèmes de verrouillage, self-opening... Ce faisant, la nature hautement compétitive du tir en battue et l’importance du tableau poussèrent une partie des armuriers à diriger leurs efforts vers l’amélioration de la puissance de feu. «L'histoire de révolution de l’arme de chasse à travers l'ensemble du XIXe siècle n’est rien de plus qu'une poursuite effrénée vers de plus en plus de puissance de feu » résume l’écrivain Geoffrey Boothroyd.

 

Une perte de temps insupportable 

 

 

Le passage au chargement par la culasse avait permis d’obtenir des cadences de tir plus élevées. Il fallait tout de même encore extraire les  douilles à la main et, dans les battues telles qu’elles étaient pratiquées à cette époque, où la rapidité avec laquelle un homme pouvait tirer était  aussi précieuse que la précision, cette  perte de temps était devenue insupportable. Un mécanisme qui éjecterait une cartouche usagée serait donc  un ajout très précieux, en apportant plus de vitesse dans le chargement, permettant, avec moins de danger, de brûler le maximum de cartouches le  dans le minimum de temps. Il fallait faciliter le chargement. Pas  question d’imaginer un système  d’auto-chargement sur une arme i basculante. Par contre, il était possible d’envisager une extraction automatique des douilles. Cette idée de d’éjecter une douille vide avait déjà été appliquée sur des armes militaires, les exemples les plus connus sont la carabine Soper de 1867 ainsi  que le Martini-Henry de 1871. Il semblait logique de l’appliquer aux fusils de chasse.

Toutes les sources semblent indiquer que le premier éjecteur efficace fut celui conçu en 1874 par un armurier de Londres (bien qu’il ait commencé sa carrière à Birmingham)  du nom de Joseph Needham. Un système efficace et fonctionnel mais peut-être apparu trop tôt (lire encadré p. 102). En 1878, Thomas Perkes, un armurier de Londres, breveta sous le n° 1968 un système de la plus haute importance à bien des égards. Non seulement il était le premier à loger les éjecteurs dans le devant, l’idée sera réutilisée par la suite par une foule d’inventeurs, mais le premier aussi à utiliser le principe mécanique bistable, qui  deviendra la base de tous les systèmes d’éjection qui ont perduré à  ce jour, dont le plus connu est le Holland & Holland, le plus souvent cité comme le Southgate.

 

Pendant les quatre années qui séparent l’invention de Needham et celle de Perkes, aucun nouveau brevet ne  fut enregistré. L’intérêt des armuriers pour l’éjecteur était encore faible. Seuls quelques-uns, notamment ; Lancaster, Greener et Churchill, ont t fabriqué sous licence des armes qui  leur sont propres sur le modèle de Needham. Mais ensuite, alors que le flux de nouveaux brevets pour le développement de la mécanique des  juxtaposés commençait à se tarir,  dans le milieu des années 1880, un  torrent de nouveaux systèmes  d’éjection furent brevetés. De 1880  à la fin des années 1890, pas moins de 89 mécanismes d’éjection furent couverts par des brevets anglais. Cette décennie fut l’âge d’or de l’invention des éjecteurs. C’est durant cette même période que les trois mécanismes d’éjection classiques furent inventés : le Deeley à ressort en V (1886/1888), le Baker à ressort hélicoïdal (1890) et le Holland & Holland (1893). W. W. Greener déposa son modèle en 1881, qui n’est autre qu’une adaptation des éjecteurs Needham à son propre fusil hammerless, le Facile Princeps. Cela semble logique si on se souvient que le fabricant avait repris l’activité de l’entreprise Needham en 1874– Greener avait tant apprécié la conception de Needham qu’il voulut acheter la société qui l’avait  fait naitre.

 

 

 

John Dickson breveta en 1887 un éjecteur adapté à son fameux Round Action avec un mécanisme contenu à l’intérieur de la bascule. En renonçant à faire de la longuesse le logement du mécanisme d’éjection, on obtient un poids maintenu plus à l’arrière de l’arme, à la faveur de ses qualités d’équilibre et de manipulation. L’Ecossais David McKay Brown ou l’Américain Ruger sont les seuls à ma connaissance qui utilisent encore aujourd'hui ce système pour leurs juxtaposés. Si on ajoute le principe enregistré  par William Wem en 1888 - qui équipe une arme célèbre, le juxtaposé Purdey,  ainsi que celui de Boss & Co - breveté par William Adams et John Robertson en 1897, on peut dire que tous les systèmes d’éjection qui ont été déposés ultérieurement ne sont en fait que des variations basées sur ces modèles éprouvés. Par un processus qu’on peut qualifier de «sélection naturelle », à partir de 1900, un modèle ou plutôt un principe de système d’éjection est devenu universellement adopté par la plupart des constructeurs, tout simplement parce qu’il s’était révélé être le plus pratique et le plus fiable. Il s’agit de l’éjecteur basé sur le système bistable, dont le plus célèbre représentant est le modèle H&H (ou Southgate), devenu un standard à la fois sur les juxtaposés et certains superposés. Même son principal rival, l’éjecteur Deeley, est tombé en disgrâce, au point que Westley Richards, I sa maison mère, l’a abandonné au profit du Southgate. Le système Purdey, qui n’a pas de levier d’armement de type classique et où des ressorts latéraux sont ajoutés aux éjecteurs, est tout de même basé sur le principe bistable (Southgate).

 

Personne n'a fait mieux.

 

On trouve certes des variantes au système H&H dans des armes construites en Italie, en Espagne, en France, en Angleterre, un peu partout en fait, mais les différences principales résident dans la façon dont le principe bistable est mis en application, pas dans son fonctionnement même.

Comme le confirme le père des experts britanniques contemporains d’armes de chasse, sir Burrard, dans son Modem Shotgun, «de nombreux fabricants d’armes prétendent avoir des modèles d’éjecteurs de leur propre conception et se réfèrent généralement à eux comme leur spécial deux pièces  éjecteur, mais presque tous ces éjecteurs sont des modifications du Southgate. » Même à notre époque de technologie très avancée, de conception et d’usinage assistés par ordinateur, personne n’a fait mieux.

 

Les éjecteurs des superposés les plus populaires n’impliquent pas de nouveaux principes. Le Browning FN, par exemple, possède un éjecteur, comprenant un chien d’éjection 5S actionné par un ressort hélicoïdal et  commandé par une gâchette. Ressorts et chiens sont dans la longuesse,  et le principe de fonctionnement est un peu comme celui d’une arme juxtaposée. Le japonais Miroku utilise  une disposition similaire, mais avec un ressort en V au lieu d’un ressort à boudin. L’éjecteur Merkel n’est pas très différent et utilise un ressort à boudin. Les éjecteurs Beretta, Perazzi, Zoli, Renato Gamba et la plupart des systèmes italiens ont les ressorts logés sur la frette, derrière les tire-cartouches, et comprimés quand l’arme est fermée ; on parle d’éjecteurs à échappement. Les gâchettes dans la longuesse tiennent les extracteurs en place, elles sont déclenchées par des tiges qui traversent le corps de la bascule poussée vers l’avant une fois que l’arme a tiré. David McKay Brown utilise le même système pour son fabuleux superposé Round Body, H&H et Purdey aussi pour leurs sportings. Certaines armes italiennes, comme les Rizzini, ont leur mécanisme d’éjection intégré dans la frette des canons avec juste une came d’armement dans le devant. Le principe est toujours similaire, mais il existe de nombreuses variantes, qu’il faudrait plus d’un article pour citer toutes. L’éjecteur du célèbre superposé Boss, alimenté par un ressort hélicoïdal, est moins copié. Il est très délicat et susceptible d’être endommagé par le propriétaire si celui-ci fait tomber la longuesse par exemple. Seul, à ma connaissance, Peter Nelson, un armurier anglais réputé, reproduit le Boss à l’identique, y compris son système d’éjection. Le système du superposé Purdey-Woodward est plus fiable. Le mécanisme d’éjection est constitué d’un ressort hélicoïdal monté autour d’un poussoir, libéré par une gâchette à bascule. Le nouveau superposé Dickson est de type Southgate, avec le chien propulsé par un ressort en V. Celui de Watson Bros fonctionne également sur le système mécanique bistable. 

 

L’époque des grands fusils

 

Pour donner une idée de la virtuosité et de l’habileté des grands fusils de cet âge d’or de la battue britannique, citons d’abord l’exemple de celui qui fut probablement le meilleur fusil de sa génération, Lord Ripon. On raconte qu’il était un fusil d’une vitesse phénoménale, il ne ratait jamais, ses coups de fusil suscitaient les applaudissements d’un public venu spécialement admirer ses exploits, comme la fois où il tua six oiseaux à la suite et que le sixième fut touché avant que le premier ne soit tombé au sol. Lors d’une des chasses de Sandringham, il tua 28 oiseaux en une minute. Le jour de ses 70 ans, 50 perdrix avec 52 cartouches, puis plus tard 420 grouses. Au total, de 1867 à 1923, il tua 556813 gibiers. D’autres exemples ?  Sir Frederick Milbank, un tireur de grande classe qui réalisa, le 20 août 1872, une performance extraordinaire : sur le domaine de Wemmergill Moor, dans le Yorkshire, il abattit 728 oiseaux dont 190 grouses en 23 minutes. Seulement huit jours plus tard, Lord Walsingham, ami personnel du prince de Galles, tira 842 grouses sur son propre domaine. Un record qu’il améliora le 30 août 1888, avec 1070 grouses. Le maharaja Duleep-Singh entra dans l’histoire comme l’un des plus rapides coups de fusil que la Grande-Bretagne eut jamais compté. Personne ne pouvait tirer aussi rapidement que lui. En 1876, à Elveden, il inscrivit un record de 780 perdrix.

 

 

L’éjecteur Needham

 

Needham breveta son système d’éjecteurs sous le n l 205 en 1874. Les éjecteurs étaient une partie intégrante de toute la mécanique et non pas, comme la majorité de ceux qui suivirent, un ajout à une mécanique existante.

La conception de Needham semble avoir été en avance sur son époque et son importance échappa probablement à ses contemporains. Il illustre en cela un constat de Napoléon III : «Les Inventions qui sont en avance sur leur temps restent inutiles jusqu’à ce que la quantité des connaissances générales s’approche de leur niveau ». Le fusil Needham est l’une des étapes les plus importantes dans révolution de l’arme de chasse. En plus d'être pionnier des systèmes d’éjection, il était aussi le premier hammerless armé par les canons. Soit un an avant l’un des monuments de l’histoire de l’arme de chasse. l Anson & Deeley. Mais l’histoire n’a pas réservé à Needham et son invention tous les éloges qu’ils méritaient.

 

Djamel Talha

 

 


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07/09/2016
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